LE DIRECT

Un bon gars mais sujet à la colère : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Folie en plein cœur de Washington, c'est le titre à la Une ce matin du journal du Milwaukee SENTINEL. C'était un matin ordinaire, une journée de travail comme les autres, jusqu'à ce que Washington devienne la capitale de l'enfer, renchérit son confrère THE LOS ANGELES TIMES, lorsque des coups de feu ont retenti semant la terreur.

Il était 8h20, hier, lorsque le tueur s'est introduit dans un immeuble de la Marine américaine à Washington, en ouvrant le feu à plusieurs reprises. «J’ai entendu trois coups de feu à la suite, pan, pan, pan. Et puis à nouveau trois autres. Au total il y a dû avoir sept coups de feu », raconte notamment ce matin une employée dans les colonnes du NEW YORK TIMES. Un autre témoin, raconte lui sur CNN avoir vu le tireur. « On a entendu des tirs, il est apparu dans le couloir, il nous a mis en joue et tiré au moins deux ou trois fois. Alors on a couru vers la sortie et on a continué d’entendre des tirs à l’intérieur », dit-elle, avant de préciser, l’homme était «grand» et «noir».

Alors aujourd'hui, son nom s'affiche à la Une de toute la presse : Aaron Alexis, 34 ans, un ex-réserviste de la Marine, décoré pour son service, mais qui avait à deux reprises déjà été arrêté pour des incidents impliquant une arme à feu. Un bon garçon, écrit le WASHINGTON POST mais sujet à la colère. Tellement colérique, qu'en 2010, l'homme avait notamment été arrêté pour avoir déchargé son arme à son domicile. Une balle avait traversé le plafond de sa voisine, à qui il reprochait de faire trop de bruit. Alors pour sa défense, il avait expliqué aux enquêteurs qu'il nettoyait son revolver avec les mains grasses après avoir cuisiné et que les tirs étaient partis tous seuls. Et puis six ans plus tôt, ce sont les pneus du véhicule de deux ouvriers qu'il avait là encore criblé de balles. Ces derniers lui avaient manqué de respect, disait-t-il, tout en jurant, dans le même temps, avoir été victime d'un black-out provoqué par la colère et qu'il ne se souvenait pas d'avoir appuyé sur la gâchette.

Comme souvent dans ce genre de faits divers, d'autres témoins offrent eux un portrait radicalement différents du tireur. Son ancien colocataire, interrogé par le STAR TRIBUNE décrit notamment un jeune homme non violent, versé dans le bouddhisme et qui méditait régulièrement au temple. Son ancien propriétaire, toujours dans les colonnes du journal, dit de lui qu'il était calme et toujours poli. Quant à son père, il admet que son fils souffrait de troubles post traumatique, depuis qu'il avait activement participé aux efforts de secours lors des attentats du 11 septembre.

Bien évidemment, il n'est pas possible d'expliquer une telle folie de manière rationnelle, écrit encore le journal du Milwaukee. Et comme toujours, dit-il, il faudra sans doute du temps pour comprendre et surtout savoir ce qui aurait pu être fait pour éviter cette tragédie.

Et puis, toujours au chapitre des leçons à tirer, le site d'information en ligne américain SLATE fait lui remarquer ce matin que dans les heures qui ont suivi la fusillade, deux grandes chaînes de télévision, NBC et CBS, ont faussement identifié comme étant le suspect la même personne, un lieutenant de la Navy, avant finalement de se rétracter et d'effacer même les tweets où cette personne étaient mentionnée. Et l'article de préciser, ces dernières années, les utilisateurs de Twitter ont subi des attaques en règle pour avoir tiré des conclusions hâtives sur l'identité de suspects lors de meurtres de masse. Sauf que les journalistes professionnels sont eux aussi souvent dans les parages quand il s'agit de commettre des erreurs factuelles. Même son de cloche pour USA TODAY, le journal pour qui la complexité de ce genre d'évènements est une raison supplémentaire pour être encore plus prudent, quand il s'agit d'identifier quelqu'un comme un meurtrier de masse, avant que l'information ne soit totalement recoupée. Et d'ailleurs, comme le relève le WASHINGTON POST, CNN ne s'est pas privé «d'allumer» ses concurrents, par la voix d'un de ses journalistes : «Nous vous mettons en garde, il ne faut pas prendre au sérieux le nom que d'autres médias ont présenté comme étant celui d'un des suspects potentiels. La police et plusieurs sources au sein de la Navy l'ont listé comme tel avant de se rétracter, après que d'autres médias, mais pas CNN, l'aient déjà relayé ».

De son côté, le HUFFINGTON POST critique plus largement la couverture médiatique de l'évènement en notant, par exemple, que les erreurs commises (qu'il s'agisse de l'utilisation des scanners de la police ou du flou entretenu sur le nombre de morts et de suspects) paraissent très familières. Et de fait, rappelle encore ce matin le site d’information SLATE, ce genre d'erreurs est fréquent lors des gros faits divers aux Etats-Unis. En décembre dernier, les médias avaient d'abord identifié, par erreur, comme suspect de la tuerie de l'école de Sandy Hook, Ryan, alors qu'il s'agissait de son frère Adam. Et en avril, les attentats de Boston avaient eux déclenché une véritable chasse à l'homme sur les réseaux sociaux, incriminant notamment un étudiant disparu depuis un mois, tandis que le NEW YORK POST avait de son côté pointé à tort du doigt deux adolescents innocents.

Hier soir, aucun profil Facebook ou Twitter n'avait émergé. Le FBI a lui lancé un appel au public pour obtenir davantage d'informations. La seule explication de son acte, avancée par l'un de ses amis : Aaron Alexis était «en colère» car son employeur, un sous-traitant de la Navy, était en retard pour lui verser son salaire pour une mission au Japon. Bilan : 12 morts.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......