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Trois ans après.

4 min

Par Thomas CLUZEL

C'était il y a trois ans et pourtant le spectacle de l’après-tsunami reste encore gravé dans nos mémoires. Et pour cause, un pays tout entier était à terre, assommé, paralysé. La troisième puissance économique mondiale se retrouvait à genoux, avec à sa tête, des autorités politiques déboussolées par la catastrophe nucléaire qui s’ensuivit. A l'époque, garant d’une bonne partie de l’approvisionnement énergétique d’un pays cruellement dépourvu d’hydrocarbures et ayant trop longtemps négligé les énergies renouvelables, l’atome était même devenu tabou. « Tetsuwan Atomu » (Atome Canon), plus connu sous le doux euphémisme d' « Astro Boy », le petit héros de bande dessinée à propulsion atomique, ne faisait soudain plus rêver. La méfiance vis-à-vis du nucléaire traversait même la planète toute entière. Et partout des débats étaient lancés à travers le monde : fallait-il, ou non, continuer à jouer avec une puissance que l'on ne maîtrise pas totalement ?

Aussitôt après l'accident, des manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes, ponctuées de concerts, avaient rassemblé à Tokyo les antinucléaires, emmenés par des intellectuels de renom. Et le gouvernement nippon, fragilisé, avait dans la foulée promis d’en finir avec les centrales d’ici à 2030 et de mener un audit national de cette industrie discréditée par les révélations sur la mauvaise maintenance des centrales.

Dimanche dernier encore, des centaines d'antinucléaires anxieux sont à nouveau descendues dans les rues de Tokyo. Il faut dire que selon une enquête de la chaîne publique nipponne NHK, 80% des japonais pensent que le rôle de l'énergie nucléaire doit être réduit autant que possible. Problème, si l’archipel paraissait encore disposé il y a trois ans à un examen de conscience, qu’il semble loin, aujourd’hui, ce moment de vérité et d’humilité.

A présent, précise le JAPAN TIMES, le premier ministre entend, au contraire, relancer les centrales du pays arrêtées par précaution après l'accident. Shinzo Abe veut relancer, dès que possible, la production d’électricité d’origine nucléaire dans l’archipel le plus exposé au monde aux tremblements de terre. Ou dit autrement, renchérit le LOS ANGELES TIMES, trois ans après seulement, les leçons de Fukushima ont été complètement ignorées.

Malgré ses promesses de remise à plat du puissant lobby de l’atome au Japon lors de son accession au pouvoir en décembre 2012, le chef du gouvernement a choisi le camp de l’économie, s'inquiète à son tour LE TEMPS de Genève. En remettant en service 12 des 50 réacteurs actuellement suspendus, l’objectif du gouvernement est en effet d’alléger au maximum la facture énergétique d’un pays qui, jusqu’en 2011, dépendait à plus de 30% de l’atome. Un choix populaire, d'ailleurs, dès que l'on quitte la région sinistrée de Fukushima.

Occupé à redonner le moral à ses concitoyens et aux milieux d’affaires, en injectant des trillions de yens dans l’économie nipponne en dépit d'un surendettement public record, le premier ministre donne désormais l’impression d’avoir, pour de bon, tourné la page du cauchemar. Pour preuve, la semaine dernière, alors que des milliers de familles déplacées de la région de Fukushima s’entassent encore dans des préfabriqués et que les opérations de décontamination et de colmatage de la centrale détruite sont émaillées de fuites, la justice japonaise a nullifié la plupart des plaintes contre l’opérateur Tepco. Ni l’administration nipponne, ni les dirigeants de cette compagnie électrique ne seront tenus pour responsables du drame. Une décision pourtant à l’opposé des attendus de l’enquête menée après le drame par le parlement nippon.

Remisés les rapports d’experts accusant Tepco et ses dirigeants de négligences à répétition dans la maintenance des réacteurs. Oubliées aussi les preuves des dysfonctionnements récurrents d’une industrie nucléaire habituée à fonctionner sans contre-pouvoirs et sans rendre de comptes à un régulateur trop faible pour se faire respecter. Aujourd'hui, l’heure est à la réhabilitation de l’atome, mais aussi aux «Abenomics», ces recettes économiques destinées à briser le cycle de la déflation dans lequel l’Archipel était englué.

En clair et plutôt que de tirer les leçons de Fukushima, où la centrale reste baignée d’eau contaminée et gangrenée de fuites radioactives, Shinzo Abe semble vouloir fermer les portes de ce cimetière nucléaire. Un pari politique logique pour un dirigeant nationaliste mais néanmoins fortement risqué.

Lors de ma première visite à Fukushima, j’avais été témoin de la mort soudaine de la région. Et puis, au fil du temps, j’ai vu le paysage perdre ses couleurs, s’émousser et devenir de plomb. Lors de mon dernier voyage, à l’été 2013, je me suis rendu compte que je m’étais habitué à la situation telle qu’elle était. D’une façon ou d’une autre, cet état était devenu normal. Je suis revenu à Fukushima plusieurs fois après l’accident, mais je n’ai observé ni développement ni régénération, raconte ce matin le photographe Kosuke Okahara, lauréat de plusieurs prix internationaux et dont le Courrier International publie certaines de ses photos.

Pour ce projet, dit-il, j'ai utilisé une chambre photographique, Cela m’a forcé à photographier des choses ou des situations lentes, immobiles. Mais, comme les radiations vont rester pendant des décennies, c’était un bon moyen de retranscrire l’impact de cette catastrophe.

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