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Turquie : quelle majorité pour Erdogan ?

5 min

Par Eric Biegala

Les Législatives de ce dimanche en Turquie répondront en fait à une seule question : avec quelle majorité Recep Tayyip Erdogan et son parti l' Adalet ve Kalkinma Partisi , le Parti de la Justice et du Développement ou encore l'AKP pourra gouverner... car - cela ne fait absolument aucun doute - l'AKP d'Erdogan sortira grand vainqueur des urnes, une fois de plus et comme à chaque scrutin depuis 13 ans, qu'il s'agisse de Municipales, de Législatives ou de la Présidentielle de l'an passé qui avait vu l'homme fort du parti islamo-conservateur prendre en charge la magistrature suprême du pays.Les sondages donnent en effet l'AKP largement devant les autres partis à 43% d'intentions de vote. En seconde position le CHP, le parti de la Gauche kémaliste - historique, fait pratiquement moitiée mions à 26% d'intentions de vote en moyenne selon les différents instituts de sondage. Encore derrière il y a les Nationalistes du MHP à environ 17% puis enfin le parti pro-kurde HDP autour de 10% d'intention de votes.Le soutien populaire pour l'AKP d'Erdogan a en fait une base sociologique très ferme, et qui s'est élargie analyse, dans les colonne du quotiden pro-gouvernemental Sabah , l'éditorialiste Etyien Mahtçupian ; "la société islamique traditionnelle [rurale qui constituait la base du parti] est devenue plus urbaine et plus éduquée et elle s'est mélangée avec d'autres secteurs de la société... ce qui fait que la base du parti est en train de s'élargir, écrit-il. "Au contraire, les défaites successives des partis sécularistes ont eut pour résultat que cette frange de l'électorat s'est repliée sur elle-même... elle est en train de s'appauvrir, de se rétrecir et le parti qui la représente, le CHP avec elle" .Mais une majorité au Parlement ne suffira pas à Erdogan... Son parti - et lui-même - n'ont pas fait mystère de leur ambition : parvenir à une majorité très large, une majorité des deux-tiers, ce qui permettrait de changer la Constitution et de présidentialiser franchement le régime. Elu Président en août dernier au suffrage universel - une première en Turquie - Recep Tayyip Erdogan ne détient en effet actuellement que des pouvoirs limités. Une présidentialisation de l'exécutif lui permettrait de véritablement "régner" sur la Turquie...Cette élection c'est en fait "la dernière sortie possible avant la dictature" , écrit Yusuf Kanli dans les colonnes d'Hürriyet. L'enjeu est simple, résume l'éditorialiste quasi historique du quotidien : "s'agira-t-il de retourner à des temps d'avant la République, [c'est-à-dire ceux de l'empire ottoman] ou bien de prévenir ce retour à des hallucinations neo-impériales et de sauver l'héritage républicain du pays ?" ... et de rappeller la lourde tendance des dernières années des différents gouvernements Erdogan qui ont vu se multiplier les arrestations de journalistes, les chasses aux sorcières dans les médias, dans les rangs la Justice, de la police ou de l'armée : "cette atmosphère épaisse de peur qui est la caractéristique de la fameuse "démiocratie avancée" de la présidence Erdogan" .

"A quel système présidentiel Erdogan aspire-t-il ? demande encore Yusuf Kanli avant de répondre : "A un système absolutiste, sans le moindre contre pouvoir... mais quand les critiques disent que le Président aspire à devenir un "dictateur élu", Erdogan se met en colère !" Avec des intentions de vote frolant les 50% et un système majoritaire qui favorise largement le parti arrivé en tête, Erdogan a de vraies chances de parvenir à obtenir sa majorité des deux-tiers à la Chambre. Ceux qui pourraient l'en empêcher, ce sont les Kurdes, plus précisément le petit parti pro-kurde du HDP (Halklarin Demokratik Partisi , Parti Démocratique du Peuple). "quand je met en face de moi les derniers sondages , écrit pour sa part Orhan Kemal Cengiz, dans les colonnes de Zaman , quotidien d'opposition à l'AKP, quand je regarde ces sondages, écrit-il, je crois franchement que la Turquie poussera un ouf de soulagement le 8 juin... et ceci parce que pratiquement tous ces sondages montrent que l'AKP devrait perdre une partie de ses votes et , plus important encore, que le Parti du peuple Démocratique le HDP devrait passer le seuil des 10%" . La loi électorale turque impose en effet d'obtenir au moins 10% des suffrages pour avoir une représentation au Parlement ; dans le cas contraire, les votes sont répartis auprès des autres partis ayant franchis ce seuil, proportionnellement à leurs résultats. Autant dire que si le HDP ne passe pas les 10% dimanche, l'AKP a de très grandes chances de pouvoir obtenir cette fameuse majorité des deux-tiers, et Erdogan de parvenir à la présidentialisation du régime auquel il aspire... Ce seuil de 10% (particulièrement haut ; dans la plupart des démocraties il ne dépasse pas les 5%) avait clairement été mis en place pour empêcher, un parti kurde d'arriver à la Chambre.Les Kurdes du sud-est anatolien, souvent traditionnalistes, votaient assez facilement pour le parti islamo-conservateur AKP mais, analyse Hüseyin Akyol pour la chaine kurde irakienne Rudaw , "cette fois ils pourraient bien se détourner de l'AKP, surtout après l'épisode de Kobani, où le pouvoir turc n'a pas fait grand chose pour défendre la ville kurde" des attaques de l'Etat Islamique.Et puis le HDP a élargi considérablement sa base idéologique ; il est à la fois le successeur des multiples partis kurdes qui se sont succédés en Turquie depuis le début des années 90, mais il fédère aussi toute une collection de petit partis d'extrême-gauche ou libéraux... Certains commentateurs n'ont pas hésité à le comparer au Syriza grec ou au Podemos espagnol.C'est sur lui en tout cas que les libéraux, les minorités, une partie des kémalistes et mêmes certains islamistes frustrés par Erdogan comptent pour éviter le retour d'un quasi-Sultan à la tête de la République turque.

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