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Un baron de la drogue défie les autorités mexicaines avec des vidéos

4 min

Par Marine de La Moissonnière

C'est l'homme le plus recherché du Mexique. Servando Gómez Martínez, dit La Tuta, est le chef du cartel des Chevaliers Templiers qui sévit dans l'état du Michoacán. « Alors qu'il est en cavale, loin de rechercher l'anonymat, comme d'autres narcotrafiquants célèbres, La Tuta préfère rester en première ligne », rapporte El País. Et pour cela, il se sert d'un outil « insolite et dévastateur » : la « vidéo-guerre ». L’expression est du quotidien madrilène.

Cela dure maintenant depuis plusieurs mois, explique El País . « Ce trafiquant de drogues insaisissable, ancien instituteur […] envoie depuis sa cachette, telles des balles, ces enregistrements » sur lesquels on voit des gens connus dans des attitudes serviles, à ses ordres. Sont déjà tombés des hommes d'affaires, des gouverneurs, des maires, des enfants d'élus. Six vidéos depuis le début l'année ! Chacune d'entre elles « a dynamité une vie politiqu e », résume El Pais , et révélé au grand jour à quel point les autorités de l'état du Michoacán sont corrompues.

Voilà que La Tuta s'en prend maintenant aux journalistes. Une vidéo de près de 25 minutes met en cause le correspondant de la chaîne Televisa dans la région, la principale chaîne du pays, ainsi que le directeur de l'agence de presse Esquema . Un journaliste qui travaillait aussi pour l'Agence AP , CNN et Fox , précise le Daily Mail.

On voit donc les deux hommes tranquillement assis autour d'une table avec La Tuta. Ce dernier se plaint que les médias ne s'intéressent pas assez à lui. Et les journalistes de lui donner des conseils. Des conseils rémunérés. A la fin de la rencontre, le trafiquant de drogues sort des billets de sa poche, les compte un à un et leur donne.

« On n'a pas eu le choix », se défendent en cœur les deux journalistes aujourd'hui, raconte le journal La Jornada. «Nos vies et celles de nos familles étaient menacées […] Mais nous n'avons ni demandé, ni accepté d'argent. »

N'empêche, tous deux font désormais l'objet d'une enquête judiciaire, annonce le journal mexicain El Universal .

Au-delà de l'image des médias qui est forcément écornée par cette histoire, « ce nouveau coup de La Tuta, écrit El Pais , est surtout révélateur du contrôle que les Chevaliers Templiers exercent encore » au Michoacán. Le président Peña Nieto a pourtant lancé une vaste offensive dans cet état, au début de l'année, rappelle le quotidien. Il y a envoyé une armée de près de 10.000 policiers fédéraux dotés de pouvoirs spéciaux. Il a obtenu la dissolution des milices citoyennes d'auto-défense. Plusieurs chefs de cartels ont été éliminés. Mais pas La Tuta qui défie donc ouvertement les autorités et le pouvoir dans son ensemble. « Qui n'a pas été filmé par la Tuta ? » s'interroge El Universal qui se demande combien de vidéos il y a encore dans la « Tuthotèque ». Le criminel a clairement compris le poids des réseaux sociaux et la force des images, et il s'en sert pour faire passer un message politique, poursuit le quotidien mexicain.

Car La Tuta ne se comporte pas comme un chef de gang. Non, il agit comme un homme de pouvoir, analyse Denise Maerker, dans un autre article d'El Universal. Là où d'autres comme les Zetas ont fait taire les journalistes par la violence - 102 journalistes assassinés au Mexique au cours des 14 dernières années, rappelle la BBC - La Tuta, lui, les bâillonne avec de l'argent et ces vidéos. Et de poursuivre : c'est devenu un parrain politique qui croit avoir le droit de gérer les affaires du Michoacán, de décider par exemple, qui pourra participer à telle élection ou comment répartir un héritage. Un parrain devant lequel on s'incline servilement. On rit à ses blagues. On cherche à lui faire plaisir, à se faire bien voir. Est-ce vraiment la peur qui explique l'attitude de tous ceux qui ont été filmés ? demande El Universal .

Ces vidéos, c'est aussi une manière de mettre en garde ceux qui ont conclu des accords avec lui et qui ne tiennent pas leurs promesses, ajoute le chercheur Martin Gabriel Barrón Cruz, toujours dans les colonnes du quotidien mexicain. Un moyen de pression donc. En gros, si vous ne m'obéissez pas, je vous balance.

Alors comment expliquer que La Tuta ne soit pas encore tombé alors qu'il a des centaines de policiers à ses trousses - 1.500 précisément selon le journal Milenio ? Selon El País - qui cite une source policière - c'est parce qu'il est soutenu par la population. Cela fait des années qu'il distribue de l'argent dans les zones pauvres. De plus, ses affaires s'étendent bien au-delà de la drogue. Il est présent à presque tous les niveaux de la vie économique locale, des mines jusqu'à la production d'avocats, détaille le quotidien. La Tuta est décidément un parrain, et les Chevaliers Templiers une mafia.

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