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Un accord entre le Hamas et le Fatah. Mais pour quoi faire ?

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Le Fatah et le Hamas se sont mis d'accord jeudi 25 septembre. Le gouvernement d'union formé en juin va faire son retour dans la bande de Gaza. Pour la presse anglo-saxonne, c'est surtout l'Autorité palestinienne qui reprend le contrôle de la bande de Gaza puisque comme l'écrit le Guardian, c'est son président Mahmoud Abbas, chef de file du Fatah, qui va diriger ce gouvernement. "C'est la première fois en sept ans que le Hamas cède un peu de pouvoir au Fatah ", souligne aussi le Washington Post.

Si le Hamas a accepté de faire un pas de côté, c'est parce que la situation est urgente, précise le quotidien américain. Après sept semaines de guerre et un mois après la signature d'un cessez-le-feu provisoire, la reconstruction de Gaza n'a toujours pas commencé. Reconstruction qui va coûter près de 8 milliards de dollars, selon des estimations récentes de l'Autorité Palestinienne, précise le Guardian .

L'objectif premier de cet accord, c'est donc de rassurer les donateurs internationaux qui doivent se retrouver au Caire, mi- octobre, pour lever des fonds, explique le Wall Street Journal . Le retour de l'Autorité palestinienne, c'était une exigence des Nations unis et des gouvernements étrangers, ajoute le journal. Une garantie afin de s'assurer que les milliards de dollars qui seront donnés serviront bien à reconstruire Gaza, et non pas à acheter des armes et creuser des tunnels.

Mais si le Hamas a cédé face au Fatah, c'est aussi parce que le mouvement doit faire face à une forte pression interne, explique toujours le Wall Street Journal . Il est critiqué par des bloggeurs palestiniens et sur des réseaux sociaux locaux. On lui reproche de ne pas avoir obtenu d'avancées tangibles après la guerre. Les Palestiniens "ont payé un prix très lourd et rien n'a changé ", commente Mkhaimar Abusada, professeur de sciences politiques à l'Université Al Azhar de Gaza. "Ils sont toujours en état de siège et les destructions sont massives ."

Est-ce que les choses vont changer avec cet accord. Que prévoit-il concrètement ? Les déclarations des porte-paroles des deux factions rivales étaient bien vagues jeudi, juge le New York Times . Le Hamas perd le contrôle effectif de la bande de Gaza, décrypte pour sa part, le Guardian. Désormais, c'est l'Autorité palestinienne qui va gérer les affaires courantes et notamment payer les salaires des fonctionnaires. Mais précise le New York Times, "on ne sait pas comment les 40.000 fonctionnaires embauchés par le Hamas au cours de ces sept dernières années vont être payés, ni comment ils vont travailler avec les quelque 70.000 employés de l'Autorité palestinienne en poste avant 2007 et qui depuis, ont continué à toucher leurs salaires. "

Au niveau sécuritaire maintenant, l'Autorité palestinienne va contrôler les frontières de la bande de Gaza, y compris le couloir de Philadelphie et le point de passage de Rafah, au sud. C'était une demande du président égyptien, Abdel Fatah al-Sisi, indique le Guardian. Mais l'accord ne précise pas quelle force sera déployée. Combien d'hommes ? A partir de quand ? s'interroge le Wall Street Journal.

Plus généralement, c'est cette question qui revient. Jusqu'où le Hamas est-il prêt à aller ? demande le Washington Post. Par exemple, va-t-il céder au Fatah le contrôle des forces de l'ordre dans la bande de Gaza ? Quel avenir pour ses militants ?

Et puis comment les deux parties vont-elles se répartir les postes au sein du gouvernement ? poursuit le Wall Street Journal . Quel pouvoir politique réel aura l'Autorité palestinienne ?

Autant de questions restées en suspens, indique le quotidien américain.

C'est un comité commun qui sera chargé d'y répondre et de trancher les points de désaccord, précise le journal Haaretz.

Le Washington Post met cependant en garde. "Dans le passé, tous les accords entre le Hamas et le Fatah ont rapidement explosés "

Or le temps presse. Les pourparlers avec Israël pour aboutir à un cessez-le-feu définitif reprendront à la fin du mois prochain et comme l'explique le Guardian, les Palestiniens doivent absolument présenter un front uni s'ils veulent obtenir si ce n'est la levée du blocus de Gaza.

L'annonce du retour du Fatah dans la bande de Gaza intervient en tout cas à point nommé, souligne le quotidien britannique, surtout pour Mahmoud Abbas. C'est aujourd'hui qu'il doit prendre la parole à New York, devant l'assemblée générale des Nations unies. Il devrait lever le voile sur une nouvelle stratégie diplomatique visant à mettre un terme à 47 ans d'occupation israélienne des territoires palestiniens. Cet accord annoncé hier renforce son autorité, en tout cas aux yeux de la communauté internationale, conclut le Wall Street Journal .

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