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Tous dopés en Allemagne...

5 min

Par Eric BiegalaIl n'y avait donc pas que les fameuses nageuses est-allemandes qui carburaient aux stéroïdes dans les années 60-70... Régulièrement brocardées à l'époque pour leur apparence plus masculine qu'autre chose, les sportives - et leurs homologues masculins - d'ex Allemagne de l'Est redressent aujourd'hui la tête après les révélations de la Süddeutsche Zeitung le week-end dernier.Le quotidien a en effet publié ce samedi une partie des éléments d'un rapport réalisé par les chercheurs de l'université Humbold de Berlin, détaillant le dopage des sportifs d'Allemagne de l'ouest à partir des années 50... dopage devenu systématique et très encadré à partir des années 70. Stéroïdes, testostérone, oestrogène étaient couramment administrés aux athlètes de niveau international ; plus grave : toute l'opération a été supervisée par l'Institut Fédéral du Sport, lequel avait investi jusqu'à 5 millions d'euros dans des centres de recherche dédiés au dopage à Fribourg, Saarbrucke ou Cologne... Le rapport a finalement été publié sur le site web de cet Institut Fédéral du Sport après les fuites du week-end mais "de manière partielle" remarque aujourd'hui la Süddeutsche Zeitung : il y manque pas mal de détails notamment les noms d'hommes politiques influents, à l'époque comme aujourd'hui, ainsi que de très nombreux témoignages de sportifs et de cadres des organisations sportives ou des clubs. Le quotidien remarque que la version du rapport qu'il a pu consulter comporte quelques 800 pages contre 500 dans la version publiée sur le site web de l'Institut...La rédaction du rapport, intitulé "le dopage en Allemagne, de 1950 à nos jours" , avait été achevée en avril dernier mais sa publication indéfiniement retardée, pour éviter toute désignation nominative... il accuse en substance l'Institut fédéral d'avoir tenu le rôle central dans une politique gouvernementale visant à doper les athlètes et remporter ainsi quelques succès internationaux. On y apprend que "l'histoire du dopage dans la république fédérale d'Allemange ne commence pas dans les années 70 mais dès 1949, avec la fondation de l'Allemagne de l'ouest" : les amphétamines, utilisée par les soldats allemands pendant la seconde guerre mondiale, ont été ensuite administrés aux sportifs... "leur utilisation était régulière chez les footballeur à la fin de la décennies des années 50 ". Quant à l'Institut Fédéral du sport, "il a commencé à développer des structures systémiques de dopage en 1972 ", finançant des expérimentations pour améliorer les anabolisants connus et il a également mené des recherches complètes sur la testostérone, les oestrogènes, l'hormone de croissance et l'Insuline... A partir de 1988, ses recherches ont porté sur l'EPO...En Angleterre, The Guardian remarque que le rapport détaille aussi le dopage des footballeurs allemands, notamment trois des membres de la sélection nationale qui avait affronté l'Angleterre à Wembley en 1966 en finale de la Coupe du Monde (finale remportée par le Royaume Uni, n'oublie pas de rappeller le journal). Le Daily Mail fait lui valoir qu'en 1954 aussi, les joueurs allemands - vainqueurs en finale cette fois contre la Hongrie - étaient bourrés d'amphétamines...Quant au correspondant Berlinois de la BBC Damien Mc Guiness, il remarque que le rapport cite un ministre de l'Intérieur ouest allemand - anonymement dans la version expurgée mise en ligne - un ministre qui justifie ainsi le dopage systématique des sportifs ouest-allemands : "nos athlètes devaient être dans les mêmes conditions d'exercice et de soutien que ceux du bloc de l'Est", et Damien Mc Guiness de se demander si le doute ne va pas finir par ronger toute une génération de sportifs : "depuis la chute du mur de Berlin et la fin de l'Etat d'Allemagne de l'Est, de nombreux rapports sur le dopage ont discrédité nombre de ce qui - à l'époque - apparaissait comme d'impressionnantes performances sportives, ruinant des carrières et jetant le doute même sur des athlètes qui n'avaient jamais rien pris "... et le correspondant de la BBC de se demander si les mêmes doutes ne pourraient pas aujourd'hui entâcher l'ensemble du sport allemand... Après ces révélations, la presse allemande donne aussi largement la parole aujourd'hui aux anciens athlètes d'ex-Allemagne de l'Est...Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung , l'ancien sauteur Rolf Beilschmidt appelle à davantage de transparence mais se dit peu surpris des révélations du week-end : "nous autres athlètes d'Europe de l'Est savions pertinament que les sportifs étaient également dopés à l'Ouest" , précise l'actuel patron de la fédération Sportive de Thuringe... "Quoi ? il y avait des procédures similaires à l'Ouest ?" fait semblant de s'étonner la double championne olympique de patinage Daniela Anschütz dans le même journal... "Il faut être très naïf pour être surpris aujourd'hui ! " Quant à Ines Geipel, président de l'association des victimes du dopage, qui avait contribué à la création d'un fond de soutien aux victimes du dopage en ex-Allemagne de l'Est, il propose que les éventuelles vicitmes d'ex Allemagne de l'Ouest se fassent aujourd'hui connaitre... reconnaitre voire indemnisées.Et puis il y a des conséquences plus politiques à ce grand déballagePour l'ancien président de la commission sportive fédérale Peter Danckert il n'y a guère eu de différence entre le dopage façon RDA, sanctionné par l'État et le dopage dans la République fédérale, financé par les contribuables... et l'actuel député du SPD de demander une loi et des sanctions encore plus fortes contre le dopage... "Si tant de gens étaient impliqués , souligne la Süddeutsche Zeitung , la question est aujourd'hui de savoir quelles sont les responsabilités de ceux qui sont au pouvoir actuellement dans le monde sportif. Thomas Bach est -il par exemple impliqué ? demande le journal, visant l'actuel patron du comité olympique allemand et candidat à la Présidence du Comité International Olympique qui doit être décidée en septembre...Sur la chaine ZDF , Thomas Bach, qui en 1976 était l'un des escrimeurs de la sélection d'Allemagne de l'Ouest lors des jeux olympiques de Montréal, a nié toute implication dans le dopage ; "Dans les milieux de l'escrime" a-t-il affirmé "ça n'existait pas !".

On est prié de le croire sur parole...

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