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Triste jour pour l'Ouganda.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Triste jour pour l'Ouganda et pour le monde entier, voilà ce que déplorait en début de semaine sur son compte Twitter, Susan Rice, la conseillère de sécurité nationale du président américain, après la décision du président ougandais de durcir la loi contre les relations homosexuelles, déjà passibles de prison à vie. Depuis lundi, la nouvelle législation interdit désormais toute promotion de l'homosexualité et rend obligatoire la dénonciation de quiconque s'affichant homosexuel.

Evidemment, le nouvel arsenal juridique du président Museveni a aussitôt suscité de virulentes critiques de la part des défenseurs des droits de l’homme. Il faut dire que la manière et le vocabulaire utilisé, choquent par leur ignominie. Et le journal suisse LE TEMPS, notamment, de rappeler cette interview surréaliste sur la chaîne de télévision américaine CNN. A la question de la journaliste : "Personnellement, vous n’aimez pas les homosexuels?", le président ougandais avait répondu tout de go avant de lever les yeux au ciel : "Bien sûr, ils sont dégoûtants! Je ne sais pas ce qu’ils font ensemble exactement, on me l’a juste dit, mais ce qu’ils font est terrible".

Le comble, c'est qu'initialement, le président Museveni ne comptait pas signer le projet de loi contre les homosexuels. Il pensait, en effet, que les personnes naissaient homosexuelles et qu'il ne s’agissait que d’une "déviation de la nature" parmi d’autres, comme "les albinos ou les personnes infertiles". En clair, il ne paraissait pas juste au président de condamner des personnes sur, disait-il, le simple "fait d’êtres nées anormales". D’où son refus initial. Sauf qu'entre-temps le président s’est renseigné. Et le rapport scientifique, notamment, qu'il avait commandé ayant conclu qu’aucun gène ne prédéterminait à l’homosexualité, autrement dit que l’homosexualité ne résultait pas d’un déterminisme génétique mais d’un choix délibéré, il en a déduit que l’homosexualité était "une déviance volontaire devant être condamnée". Et c'est ainsi donc qu'il s’est estimé libre de promulguer la loi.

Dès mardi, un tabloïd ougandais RED PEPPER, habitué des ragots sordides de préférence sexuels, titrait : "Mis à nu! Les deux 200 principaux homos d'Ouganda identifiés", photos à l'appui, la direction du journal estimant ne faire là que son travail, car précise-t-elle, "les gays sont à l'origine de la décadence morale de l'Ouganda". Parmi les noms publiés, tous relativement connus en Ouganda, figurent quelques homosexuels affirmés, mais la grande majorité des personnes nommées n'ont jamais exprimé publiquement leur préférence sexuelle. D'où ce twitt : "La chasse aux sorcières médiatique est de retour", signée d'une célèbre militante de la cause homosexuelle en Ouganda et dont le nom avait déjà été publié en 2010 dans un autre tabloïd local, ROLLING STONE, au côté de ceux de 100 prétendus homosexuel(le)s avec leurs photos et leurs adresses et cette mention: «Pendez-les». Des dénonciations aux conséquences souvent dramatiques, d'ailleurs, rappelle le NEW YORK TIMES, puisqu'à cette occasion, l'un des militants les plus actifs de la cause qui figurait sur la liste, après avoir porté plainte contre le journal et obtenu réparation, avait été retrouvé quelques mois plus tard chez lui, battu à mort.

Il faut dire que pour la majorité des Ougandais, l’homosexualité est encore une abomination, comme le suggère le titre à la Une du grand quotidien de Kampala, DAILY MONITOR : joie et colère. De son côté, son confrère NEW VISION rappelle que l'Ouganda est le 11ème pays africain a promulguer des lois qui condamnent l'homosexualité. Parmi ces pays, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal, où cette tendance sexuelle est passible de peine de prison. NEW VISION qui rappelle aussi au passage que l'homosexualité est interdite dans 38 pays sur 54 en Afrique. Et c'est vrai qu’il est de plus en plus question de discrimination des homosexuels en Afrique, renchérit le portail d'information GUINEE CONAKRY INFO. De nombreux pays du continent, dont une majorité en Afrique centrale et orientale, se voient aujourd'hui indexés comme homophobes.

Alors que faire ? Fuir le pays ? Moyennant une vingtaine de dollars, les homosexuels pourraient bien se rendre au Kenya voisin. Mais à quoi bon? demandent les militants, puisque ce pays est «encore plus homophobe que l’Ouganda. La solution, en revanche, pourrait peut-être venir de la communauté internationale. Les Pays-Bas, premier pays au monde à avoir légaliser le mariage homosexuel en 2001, ont aussitôt gelé le versement d’une aide annuelle de sept millions d’euros, se félicite notamment le journal d'Amsterdam DE TELEGRAAF. Le Danemark a fait de même, annonçant la redirection de quelque 6 millions d'aide vers des ONG, emboîtant ainsi le pas à la Norvège qui quant à elle, déplaçait 6 millions d'euros d'aides vers des organisations de défense des droits de l'homme. Et le quotidien d'Amsterdam d'espérer encore que les Etats-Unis, eux aussi, exerceront davantage de pression. Le président Obama, rappelle le journal, avait déjà signalé que la signature de cette loi pèserait sur les relations avec l'Ouganda. Seulement voilà, les Etats-Unis et l'Ouganda sont aujourd'hui en étroite coopération militaire, notamment dans le cadre de missions antiterroristes en Somalie. Et la Maison-Blanche a beau qualifier cette loi de "répugnante", face aux intérêts en jeu, on est loin d'être sûr que cette condamnation verbale sera suivie de sanctions.

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