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Turbulences sur la ligne Londres-Kigali

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La Revue de Presse par Mathieu LaurentL' information a été confirmée hier par le ministère des affaires étrangères britannique .« Karaké a été arrêté par des agents de l’unité de l’extradition de la police londonienne à l’aéroport d’Heathrow », a précisé un porte-parole de Scotland Yard. Le chef des services de renseignement du Rwanda, a comparu devant un tribunal londonien samedi après-midi et a été placé en détention provisoire jusqu’à jeudi, date à laquelle il doit de nouveau comparaître devant la justice britannique .Madrid demande son extradition .

Karaké a été accusé par un juge espagnol d'avoir perpétré des crimes de guerre contre des civils dans les années qui suivirent le génocide. Il est notamment soupçonné d'avoir ordonné des massacres ,lorsqu'il était à la tête du service de renseignement rwandais entre 1994 et 1997, dont le meurtre de trois espagnols travaillant pour l'ONG Médecins du Monde. Jeune Afrique et Rfi nous éclaire sur la trajectoire d' Emmanuel Karenzi Karaké.

Connu à Kigali sous le surnom de "KK", le général Karake, 54 ans, fut l'un des principaux chefs militaires de l'Armée patriotique rwandaise (APR), branche armée de la rébellion à dominante tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) durant les années de guerre contre le régime hutu de Juvénal Habyarimana, de 1990 à 1994.Charismatique, décrit comme remarquablement intelligent, l'homme ne répugnait pas un temps à échanger avec journalistes et diplomates, dont beaucoup appréciaient son - relatif - franc-parler.Le général Karaké fut en 2008-2009 le numéro deux de la Minuad, mission de paix ONU-UA déployée au Darfour, dans l'ouest du Soudan. C'est à cette période qu'un mandat d'arrêt espagnol avait été émis contre lui.Comme plusieurs barons du régime avant et après lui, il est brièvement tombé en disgrâce en avril 2010, Mi-2011, le général "Karaké était finalement revenu sur le devant de la scène, pour prendre la tête des services de renseignements, tout puissants au Rwanda.C'est l'une des rares personnalités susceptibles de faire de l'ombre au président Kagame, qui tient le pays d'une main de fer depuis plus de vingt ans ,avec en ligne de mire un nouveau mandat ...La réaction la plus virulente ,qui trône à la une de la plupart des sites africains ,est venue de la ministre rwandaise des Affaires étrangères. « La solidarité occidentale pour avilir les Africains est inacceptable. C’est un scandale d’arrêter un responsable rwandais sur la base de la folie de pro-génocidaires », a écrit Louise Mushikiwuabo sur son compte Twitter."Nous sommes en train de discuter du sujet avec le gouvernement britannique", a confié le ministre de la Justice rwandais, Johnston Busingye, au New York Times. "Nous contesterons cela en justice. Nous attendons des explications de la part du Royaume-Uni", a t-il ajouté. L'ambassadeur du Rwanda à Londres, William Nkurunziza, a dit à la BBC que les charges retenues par l'Espagne contre Karake étaient "politiques". "c'une insulte à notre conscience collective", a-t-il ajouté. Cette arrestation pourrait embarasser les autorités britanniques .Certes la demande émane de Madrid ,mais tout de même Kigali et Londres ont eu leur lune de miel .Londres a investi des des sommes considérables dans la reconstruction et le developpement du Rwanda : une authentique "love story à l' africaine . Les derniers mois ont toutefois été houleux ,avec en guise de crise aigüe ,la diffusion en Octobre dernier sur la BBC d'un documentaire qui multiplie les critiques contre le président rwandais et ses multiples implications dans le déclenchement du génocide ,avec à la fin du mois dernier , la suspension desprogrammes en kinyarwanda des émissions de la la radio britannique ."Un grand flic dans la nasse british " titre non sans ironie "Guinée Conakry Info ."Paul Kagamé, enfant gâté de l’occident, Paul Kagamé président chouchouté par toutes les statistiques économiques, Paul Kagamé, leader toléré malgré ses penchants ‘’totalitaires’’…C’était il y a peu, mais depuis 48 heures, une page semble s’être tournée, soufflée par le vent de l’actualité, avec l’arrestation du chef des services de renseignements rwandais à Londres, Emmanuel Karenzi Karake, rattrapé par son passée entaché de crimes non encore élucidés. Frisson politique ou gel diplomatique en perspective.? C'est en tous cas :un homme qui en sait beaucoup ..La présidence de la république qui, de nature est sereine, se fait entendre sur les réseaux sociaux. Si Kagamé se garde encore de se prononcer, ses proches collaborateurs le font bien à sa place, et cette véhémence montre que Karenzi Karake constitue bien une grosse prise" écrit Maria de Babia ,qui poursuit : "En réalité, depuis le génocide, la fébrilité des chefs du FPR, quant à une quelconque responsabilité de leur part, est connue. L’arrestation de Karenzi est ressentie comme un séisme politico-moral, une espèce de ‘’trahison’’ de la ligne occidentale qui, sans être complice, avait une empathie qui appelait a une certaine tolérance.Ce qui s’est passe depuis 72h, étonne et choque les autorités rwandaises qui voient comme un univers s’écrouler autour d’elles"Le site ougandais " The new vision" rappele qu'en 2008 ,un câble diplomatique ,envoyé par l'ambassade américaine à Kigali et publié par WikiLeaks qualifiait les actes d'accusation espagnols de "scandaleux et inexacts"mais washington aurait changé de braquet ,comme l'analyse Colette Braeckman sur son blog hébergé par le journal Belge le Soir ."Faut il y voir un avertissement, à la veille de la décision concernant un éventuel troisième mandat de Paul Kagamé? Même si la justice est, théoriquement, indépendante, l’arrestation d’un “maître espion”‘ n’est pas un procédé fréquent et d’aucuns rappellent le proverbe rwandais “qui veut atteindre le maître frappe d’abord le chien.”

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