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Un nouveau scandale de corruption secoue le Brésil

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Déjà au moins 42 heures d'enregistrement, de confessions explosives et une liste de politiciens corrompus qui ne cesse de s'allonger, raconte Veja qui lève le voile sur ce nouveau scandale. Ce magazine brésilien avait déjà révélé une autre affaire de corruption, l'affaire du Mensalao qui avait entaché le Parti des travailleurs de Lula.

Cette fois, c'est Paulo Roberto Costa, directeur du raffinage de Petrobras de 2004 à 2012, qui s'est mis à table. Inculpé et détenu dans un dossier de blanchiment d'argent, il a accepté de raconter à la police comment fonctionnait un vaste système de pots-de-vin, en échange d'une réduction de peines. D'après lui, la compagnie pétrolière publique versait des commissions aux hommes politiques en l'échange de l'attribution de marchés surfacturés. Des hommes politiques qui recevaient 3% du montant total des contrats.

Seraient impliquées de 30 à 60 personnes selon les médias brésiliens. Des sénateurs, des députés, les présidents des deux chambres du Parlement, trois gouverneurs et même l'actuel ministre de l'Energie. C'est simple, explique l'hebdomadaire, dans chaque Etat où Petrobras a des projets importants en cours, des hommes politiques sont mouillés et pratiquement tous sont des alliés de la présidente.

A un mois du premier tour de la présidentielle, mais aussi des élections législatives, sénatoriales et provinciales, ce nouveau scandale est évidemment une mauvaise nouvelle pour Dilma Roussef qui brigue un nouveau mandat. Comme le souligne le New York Times, la chef de l'Etat était déjà dans une situation délicate puisque "son avancée dans les sondages s'est évanouie avec l'entrée dans la course de Marina Silva ", l'écologiste qui a succédé à Eduardo Campos, mort dans un accident d'avion mi-août. La candidate surprise des socialistes "fait justement campagne contre Dilma Roussef sur le thème de la corruption au sein de Petrobras ", explique encore le quotidien américain.

L'entreprise a toujours été une épine dans le pied de Dilma Roussef, "un champ de mines ", insiste le journal Folha de Sao Paulo. Ce n'est pas la première fois qu'un scandale politico-financier éclate autour du géant pétrolier. Mais en plus, précise la BBC, sous la présidence de Dilma, "Petrobras a enregistré de très mauvais résultats et ses coûts ont considérablement augmenté. C'est désormais l'une des compagnies pétrolières les plus endettées au monde et elle a perdu la moitié de sa valeur au cours des trois dernières années ".

Comment a réagi Dilma Roussef face à ce nouveau tremblement de terre ? Elle prendra toutes les « mesures nécessaires », rapporte le New York Times , dès que tout cela aura été confirmé. Pour l'heure, c'est trop tôt. Il ne s'agit que de "spéculations ", indique la chef de l'Etat. Personne n'a encore été mis en examen et chacun clame son innocence.

Si ce nouveau scandale éclabousse la présidente sortante, il complique aussi les choses pour la nouvelle star de cette campagne, Marina Silva, explique le journal américain. L'un des trois gouverneurs mis en cause par Paulo Roberto Costa n'est autre qu'Eduardo Campos, l'ancien gouverneur de l'Etat du Pernambouc. Comme le rapporte le journal brésilien A Tribuna, Marina Silva appelle au calme et cite la Bible : "Connaître la vérité vous rendra libre ". Selon Veja , elle réclame que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

En attendant, il y a une personne qui se frotte les mains : Aécio Neves, la candidat du Parti social-démocrate. Il a un coup à jouer, estime Gabriel Castro dans les colonnes de Veja. "L'enquête sur le scandale Petrobras peut changer le panorama politique justement au moment où la campagne entre dans la phase de consolidation des votes ", analyse le journaliste. Et d'ajouter : ce changement sera d'autant plus rapide que les réseaux sociaux ont facilité la diffusion de l'information. "Ce nouvel épisode, c'est une chance - peut-être la dernière pour Aécio Neves - de rebondir dans les sondages. C'est en tout cas le pari qu'il fait ", précise Gabriel Castro.

Mais attention, le temps presse. La campagne est entrée dans une étape décisive et aujourd'hui, toute erreur serait irréparable pour celui qui arrive toujours 3e dans les sondages, avec environ 15% des voix. Aécio Neves doit avancer ses pions avec finesse. Comment capitaliser sur un tel scandale ? La réponse à cette question n'est pas simple. Choisir une stratégie agressive serait une erreur, juge le journaliste brésilien. Avec Marina Silva, ils se disputent les voix de l'opposition. Mais intensifier ses attaques contre elle, c'est aussi risqué de ne pas pouvoir s'allier avec elle dans l'entre deux-tours, le cas échéant.

Comment séduire les indécis donc ? Car comme toujours c'est là que se joue une élection. Un quart des électeurs de Dilma Roussef, un tiers de ceux de Marina Silva mais aussi un tiers de l'électorat d'Aécio Neves ne sont pas sûrs de leurs votes, précise encore Gabriel Castro. Et d'ironiser : "Plus que 28 jours avant le scrutin. C'est ce que disent les favoris. Encore 28 jours, argumentnte ceux qui sont donnés perdants."

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