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Un "électro-Maïdan" à Erevan ?

4 min

Depuis maintenant 12 jours, quotidiennement les habitants de Erevan, la capitale de l'Arménie descendent dans la rue pour manifester. Tout à débuté le 19 juin dernier, par un appel sur Facebook, Un groupe baptisé "Non au pillage" a appelé la population a occuper le centre de Erevan.En cause, la décision du pouvoir arménien d'augmenter les tarfis de l'électricité entre 16 et 22% à partir du 1er août.Depuis, près de 10 000 personnes, chaque soir, se réunissent sur l'Avenue du Maréchal Baghramyan, en face du palais présidentiel.Le 23 juin, la police a tenté de les déloger. Elle a arrêtée 237 personnes pour hooliganisme, mais elle a dû les relacher et son ultimatum du 28 juin, n'a' rien donné non plus.Comme l'explique le New York Times, non seulement, les manifestants sont déterminés mais en plus ils ont de l'humour. Au lendemain de la tentative de les déloger à coup de canons à eau, les citoyens sont revenus avec des bouées, des bonnets de bain, des lunettes de piscine et des pistolets à eau.Pourtant, cette affaire est sérieuse.La Tribune de Genève plante le décor. L'Arménie c'est un petit pays de 3 millions d'habitants qui en 2014 à renoncé à signer le partenariat oriental proposé par l'Union européenne pour rejoindre le projet du Kremlin d'Union eurasienne avec la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan et le Kirghizstan.Sauf qu'aujourd'hui explique le quotidien suisse, l'Arménie, très dépendante économiquement de la Russie, subi de plein fouet les conséquences de la crise économique qui frappe la Russie.Le chômage a augmenté de 21% en un an entre mars 2014 et mars 2015, le salaire moyen stagne à 300 dollars par mois et l'inflation galoppe.Cette augmentation massive du prix de l'électricité a été la nouvelle de trop.Sur place, la situation est explosive. Armenia Today nous apprends qu'hier soir, les contestataires ont publiés leurs exigences.Et elles évoluent.Il y a toujours l'exigeance de l'annulation de l'augmentation des tarifs de l'électricité, la demande de compte à la police pour les violences du 23 juin, mais il y a désormais un appel à tous les habitants de l'Arménie a rejoindre Erevan pour se rendre sur le podium installé sur l'avenue Baghramyan afin d'y exprimer leurs doléances et leurs envies pour l'avenir du pays.Et ça, c'est plus dangereux pour le régime du président Serge Sarkissian.Une situation qui rappelle évidement l'euro-révolution de Maïdan en Ukraine.Ce n'est donc pas surprenant que cela interpelle la presse ukrainienne.Le quotidien de référence à Kiev, Den, signale que les activistes ont promis de rester jusqu'à la victoire et qu'ils ont commencés à ériger des barricades.Den précise également que la contestation s'etend à la province avec des manifestations dans les villes de Gyumri, Vanadzor, Abovian, ou Achtarak.Mais que le pouvoir se veut infléxible. Le ministre de l'énergie, Yervand Zakharian déclare que le gouvernement n'a pas l'intention de faire des concessions.Cette fermeté est une illusion lui répond un historien sur les site arménien Lragir.Indépendament de son avenir, ce mouvement a brisé l'illusion de la toute puissance du pouvoir de Serge Sarkissian. L'une des caractéristiques des régimes autoritaires explique cet historien, est de faire croire aux citoyens que le pouvoir est incontestable et qu'il contrôle tous les aspects de la vie. Or, c'est faux et la révolution arrive lorsque le mythe de cette toute puissance a été brisé.Une analyse partagée par l'hebdomadaire russe de langue anglaise, le Moscow Times.Ces manifestations prouvent la fragilité des régimes post-soviétiques. Des systèmes politiques autoritaires, avec des économies instables basées sur des monopoles, une corruption généralisée, une pauvreté de la population et une incapacité à mettre en place une alternance politique pacifique. Pour le Moscow Times, tous ces régimes sont vulnérables et ce qui se passe à Erevan est un test très sérieux non seulement pour le régime de Serge Sarkissian, mais également pour la capacité du Kremlin à conserver son influence sur les anciennes républiques soviétiques.Comme l'explique le Wall Street Journal, c'est le choc arménien de Poutine. La Russie est non seulement présente économiquement en Arménie, mais elle l'est également militairement, avec 3 000 soldats stationnés dans la base de Gyumri et avec l'annonce récente d'une aide de 200 millions de dollars à l'armée arménienne.Autant le dire, la presse russe pro-kremlin est très nerveuse.De rage, elle parle d'un electro-Maïdan.Dans ce cas-là, le réflexe est d'accuser les Etats-Unis. Dans les colonnes du quotidien pro-gouvernemental les Izvestia, le sénateur Igor Morozov dénonce la main de Washington dans ces manifestations, constatant que l'ambassade américaine à Erevan est très grande malgré que l'Arménie soit un petit pays.Mais ce que ne dit pas la presse russe c'est que le Kremlin a des intérêts financiers directs dans cette affaire. La compagnie arménienne qui a décidée de cette augmentation des tarifs est une filiale du groupe russe Inter-RAO. Un groupe qui appartient à Igor Setchine. L'un des proches de Vladimir Poutine.En attendant, à Erevan, comme à Maïdan, les médias indépendants ont installés des web cam sur les lieux des manifestations pour que le public puisse suivre les débats et qu'une éventuelle intervention policière soit ainsi filmée.

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