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A tous ceux (sans exception) qui combattent Ebola.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis plusieurs semaines, les paris étaient ouverts : qui pour succéder au pape François ? L'impérialiste Vladimir Poutine ou la chanteuse et actrice américaine Taylor Swift ? Et bien ni l'un ni l'autre puisque THE TIME a choisi comme personnalité de l'année 2014, les combattants qui luttent contre l'épidémie d'Ebola au péril de leur vie.

L'hebdomadaire a révélé hier cinq « Unes » différentes, que vous trouverez notamment sur le site du Courrier International, montrant des figures emblématiques de ce combat : un médecin guéri après avoir été le premier Américain à contracter le virus en juillet dernier ; un chirurgien libérien qui a fait de la chapelle de son hôpital le premier centre de traitement d'Ebola du pays ; le chef d'une équipe d'ambulanciers qui a survécu à l'infection ; une aide-soignante qui s'est occupée de patients après avoir perdu ses deux parents ; et enfin une éducatrice américaine qui travaille en Afrique de l'Ouest depuis mars dernier.

En d'autres termes, si le reste du monde peut dormir tranquille, c'est grâce à eux, écrit ainsi le magazine. Pour leurs actes infatigables, marqués du sceau du courage et de la compassion, pour avoir offert au monde du temps pour renforcer ses défenses, les combattants d'Ebola sont donc LA personnalité de l'année.

Et de fait, prévient aussitôt le journal du Luxembourg L'ESSENTIEL, le personnel de santé est aujourd'hui en première ligne dans la lutte contre le virus, lequel est transmis par contact direct avec les fluides corporels des patients présentant les symptômes, notamment la fièvre et les vomissements, rendant ainsi les personnels de santé particulièrement vulnérables.

Dimanche dernier, encore, précise le magazine SLATE AFRIQUE, un dixième médecin est ainsi décédé en Sierra Leone au lendemain de la mort de deux autres de ses collègues, également contaminés par le virus. Au total, douze médecins ont contracté Ebola en Sierra Leone, dont deux seulement ont survécu et plus d'une centaine de personnels de santé y sont morts.

La Sierra Leone c'est là, d'ailleurs, que se joue aujourd'hui la guerre contre Ebola. Car si ces dernières semaines plusieurs lueurs étaient apparues au bout du tunnel et notamment, la stabilisation voire la baisse des cas au Liberia, en revanche, l’épidémie fait désormais rage en Sierra Leone voisine, laquelle a longtemps refusé de voir la réalité de l’épidémie. Et puis une bataille tout aussi cruciale se joue également au Mali, le dernier pays à avoir été contaminé par le virus. Pour l'heure, le dernier bilan de l’OMS arrêté au 6 décembre dernier s'élève à 6331 morts, sur un total de 17 800 cas, en immense majorité au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée.

Après quoi, si la prudence et la prévention sont évidemment de mise, plusieurs éditorialistes de la presse africaine refusent, en revanche, la stigmatisation. Dire qu’aujourd’hui, vivre en Guinée, en Sierra Leone ou au Liberia ne signifie pas être malade de la fièvre Ebola peut paraître d’une évidence notoire, mais au vu de l’évolution des choses et surtout de la tournure que prend le traitement médiatique de la situation, il est plus que jamais nécessaire, voire indispensable de rappeler cette évidence, autant de fois que possible, peut-on lire sur le site AFRIK.COM. En clair, si la situation est grave, la vie dans les pays touchés par cette maladie ne saurait être résumée aux seules images des centres d’isolement que l’on voit partout dans les journaux.

Le regard empreint de dédain sur l’Afrique, voilà également ce que dénonce un ancien journaliste d’origine congolaise, dans les colonnes du TEMPS, lequel s’irrite des clichés sur l’Afrique qui ressortent en pleine crise d’Ebola. Et de préciser, sait-on qu’avec leurs faibles moyens, des Etats africains n’ont pas attendu la communauté internationale pour porter assistance aux pays les plus touchés ? A-t-on suffisamment souligné que dans ces pays, il existe aussi un personnel médical dévoué qui, au péril de sa vie, soigne les malades ? Sait-on que des pays africains ont envoyé des chercheurs en Afrique de l’Ouest, pour un partage d’expériences qui pourrait se révéler bénéfique pour les pays les plus affectés ? Sait-on, par exemple, que la République démocratique du Congo est actuellement en train de former quelque 300 volontaires (médecins, infirmiers, psychologues, sociologues) qui seront déployés dans ces pays, pour tenter d’apporter leur expertise et que l’Ethiopie et le Nigeria envisagent à leur tour d’en faire autant ? Réponse : non. On jette un voile pudique sur toutes ces initiatives louables. Car il semble que ce qui sied à l’Afrique ne peut être que négatif et que le tableau doit être noirci en permanence, là où en revanche, il suffit qu’une initiative soit annoncée par un dirigeant occidental pour que cela fasse les grands titres de la presse et que le monde entier soit ainsi immédiatement informé de tout le bien que l’Occident fait pour les pauvres Africains.

Et le journaliste de conclure, la lutte contre Ebola passe aujourd'hui par une campagne d’explication auprès des populations rétives aux traitements, l’isolement des malades mais aussi l’implication des leaders d’opinion. C’est de cette manière-là, notamment, que la RDC, le pays où le virus s’est manifesté pour la première fois dans le monde il y a 38 ans parvient toujours à rompre la chaîne de transmission. Or ces méthodes, frappées au coin du bon sens, peuvent servir ailleurs pour peu, toutefois, que les médias s’en fassent l’écho. Mais attention … chut ! Il ne faudrait pas le répéter trop fort : c’est un spécialiste africain qui a mis au point ces méthodes.

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