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Un petit air de guerre froide...

7 min

Par Eric Biegala

Un petit air de guerre froide souffle de part et d'autres de l'Atlantique ce matin après l'annonce hier soir de l'octroi par la Russie de l'asile politique à Edward Snowden, pour un an... Cela faisait huit semaines que le lanceur d'alerte américain, ancien de la CIA et de la NSA, était cantonné dans la zone internationale de l'aéroport de Moscou-Cheremetievo après ses révélations fracassantes sur les programmes d'espionnage et d'écoutes internationales mis en oeuvre par la NSA américaine, la National Security Agency.Washington exigeait son extradition pour pouvoir juger l'homme, aujourd'hui accusé d'"espionnage" et de "haute trahison"... mais, rappelle Sergei Vasilenkov dans la Pravda , "la Russie n'a ni traité d'extradition avec les Etats-Unis ni le moindre accord qui pourrait faciliter les choses et celles-ci deviennent d'autant plus compliquées quand la politique s'en mêle. En fait, poursuit l'éditorialiste, il y a pas mal d'exemples où les Etats-Unies ont refusé d'extrader des criminels russes et parmi eux des traitres... et pour être encore plus clair, il n'y a aucun exemple du contraire, ce qui fait que les menaces américaines contre une Russie qui refuse d'extrader Snowden sont pour le moins illogiques" L'agence de presse russe RIA Novosti explique en substance que Snowden n'avait pas franchement le choix, et de convoquer à l'appui de sa démonstration un autre lanceur d'alerte, Daniel Ellsberg, qui avait transmis à la presse des documents du Pentagone sur la guerre au Vietnam, "Ellsberg pense que Snowden a fait le bon choix en s'envolant de Hong Kong à Moscou. Dans les conditions actuelles, il ne peut pas compter sur l'équité du tribunal américain. Pendant son procès, Ellsberg avait la possibilité d'être libéré sous caution, il s'entretenait avec le public pour expliquer les motivations de ses actes et il a été acquitté par le tribunal, explique encore RIA Novosti, mais "le mouvement antimilitariste était très puissant à l'époque. Alors qu'aujourdh'ui Snowden risque de subir le même sort que Manning". Même analyse dans le quotidien britannique The Guardian . Le journal était à la pointe des révélations d'Edward Snowden, publiant le premier ses déclarations et comptes-rendus ; et d'ailleurs ce matin encore The Guardian révèle, sur la base des informations fournies par Snowden, que la NSA américaine a financé et pour quelques 100 millions de Livres sterling les stations d'écoute et de piratage informatique britanniques..."Au bout du compte, les Etats-Unis ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes pour avoir déclenché ce foutoir façon guerre-froide", écrit Luke Harding dans The Guardian ... "on peut difficilement en vouloir à Snowden d'essayer d'éviter le sort de Bradley Manning (autre lanceur d'alerte américain, responsable des fuites sur Wikileaks) Manning "vient d'être condamné à 136 ans de prison pour espionnage. Les Etats-Unis ont une attitude particulièrement revancharde à l'égard de ceux qui font fuiter des documents classifiés... Snowden n'avait pas le choix ! Mais pour Poutine, poursuit Luke Harding, Snowden est un cadeau fantastique : en offrant l'asile à l'Americain, il se pose en champion des droits de l'homme, qui tient bon devant l'aggression américaine". La question est donc maintenant de savoir de quel poids l'affaire Snowden va peser sur les relations russo-américaines...Dans le Moscow Times , le conseiller pour les affaires étrangères de Vladimir Poutine Yuri Ushakov explique que le Kremlin "espère que l'affaire n'affectera aucunement les relations entre les deux pays" ... Mais de l'autre côté de l'Atlantique, le ton n'est pas vraiment à la compassion pour le lanceur d'alerte "Snowden demeure au pays de la transparence et des Droits de l'homme ", raillait hier le sénateur républicain John Mac Cain sur son compte Twitter , avant de qualifier sur sa page web la décision russe de "honteuse... c'est un effort délibéré pour mettre les Etats-Unis dans l'embarras, une gifle à tous les Américains, poursuit le sénateur ; il faut aujourd'hui revoir complètement nos relations avec la Russie de Poutine ; il faut traiter avec la Russie telle qu'elle existe et non pas telle qu'on voudrait qu'elle soit... On ne peut pas laisser faire ce qu'à fait Poutine sans réagir très sérieusement". En terme plus diplomatiques, la Maison Blanche a fait part de son "extrême déception" mais n'a pas exclu quelque manoeuvre de rétorsion. "interrogé pour savoir si Barrack Obama se rendrait au sommet prévu à Moscou en septembre, rapporte le Washington Post , le secréaire à la presse de la Maison blanche Jay Carney a répondu que les dernières péripéties de l'affaire n'étant pas particulièrement positives, la Masion blanche évaluait en ce moment l'utilité même d'un tel sommet" Elle l'évaluera d'autant plus scrupuleusement souligne le New York Times , que "la nature temporaire de l'asile politique donné à Edward Snowden pourrait offrir à Mr Poutine un certain avantage dans les négociations prévues d'ici la fin de l'année avec Barrack Obama, qu'il s'agisse de la Syrie, de l'iran ou du désarmement ; au delà de ses poses très anti-américaines, Vladimir Poutine est un pragmatique souligne dans le journal l'analyste géopolitique Angela Stent., suggérant qu'une extradition future du lanceur d'alerte pourrait jouer le rôle d'un atout dans la manche du kremlin..."Ce jeudi, les défenseurs d'un désarmement nucléaire ont frémis, après la colère de la Maison Blanche", écrit pour sa part Foreign Policy . "Leur crainte c'est que l'ambitieux projet de réduction d'un tiers des armes nucléaires défendu par Obama ne soit tout simplement jeté aux orties... Pour les avocats du désarmement, poursuit le magazine, l'affaire Snowden aura d'autant plus de résonnance que les Etats-Unis et la Russie possèdent à eux deux 90% des armes atomiques de la planète. Une réduction d'un tiers des armements stratégiques mondiaux "requiert évidemment une coopération avec la Russie et non pas une politique de blocage" dit par exemple, toujours dans Foreign Policy , Kingston Reif, directeur du Centre pour le Controle des armements et la non-proliferation ; "vue la taille disproportionnées des arsenaux russe et américain, une première réduction des armements de ces deux pays est une abolue nécessité si l'on veut amener dans le processus d'autres Etats nucléarisés, et plus particulièrement la Chine". Marchandages d'espions... coups de mentons diplomatiques... sans oublier la course aux armement et nucléarisation mondiale : l'heure est bien la guerre froide en cet été 2013 !

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