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Un meurtrier belge obtient le droit d'être euthanasié

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Frank Van Den Bleeken a obtenu le droit de mourir à 52 ans, après plusieurs demandes, des années de procédure judiciaire et 30 ans passés derrière les barreaux. Condamné à perpétuité pour le viol de plusieurs jeunes filles et le meurtre de l'une d'entre elles, cet homme vit à la prison de Bruges en Belgique, raconte El País.

Depuis 30 ans, il lutte contre ses pulsions sexuelles violentes. Un combat perdu. En 2001, dans une émission de télévision, raconte le quotidien flamand De Standaard, il reconnaît : "Je suis un danger pour la société."

Il regrette également, poursuit El País , qu'on ne lui donne pas les moyens de changer. Il critique ses conditions de détention, des soins inadaptés, et explique : "Si une personne commet un crime sexuel, l'Etat doit l'aider. L'enfermer, ça n'aide pas. Ni le criminel, ni la société, ni les victimes. " Dans ces conditions, Frank Van Den Bleeken estime qu'il n'a aucune chance de guérir. Il se dit condamné à une agonie intolérable.

Alors, raconte El País , pour mettre un terme à l'angoisse et à la souffrance psychique insupportable qu'il ressent, l'homme s'est tourné vers les tribunaux. Une première fois en 2011, il demande à être transféré dans un centre de soins spécialisés néerlandais ou à être euthanasié, raconte la RTBF.

La justice refuse de l'envoyer aux Pays-Bas et estime qu'il n'a pas encore épuisé toutes les voies thérapeutiques, poursuit El País . Frank Van Den Bleeken continue donc à voir des médecins, des psychiatres. "Tous ont conclu que sa souffrance est durable et qu'on ne peut rien faire pour l'alléger ", explique son avocat à des chaînes de télévision belges. Lui a donc invoqué "des raisons humanitaires" pour justifier cette demande d'euthanasie. "Mon client est prêt à rester en prison jusqu'à la fin de sa vie mais pas dans ses conditions inhumaines. "

Finalement le ministère de la Justice belge a donné son accord ce week-end. La Cour d'appel de Bruxelles devrait entériner cette décision à la fin du mois. Frank Van Den Bleeken va donc sortir de prison. Il aura deux jours pour faire ses adieux à sa famille et à ses proches à l’hôpital. Puis il prendra les médicaments que lui auront préparés des médecins.

Dans la chambre à côté de la sienne, il y aura peut-être une autre personne en train de mourir. En Belgique, 4 à 5 personnes décèdent chaque jour dans le cadre d'une euthanasie, rapporte le quotidien La Libre Belgique. Alors que la loi dépénalisant la pratique sous certaines conditions remonte à 2002, et que depuis février 2014, les enfants ont le droit d'y recourir, le nombre d'euthanasies augmente sensiblement depuis trois ans. Une hausse qui s’explique “vraisemblablement” par la diffusion progressive de l’information auprès du public et du monde médical, avance la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation.

Dans la plupart des cas, il n'y a pas de controverses, témoigne le correspondant de la BBC en Belgique. Selon le dernier rapport de cette Commission fédérale, cité par la Libre Belgique , la majorité des gens ont plus de 40 ans un tiers a plus de 79 ans. Ces personnes sont essentiellement atteintes d'un cancer ou bien d'une maladie grave type Parkinson.

Les euthanasies de personnes ne souffrant pas d'une maladie qui va entraîner leur mort à brève échéance restent rares, souligne ce rapport. 13% des cas. Ce pourcentage est stable. Des cas créent parfois une polémique. La BBC rappelle l'histoire de jumeaux sourds de 45 ans, autorisés à mourir après avoir appris qu'ils deviendraient en plus aveugles. Ou bien le cas d'un transsexuel décédé en octobre... après une opération de changement de sexe raté.

Le cas de Frank Van Den Bleeken, "un prisonnier qui ne souffre pas d'une maladie en phase terminale mais de souffrances psychiques permanentes devrait nourrir les critiques" à l'encontre de la loi, accusée de permettre des dérives, analyse la radio britannique.

Mais plus que cette loi en elle-même, c'est la situation dans les prisons belges qui posent problème. Depuis que Frank Van Den Bleeken fait la Une des journaux en Belgique, 15 autres prisonniers ont demandé à pouvoir mourir, selon le journal De Standaard . "Frank Van Den Bleeken sera donc euthanasié faute de soins appropriés chez nous ", regrette la RTBF . Et de préciser : "La Belgique a déjà été pointée du doigt à de nombreuses reprises pour les mauvaises conditions de détention de ses détenus psychiatriques " notamment par l'Observatoire international des prisons. Juliette Moreau, sa présidente, déclare ainsi à la radio belge : "Les détenus internés sont parqués dans des annexes psychiatriques en attendant de nombreuses années qu'ils soient transférés vers un emplacement de soins mais parfois cela n'arrive jamais […] car il n'y a pas d'hôpital qui accepte de prendre en charge ce genre de détenu. "

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