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Un crime inqualifiable : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ils ont osé. Ils ont osé faire ça, s'indigne ce matin L'OBSERVATEUR PAALGA. Bien entendu, les questions nombreuses sont pour le moment toujours sans réponses. Y a-t-il eu dérapage suite au rapt ou ont-ils été froidement abattus ? S’agit-il d’une mesure de représailles après l’intervention de l’armée française au Mali et la récente libération des ex-otages ? De qui émane le coup, islamistes ou rebelles touaregs ?

Trop de zones d’ombre entourent ces horribles assassinats, constate à son tour LE PAYS. Et de dresser, lui aussi, ce matin la liste des interrogations : comment de telles choses ont-elles pu se passer aussi facilement à Kidal avec tous ces soldats mobilisés ? Qu’ont donc fait nos confrères pour mériter un tel sort ? Qu’ont-ils appris, qui ont-ils vu qu’ils n’auraient pas du voir ? Comment le véhicule ayant servi à transporter les suppliciés, a-t-il fait pour passer entre les mailles des forces de sécurité ? Manifestement, on cherchait à les tuer car il n’y a pas eu demande de rançon. Or c’est la première fois dans le Sahel qu’un rapt est aussi rapidement transformé en assassinat.

Autant de questions sans réponse, sans compter que ce double assassinat s’est déroulé dans un milieu où la multiplicité des acteurs en rajoute, bien évidemment, aux intrigues et à l’imbroglio. Jusque là, Kidal passait pour être le fief du mouvement rebelle, lequel avait même pu bénéficier d’une certaine complaisance de la part de la communauté internationale. D'où les reproches, d'ailleurs, adressés directement à François Hollande par le quotidien burkinabé L'OBSERVATEUR PAALGA. Paris, ne l’oublions pas, dit-il, a toujours entretenu des relations ambiguës avec les Touaregs, une sorte de bienveillance coupable qui a en partie fait le lit de la crise qui secoue le Mali depuis 18 mois. Et si Kidal est toujours cette sorte d’enclave et de no man's land, c’est quelque part du fait du Grand chef blanc. Et ce sont, à bien des égards, ses errements que nos confrères viennent de payer au prix fort.

Quoi qu'il en soit, pour le portail d'information MALIWEB, il ne fait aucun doute que ce sont bien les rebelles touaregs du MNLA et leurs alliés du Haut Conseil unifié de l’Azawad qui ont orchestré cette macabre opération, car ce sont les maîtres du terrain, dit-il, et qui d'autres aurait pu informer les kidnappeurs de la visite de nos confrères chez le représentant attitré du MNLA à Kidal ? Les deux envoyés spéciaux du TEMPS de Genève se montrent, eux, beaucoup plus prudents ce matin et rappellent qu'aucune revendication n’a été transmise. Et de rappeler, aussi, que jusqu’à présent, tous les enlèvements ont été revendiqués soit par AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique), soit par le MUJAO (Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest). Toujours dans les colonnes du journal, un spécialiste du Mali avance pour sa part deux hypothèses : celle d’un acte gratuit qu’on ne peut écarter, dit-il, et celle plus solide d’un acte criminel qui serait à mettre sur le compte d’une vengeance des membres d’AQMI, lesquels auraient été lésés lors de la distribution de la rançon des otages d’Arlit. Et puis il y a quelque chose d’inexplicable dans l’enchaînement du drame de samedi dernier, car d’ordinaire, les enlèvements se font au coucher du soleil et non en pleine lumière. Il y avait donc dans le modus operandi quelque chose d’inhabituel. Et voilà pourquoi, il ne faut pas écarter non plus, dit-il, l'hypothèse d’une panne de véhicule qui aurait eu pour conséquence de ne pas s’encombrer des deux otages et de les abattre.

En attendant, il faut souhaiter que les auteurs de ce crime inqualifiable soient vite retrouvés et châtiés à la hauteur de leur acte abject. Car ceux qui tuent et ceux qui font tuer des journalistes, appartiennent à la même race de prédateurs. Ils ne méritent ni pardon, ni pitié. Ils sont tout simplement méprisables, écrit encore l'éditorialiste du PAYS. Et d'ajouter, la mort de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon ne doit pas rester impunie, pas plus que celle de tous ceux qui les ont devancés sur le sol d’Afrique. Car quels que soient les reproches à l’endroit de la presse, on ne peut négliger la part contributive des journalistes à l’avènement d’un monde de paix, au rapprochement des peuples, à la responsabilisation des acteurs politiques, à la défense des plus faibles et de tous ceux qui militent pour un monde débarrassée de la vermine. Ce continent, poursuit l'article, doit cesser de dévorer ceux qui l’aiment tant, ceux qui, délaissant le confort douillet de leurs villes viennent affronter la malaria, la misère, les conflits, munis de leurs seuls micros, plumes et caméras pour apporter leur contribution à la paix et à la compréhension universelles.

Et son confrère burkinabé de L’OBSERVATEUR PAALGA de conclure, s'il est une chose dont on se convainc ce matin, c'est que le sang de ces martyrs qui vient d'être injustement versé constitue une semence pour l'éclosion d'autres Ghislaine et d'autres Claude, dans toutes les rédactions de par le monde, car la liberté d'informer et le droit à l'information auront toujours le dernier mot.

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