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Un référendum pour rien ?

4 min

Les Grecs ont défié l'Europe dimanche en votant massivement en faveur du "non" aux propositions des créanciers internationaux d'Athènes lors d'un référendum dont le résultat pose la question du maintien de leur pays dans la zone euro et accentue le fossé avec les institutions.

"No" supporters wave Greek national flags on the main Constitution (Syntagma) square in Athens
"No" supporters wave Greek national flags on the main Constitution (Syntagma) square in Athens Crédits : Yannis Behrakis - Reuters

Et maintenant ? A l'instar du titre à la Une du magazine américain FORBES, la question est partout aujourd’hui dans la presse. Alors que le non au référendum l’a largement emporté hier en Grèce, les réactions oscillent ce matin entre la nécessité de poursuivre l'Odyssée ou de refermer le livre de la tragédie, ou dit autrement de poursuivre la négociation ou d'acter la rupture définitive avec Athènes. Ainsi, quand LE TEMPS de Genève évoque ce matin le pari gagnant d'Alexis Tsipras, son confrère BUSINESS INSIDER juge au contraire que le «non» des grecs signifie pour la Grèce le chaos à la fois économique et politique.

Il n'y aurait donc pour l'heure aucun gagnant clairement identifié. Tout juste, le premier ministre grec peut-il se vanter d’avoir donné un joli coup de pied dans la fourmilière européenne. Et d'ailleurs, aussitôt la victoire du non connue, la première réaction de l'UE justement a été d'annoncer la tenue en urgence d'un sommet de crise, preuve que ce vote, même retentissant, n'aura pas permis d'apporter pour l'heure la moindre solution.

Un référendum pour rien ? Non répond LE QUOTIDIEN de Luxembourg. Car le non des Grecs doit être compris, dit-il, comme le signe tangible que l'austérité, la rigueur et l'aveuglement qui mènent aux destinées des Européens depuis des années n'ont plus leur place. Hier, les Grecs n'ont certainement pas dit pas dit non à l'Europe mais bien à une certaine vision du monde, celle qui les a poussés dans le précipice. Et sans les exonérer de leurs responsabilités, peut-être ce non ouvrira-t-il les portes closes de Bruxelles et obligera-t-il l'Europe à écouter les idées nouvelles ?

Reste que ce référendum a toutes les raisons de laisser un gout amer car il ouvre surtout la porte, en réalité, à de multiples hypothèses et nourrit à la fois l’inquiétude et l’incertitude. En clair, précise THE NEW YORK TIMES ce matin, Alexis Tsipras a peut-être remporté une victoire écrasante, mais il risque de le payer cher. Car c'est maintenant que va se jouer la partie la plus difficile.

Avec ce référendum, il a sorti une dernière carte de sa manche mais rien ne dit qu'il s'agisse d'un atout. C'est là toute l'ambigüité de cette victoire paradoxale d'Alexis Tsipras, analyse le magazine SLATE. Le Premier ministre grec a certes reçu de ses électeurs un nouveau mandat contre l'austérité. Sauf qu'il ne peut recevoir les fonds nécessaires à la survie de son pays, que des partenaires contre lesquels il a appelé le peuple à voter. Il a besoin de recevoir plusieurs milliards des créanciers qu'il dénonce. En d'autres termes, avec ou sans l'euro, il devra revenir aux dures réalités et imposer à ses concitoyens des mesures d'économie, alors même que la majorité d'entre eux croit avoir voté hier contre l'austérité. Et l'article d'en conclure, peut-être nos amis grecs vivent-ils encore sous le charme d'Ulysse, "le beau menteur". Malheureusement, on n'est plus là dans la mythologie mais bien dans le réel. Et il est toujours dangereux de refuser de voir la réalité.

Voilà pourquoi, tout dans ce résultat a valeur de séisme. Un véritable incendie à la fois politique, social, financier et communautaire. Au final, le vote d'hier n'aura non seulement rien changé aux défis qui attendent la Grèce mais il aura, qui plus est, pointé un plus encore une réalité évidente : l'Europe, telle qu'elle est, est incapable de répondre aux défis du monde d'aujourd'hui, regrette le site d'information LINKIESTA. Elle est en déclin. Et pas seulement en tant qu'entité politique unie, mais aussi comme somme de nations, d'histoires et de cultures. L'Europe est en déclin et pourtant disloquée elle le serait encore plus. Pensez-vous réellement que sans l'Europe, la Grèce deviendrait le Tigre de la Méditerranée, que l'Allemagne se remettrait à faire des enfants ou que l'Italie résoudrait le problème des débarquements et des naufrages dans le canal de Sicile ?

Seulement voilà, l'Europe dérape reprend LE TEMPS. Le cap de l'Union se perd, les valeurs s'affaissent, la solidarité faiblit, partout le sentiment du repli national et la tentation du retour des frontières progressent. Est-ce dû à la multiplication des crises ou est-ce l'effet de la canicule ? A moins que l'Europe ait seulement atteint les limites de sa capacité à ménager les forces contraires d'un ensemble formé de 28 Etats ?

Quoi qu'il en soit, conclue ce matin le quotidien d'Athènes TO VIMA : hier, le peuple grec, dans une grande majorité, a donné au Premier ministre la possibilité de négocier un nouvel accord. Mais attention, prévient aussitôt le journal, car sa liberté de manœuvre sera d’une durée limitée. Les Grecs espèrent à présent qu’il ne la gaspillera pas dans des négociations interminables et des conflits. Hier le pays a fait un saut de plus dans l'inconnu. Il est évident qu’une grande partie de la société n’a plus confiance en l’Europe et ses institutions. Et que les conséquences dramatiques de la crise sur le niveau de vie ont influencé de manière décisive les choix et les façons de raisonner. Désormais, Alexis Tsipras a la responsabilité historique de maintenir le pays dans l’Europe et l'euro, et de prouver qu’il est capable, sans cris et sans affrontements, de tenir ses promesses.

Par Thomas CLUZEL

Retrouvez notre dossier complet sur la dette grecque en cliquant sur l'image ci dessous
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Bandeau Grèce Crédits : Annett Seidler

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