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Ukraine : une élection et des minorités sous pression

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PAR LUDOVIC PIEDTENU"L'impasse en Ukraine" titre The Economist .Dans une semaine, doit se tenir le scrutin présidentiel.Et l'hebdomadaire britannique publie ce matin un reportage à Lougansk et dans les régions de l'Est."Les développements sur le terrain font s'interroger les habitants, raconte le reporter. Est-ce que ces jours-ci sont le calme avant la tempête ? Ou est-ce que l'on n'a pas atteint des deux côtés une sorte d'impasse ? Ces deux parties incertaines de ce qu'il faut faire, incapables de rassembler assez de force pour l'emporter."Pour le journaliste britannique, "il est de plus en plus clair que les deux parties sont enlisées. Les rebelles n'ont pas assez d'hommes pour vaincre les forces ukrainiennes déployées autour de la ville. L'armée ne semble pas savoir comment la reprendre sans causer de pertes parmi la population."Un commandant militaire des forces rebelles témoignait récemment dans une vidéo. Il déclarait en somme "qu'il avait désormais assez d'armes pour affronter les forces ukrainiennes mais que presque personne ne se portait volontaire pour se battre". Et le journaliste d'ajouter : "si les hommes n'affluent pas pour donner leurs vies pour la cause anti-ukrainienne, cela compte comme une autre indication que la rébellion de l'Est serait en train de s'essoufler.""Hier à Donetsk, une manifestation demandant le retrait de l'armée ukrainienne dans la région a réuni 300 personnes dans une ville de près d'1 million d'habitants. Ilya, 25 ans, qui vient de Kramatorsk où il y a eu des combats, met ce léger recul sur le compte de la chaleur et de la fatigue des gens.""Mais il est beaucoup trop tôt, conclut The Economist , pour dire que le vent a tourné contre les rebelles. L'élection de dimanche ne se tiendra pas dans la plupart des villes des provinces de Donetsk et de Lougansk. Le personnel électoral y a été menacé, enlevé, intimidé."Et "tenir une élection au milieu de ces menaces d'invasion et de sabotage par des séparatistes, par une cinquième colonne, est le test le plus sévère qu'une démocratie peut supporter."Ces propos sont de l'ancienne Premier ministre, candidate à l'élection présidentielle de ce 25 mai, Ioulia Timochenko dont la tribune est à lire ce matin dans le International New York Times . La diva à la tresse blonde cite le président américain Abraham Lincoln qui en pleine guerre civile en 1864 se représentait devant les électeurs. "Nous ne pouvons, disait-il, avoir un gouvernement libre sans élections. Et si la rébellion nous force à renoncer ou à reporter une élection nationale, elle pourrait à juste titre prétendre avoir déjà gagné et nous avoir ruiné.""Comme Lincoln, écrit Timochenko, nous, Ukrainiens, nous sommes résolus à nous rendre aux urnes pour choisir un nouveau Président en défiant toutes les menaces."Ioulia Timochenko poursuit : "La mafia séparatiste russe ne peut remporter que des simulacres d'élections du type de celles que M. Poutine a imposé dans son pays depuis qu'il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans, ou comme celles qu'il a récemment imposé à nos concitoyens, désormais otages, en Crimée."La Crimée, dont beaucoup de médias du monde entier, rendent compte ce matin au travers des Tatars.Ils commémoraient ou tentaient de le faire hier les 70 ans de leur déportation collective.A lire en France dans La Croix , "La peur est de retour chez les Tatars de Crimée"."Du 18 au 21 mai 1944, raconte Alain Guillemoles, des soldats soviétiques s'étaient déployés dans la péninsule. Les Tatars avaient été raflés, mis dans des wagons à bestiaux. Quelque 190 000 personnes, soit la totalité de la population tatare de Crimée, ont ainsi été déplacées. Officiellement, le régime soviétique a justifié cette mesure par le fait que la population tatare avait collaboré avec les nazis. Dans la réalité, l'armée allemande avait bien créé un bataillon tatar, mais cela a surtout été utilisé comme prétexte par Staline pour se débarasser d'une population politiquement hostile. Ce n'est que dans les années 1980 que les descendants des Tatars ont pu entreprendre le chemin du retour."Dans le Guardian , on pouvait lire déjà vendredi matin, cette alerte de l'ONU sur cette minorité musulmane qui souffre de "harcèlement et de persécution" depuis l'annexion."Aujourd'hui, ils représentent 12% sur une population d'environ 2 millions d'habitants" précise The Financial Times . "Sous la loi ukrainienne, des commémorations se tenaient tous les ans. Mais sous la loi russe, elles ont été interdites."Pourtant, Poutine signait récemment un décrêt de réhabilitation. Mais la population tatare n'y croit guère. C'est ce qu'on peut lire au travers de très nombreux articles qui racontent comment malgré tout, ces Tatars ont défilé hier bravant l'interdit, ces articles qui décrivent cette scène, quand deux hélicoptères de l'armée russe ont survolé certains de ces cortèges à très basse altitude, comme pour les menacer. "Les gens s'inquiètent pour eux-mêmes, pour leur avenir" peut-on lire dans le quotidien financier."Moscou combat déjà depuis longtemps une insurrection dans le nord du Caucase qu'il serait soucieux de ne pas voir se répéter en Crimée."La Voix de la Russie cite Poutine . Ce dernier espère que cette minorité "ne va pas devenir une monnaie d'échange ou de négociation entre Moscou et Kiev".Pour le Financial Times , "Poutine est bien conscient que ces craintes ou cette insatisfaction des Tatars, peuvent compromettre ses efforts pour faire de ce territoire nouvellement acquis un succès.""Saisissant la situation, un groupe islamiste allié à Al-Qaïda, a publié cette semaine, un appel aux Tatars de Crimée à mener la "guerre sainte" contre la Russie.

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