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Un évêque pas très catholique : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Les catholiques allemands ne décollèrent pas. Depuis des mois déjà, le scandale enflait autour de Franz-Peter Tebartz-van Elst, l’évêque de Limburg, âgé de 53 ans et accusé de mener un luxueux train de vie. A l’origine du scandale, précise ce matin LE TEMPS de Genève, se trouve ce qui ressemblait d’abord à un banal dérapage des coûts, pour la construction du nouvel évêché, commandé par le prélat aux environs de Francfort. 5,5 millions d’euros étaient initialement prévus pour un ensemble d’édifices comprenant notamment un musée, des salles de conférences, une chapelle et les appartements privés de Monseigneur. Sauf que la semaine dernière, on apprenait que la nouvelle construction avait en réalité coûté 31 millions d’euros, et même 40 millions selon DIE WELT.

Comment le budget a-t-il pu ainsi être multiplié par 6 ? Certainement pas par l'opération du Saint Esprit. Ce n'est sans doute pas non plus un commandement divin, qui a ordonné de dépenser autant d'argent pour la magnificence de l'évêché, commente pour sa part DIE TAGESZEITUNG, avant d'ajouter : le rôle de Monseigneur Tebartz-van Elst à la tête du diocèse a dû tout simplement lui monter à la tête. Et le quotidien populaire BILD, notamment, de dresser la liste des dérapages : 578 000 euros pour les robinets en or des salles de bains, 15 000 euros pour une baignoire, 25 000 euros pour une table. Le jardin censé inciter à la méditation a coûté 783 000 euros, auquel il faut encore ajouter les 2,9 millions d’euros pour la chapelle privée de l’évêque.

A sa décharge, dans une interview antérieure au scandale, l'évêque, petit fils de paysan, avait prévenu : «construire des maisons, c’est déjà quelque chose qui me fascinait étant petit». Et force est de constater que Monseigneur a qui plus est du goût, admet avec ironie la presse allemande. Le problème, c'est qu'à l’heure où l’Eglise de François se recentre sur l’humilité, le train de vie l’évêque de Limburg fait évidemment plutôt mauvais genre. Pour preuve, la Une de l’hebdomadaire DER SPIEGEL, consacrée cette semaine au très cher serviteur de Dieu. On y voit Franz-Peter Tebartz-van Elst au premier plan, drapé dans un billet de 500 euros, couleur pourpre et en arrière-plan, François, vêtu lui de blanc et qui semble méditer.

Car cette affaire, précisait encore il y peu le journal dominical WELT AM SONNTAG, cité par Eurotopics, est évidemment aussi un test pour la crédibilité du nouveau pape. Et d'ajouter, si François veut donner un autre exemple que son prédécesseur, alors c'est à lui de montrer désormais qu'il veut aussi un autre personnel ecclésiastique. La FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, voit mal d'ailleurs comment Mgr Tebartz-van Elst pourrait continuer à exercer ses fonctions. Le mieux qu'il puisse faire maintenant, c'est de se retirer, estime également DIE WELT et le plus vite, dit-il, sera le mieux.

Car le pire, ce ne sont même pas ces dépenses outrancières, mais les mensonges, insiste à nouveau DER SPIEGEL. Le magazine qui rappelle notamment que pour sa défense, l’évêque de Limburg a multiplié les explications oiseuses. Tout d'abord, l’évêque aurait longtemps cherché à dissimuler l'explosion des coûts des travaux, assure la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, avant de tenter de la justifier par la nécessité de respecter la législation en vigueur sur les monuments historiques, un argument aussitôt réfuté par les architectes qui mettent en cause, tout simplement, l’extravagance des désirs du prélat.

Et si encore il n'y avait que le scandale de la construction trop coûteuse, mais non, poursuit le journal, puisque l'évêque est également accusé d'avoir menti sous serment, à propos d'une visite effectuée en Inde l'an dernier, à l'occasion de laquelle il avait voyagé en 1ère classe et non en classe éco comme il l'avait assuré. La semaine dernière, le parquet de Hambourg a d'ailleurs demandé une ordonnance pénale à ce sujet.

«Toute cette histoire me dégoûte», confie notamment Sophie, une catholique pratiquante de 50 ans, dans les colonnes du TEMPS de Genève. Car la colère est d’autant plus forte, qu’en Allemagne l’argent de l’Eglise n’est autre que l’argent des fidèles, qui s’acquittent de l’impôt religieux. Hier, le président de l’association de charité catholique Caritas assurait d'aileurs que le scandale avait déjà des répercussions négatives sur les dons des fidèles, en chute libre depuis qu’a éclaté l’affaire.

Plus que jamais, les jours de Franz-Peter Tebartz-van Elst à la tête de l’évêché de Limburg semblent donc comptés. Il n’a plus désormais que de rares soutiens au sein de l’Eglise. Hier, il a été convoqué à Rome et pourrait connaître son sort dans les jours qui viennent. Seule certitude pour l'instant, pour son trajet, l’évêque a cette fois opté pour une compagnie aérienne à bas coûts.

Enfin, sachez que depuis près de vingt ans, 70 experts travaillaient sur une nouvelle traduction de la Bible, laquelle a finalement été validée cet été par le Vatican. Et ce nouveau texte, qui doit remplacer la dernière version de 1993, devrait bousculer un peu les habitudes des croyants. La prière la plus précieuse des chrétiens va notamment y être reformulée. A la messe, les prêtres ne liront plus le 'Notre-Père' en demandant à Dieu : 'Et ne nous soumets pas à la tentation.' A présent, ils diront : 'Et ne nous laisse pas entrer en tentation.'"

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