LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Thaïlande : un coup d'état comme les autres ?

4 min

PAR LUDOVIC PIEDTENUC'est l'un des pays du monde qui a connu le plus de coups d'état.La Thaïlande a vécu hier le 19ème du genre en l'espace de 82 ans.Le précédent date de 2006, il y a seulement 8 ans.Sur le site de la NPR , la radio publique américaine, la question est posée : "pourquoi la Thaïlande vit-elle tant de coup d'état ?""Le pays a un roi bien-aimé de 86 ans. C'est une des économies les plus prospères d'Asie. Un aimant pour les touristes occidentaux. Son histoire est en grande partie pacifique. Pour toutes ces raisons, la Thaïlande est un succès."Le journaliste repose la question : Pourquoi ?"Cette propension pour les coups d'Etat, explique-t-il, provient en grande partie du fait que l'armée a toujours joué un rôle politique de premier plan et que la démocratie n'a jamais vraiment pris racine.""En réalité, les Thaïs attendent la démocratie depuis 1932, depuis la fin de la monarchie absolue. Et ils attendent toujours" ajoute de son côté l'éditorialiste du Guardian en Grande-Bretagne."On peut même trouver un site internet, celui d'une université australienne, rapporte le journaliste de la NPR , qui débat du nombre exact de coups d'état en un siècle, peu importe leur succès. La réponse : un chiffre entre 20 et 30.""Le pays aurait même pu en vivre davantage si l'armée n'avait pas dirigé pendant de longues périodes notamment entre 1947 et 1973.""Mais les coups d'état en Thaïlande se distinguent", nuance le journaliste américain. "La notion même tend à faire penser à un Etat faible, pauvre et qui dysfonctionne comme, par le passé, dans certains pays africains ou d'Amérique latine. Et souvent cela implique des différences idéologiques profondes avec par exemple un militaire de droite qui se débarasse d'un leader politique de gauche. En Thaïlande, ces généralités ne tiennent pas. Car il y a d'abord un Roi, élément de stabilité. Généralement, le sang ne coule pas. Et, tertio, généralement aussi, les militaires rendent le pouvoir.""Toute la question aujourd'hui après cet énième coup, c'est quand ?"Que va faire le Général Prayuth Chan-Ocha ?Le nouvel homme fort qui dirige ce qu'il convient d'appeler désormais le "Conseil national pour le maintien de la paix et de l'ordre".Les journaux du monde entier n'en disent pas grand chose. On apprend sur le site de la BBC qu'il est "a la tête des forces armées depuis octobre 2010, qu'il est un royaliste fervent".Dans le Sydney Morning Herald , on peut lire que ce Général est un "confident des initiés du Palais et de toutes les figures du puissant establishment, des élites de Bangkok." On y apprend aussi qu'il doit prendre sa retraite en septembre mais que si la situation n'a pas évolué positivement, il demeurera en fonction. Retour sur le site de la BBC qui nous explique que parmi les deux blocs qui s'affrontent, chemises rouges contre chemises jaunes, "ce Général a plutôt favorisé une position ferme contre les "rouges", les soutiens de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra ", renversé lors du précédent coup d'état de 2006; sa soeur Yingluck a regagné le pouvoir depuis avant de se faire à son tour évincer, c'était au début de ce mois de mai."Et la plupart des titres de la presse internationale raconte comment ce Général a pris le pouvoir."Il y a d'abord eu mardi cet avertissement, cette sorte de douce intervention" écrit l'éditorialiste du Washington Post . La mise en place de la loi martiale, vieille de cent ans.Ce qui fait dire au journaliste australien du Sydney Morning Herald que "c'est l'homme qui est derrière le coup qui n'est pas un coup".Car "il a usé d'une stratégie à haut risque, estiment des analystes interrogés par le quotidien, en réunissant les dirigeants des différentes factions en sachant qu'ils ne parviendraient pas à s'entendre. Lorsque la première réunion s'est terminée après trois heures sans résultat, il leur a donné des "devoirs" et leur a dit de revenir le lendemain. C'est lors de cette deuxième rencontre qu'il est intervenue au bout d'une heure. Il s'adresse à eux en ces termes : "restez assis !" Puis demande à la ministre de la justice qui assure l'intérim si elle et son gouvernement souhaitent démissionner. La réponse est non. Le Général réplique : "alors, à compter de cette minute, je décide de prendre le pouvoir".Tous les responsables politiques ont été arrêtés. Pratique, il avait pris soin de les mettre tous dans la même pièce.Une scène racontée également par la correspondante du Guardian à Bangkok qui a interrogé Michael Connors , un professeur, expert du sud-est asiatique : "l'armée n'avait aucune sincérité à mener une nouvelle séance de négociations. Rétrospectivement, ce coup d'état a été calculé, la déclaration de la loi martiale deux jours avant était juste un prétexte pour offrir un avantage stratégique au groupe qui a mené ce coup."Pour conclure, l'éditorialiste du Guardian s'interroge sur la suite des évènements."Ce Général n'a pas beaucoup de temps pour démontrer toute sa légitimité d'arbitre. En Thaïlande, on a beau vivre les coups d'état avec un haussement d'épaules et un sourire." La société aujourd'hui est tout de même extrêmement clivée entre ce qui est souvent résumé, parfois de façon caricaturale, comme d'un côté des chemises jaunes, soutiens des élites de Bangkok et des chemises rouges, soutiens des classes populaires du nord du pays. Des chemises rouges qui sont ce matin ceux qui se sentent le plus visés par ce coup d'état. Et qui ont toujours dit, explique le journal britannique, "qu'ils ne resteraient pas en position couchée s'il y avait coup d'état. Il pourrait donc, conclut mon confrère, y avoir des jours dangereux à venir." L'éditorialiste du Washington Post évoque même le "spectre d'une guerre civile" et appelle les Etats-Unis, principal soutien de l'armée thaïlandaise depuis de longues décennies, à faire pression sur ce Général Prayuth pour la tenue rapide d'élections.Michael Connors, dans les colonnes du Guardian , craint "une répréssion forte tant la résistance (des chemises rouges) s'annonce grande". Pour lui, ce "coup d'état n'est donc pas exactement comme les autres."

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......