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Un gouvernement pour la Belgique

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Encore une fois la Belgique a mis du temps à se trouver un gouvernement. On est loin des 541 jours de paralysie de 2011, rappelle El País. Mais 130 jours tout de même, c'est long. Il faut dire, souligne le quotidien espagnol, que gouverner, c'est un art qui requiert de savoir former des coalitions et c'est particulièrement vrai - et difficile - en Belgique du fait des tensions entre Flamands et Wallons. Tensions qui se sont exprimées jusqu'au bout puisqu'il aura fallu plus de 28 heures de négociations pour aboutir à un accord hier, souligne Le Soir. C’était le sprint final juste avant la rentrée parlementaire mardi prochain, commente pour sa part Le Vif.

Ce nouveau gouvernement tant attendu est composé de quatre partis : un seul francophone - le Mouvement Réformateur de Charles Michel - et trois flamands, les chrétiens-démocrates du CD&V, les libéraux flamands de l'Open VLD et enfin les nationalistes de la Nouvelle alliance flamande, grand vainqueur des élections du 25 mai. Il s'agit là d'une coalition inédite, la "Suédoise" comme on l'appelle en Belgique en raison de la couleur des partis qui la forment.

A la tête de cette coalition, il y aura Charles Michel, le plus jeune Premier ministre belge, souligne la RTBF qui dresse son portrait. Agé de 38 ans, c’est le fils aîné de Louis Michel, l'une des figures marquantes du libéralisme francophone. Sa carrière précoce commence à 18 ans à peine, quand il est élu conseiller provincial du Brabant wallon. A 24 ans, il est déjà ministre des Affaires intérieures et de la Fonction publique dans le gouvernement régional wallon. La Libre-Belgique l’a surnommé "Charly Le Téméraire". "Il a dû se battre pour ne pas être qu'un fils à papa. Désormais, Charles Michel devra se battre pour ne pas être qu'un Premier ministre par accident. "

Sa tâche sera plus que délicate, s'accordent à dire les médias belges ce matin. "Bonne chance, Charles Michel, ce sera rude !" titre ainsi l'hebdomadaire Le Vif . Et de développer : "Le futur Premier ministre devra composer avec trois partis flamands qui sont à couteaux tirés, gérer la grogne sociale et verrouiller le confédéralisme. "

Le plus dur, ce n'était pas de former cette coalition. Ce sera de maintenir cet équilibre instable, confirme El País . Le quotidien madrilène s'interroge sur le rôle de la N-VA qui participe pour la première fois à un gouvernement fédéral même si, souligne le journal, le parti a promis de mettre de côté - en tout cas provisoirement - ses ambitions séparatistes. Les mettre de côté, oui, mais pas les abandonner, tempère Le Vif . Pour l'hebdomadaire belge, "le sujet reviendra tôt ou tard sur la table. " En tout cas, le programme du nouveau gouvernement ne prévoit pas plus de décentralisation ni davantage de pouvoirs aux régions.

Pour le reste, on ne connaît pas encore tous les détails. Mais on a les grandes lignes et il n'y a rien d'original, souligne El Pais . La Belgique s'aligne sur ce qui se fait en Europe depuis la crise.

La principale mesure, c’est le recul de l'âge de la retraite à 67 ans contre 65 aujourd'hui. Cela se fera progressivement d'ici 2030.

Les comptes publics, eux, devront être à l'équilibre en 2017. Cela passera par une réduction des dépenses publiques, des baisses d'impôts et des salaires qui augmenteront moins que l'inflation.

Sur toutes ces questions, les partis de la Suédoise sont d'accord. "Une coalition de droite a le mérite de la cohérence sur le plan socio-économique , reconnaît Le Vif . Elle permet de toucher à des tabous sur lesquels le PS s'arc-boutait. "

Mais, met en garde l'hebdomadaire, les partis flamands sont "des rivaux qui marchent sur les mêmes platebandes électorales et qui ne se font aucun cadeau. " C'est pourquoi Le Vif redoute "une guérilla permanente " qui obligerait Charles Michel à jouer sans cesse le "conciliateur des intérêts flamands ".

Surtout ce gouvernement devra faire face à la "grogne sociale... et socialiste ", écrit Le Vif qui prédit un automne chaud et une fronde des partis francophones de centre-gauche au sujet des retraites. Cela a d’ailleurs déjà commencé. Et l'hebdomadaire de conclure : dans une Belgique en pleine crise et mutation, à la tête d'une équipe que l'on sent déjà instable, "Charles Michel risque d'être davantage un thérapeute de crises qu'un leader flamboyant d'une révolution sociétale saluée. "

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