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Un "sonnyboy" en détention.

5 min

Par Thomas CLUZEL

C'est sous ce titre, que l'éditorialiste de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG rappelle qu'à côté de l'Allemand Schröder, du Britannique Blair et de l'Espagnol Zapatero, Sócrates faisait lui aussi partie de ces sociaux-démocrates européens, bon chic-bon genre, au style de vie hédoniste, loin en somme des préoccupations du monde des petites gens qui pourtant, à l'origine, étaient la base même de leurs partis.

Or hier, à l'issue d'un interrogatoire marathon, voilà que l'ex-Premier ministre portugais a fini par être rattrapé par la justice : mis en examen pour fraude fiscale, corruption et placé en détention provisoire. En d'autres termes, celui qui avait offert au Parti socialiste sa première majorité absolue en 2005, restera désormais dans l'histoire de la jeune démocratie, comme le premier ancien chef de gouvernement à passer devant un juge et être mis sous les verrous.

Alerté par une banque publique, les enquêteurs s'interrogent notamment sur de gros transferts de fonds, sur le compte de l'ancien chef de gouvernement socialiste, transferts incompatibles avec les revenus qu'il a déclaré au fisc. Entre autres choses, la justice s'intéresse de près au coût d'un appartement de luxe acheté à Paris et estimé à trois millions d'euros. Mais d’où vient cet argent, interroge le JORNAL DE NOTICIAS ? Des interrogations qui portent également sur le train de vie de l’ancien premier ministre, détaillé par son confrère CORREIO DA MANHA.

En réalité, ce n'est pas la première fois que José Sócrates est ainsi mêlé à des affaires. Le quotidien PUBLICO en a recensé une dizaine au total, le visant directement ou indirectement depuis 2003. Son nom a notamment été cité dans une enquête pour corruption, remontant à l'époque où il était ministre de l’Environnement. L’affaire “Freeport”, du nom d’un centre commercial construit en 2002 dans une zone protégée avait éclaté en 2005, à la suite d’une lettre anonyme accusant Sócrates de corruption. Sauf que l'affaire avait finalement été classée en 2010. Comme toutes les autres, d'ailleurs, restées sans suites. D'où le commentaire, signé toujours du journal PUBLICO : lors de son règne, Sócrates s’est toujours situé au bord de la légalité, voire dans l’illégalité, sans toutefois que personne ne réussisse à le prendre la main dans le sac.

En juillet dernier, l'homme mis en cause par la presse dans une autre affaire de blanchiment d'argent, affirmait : « Je n'ai pas de capitaux et pas de compte à l'étranger. J'ai toujours vécu de mon seul travail ». Reste que cette fois-ci, Sócrates pourrait bien ne plus passer à travers les mailles du filet. La grande majorité de la population approuverait, d'ailleurs, l'action de la justice, précise à nouveau le journal de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG et pour une simple et bonne raison, parce que les Portugais le considéraient déjà, dit-il, comme le principal responsable de la crise qui frappe leur pays et de l'humiliation de devoir s'abriter sous le parapluie de secours européen, aux prix de la perte provisoire de la souveraineté politique. Voilà pourquoi, avec cette détention, renchérit l'hebdomadaire L'EXPRESSO, l’écœurement des Portugais envers leurs politiques, déjà très élevé, arrive désormais à son comble.

Et même si de nombreux observateurs minimisent cette arrestation, en raison de son issue incertaine, celle-ci n'en reste pas moins l'un des évènements les plus importants des 40 années de démocratie au Portugal. C'est en effet la première fois que l'on interpelle un ancien Premier ministre. Mais cette arrestation s'avère également déterminante, dans les rapports qu'entretiennent la justice et le pouvoir politique. Cette interpellation est un jalon dans l'histoire judiciaire du pays, écrit notamment le JORNAL DE NEGOCIOS. A présent, plus rien, dit-il, ne sera jamais comme avant.

D'autant que le Portugal avait déjà été secoué, il y a dix jours seulement, par une autre affaire de corruption, liée celle-ci à l'attribution des visas dorés à des investisseurs étrangers, affaire ayant conduit à la démission du ministre de l'Intérieur. Or si l'on met sur le même plan, cette affaire et le scandale des visas, on peut se demander si le régime est en train de sombrer, poursuit le journal, avant d'en conclure : espérons-le ! Car il est temps de se débarrasser des dirigeants de ces 40 dernières années et de faire place nette pour un nouveau type de politique

D'où cette analyse signée de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, cité par Eurotopics : si le socialiste est accusé d'avoir gravement nui à son pays, ce n'est là qu'un aspect de l'affaire l’autre aspect venant du fait que des années durant, Sócrates, comme de nombreux autres politiciens et fonctionnaires se sentait apparemment à l'abri d'investigations judiciaires. Cela nous renvoie à l'Espagne voisine, mais aussi à l'année 1986, date de l'adhésion des deux pays à l'Union Européenne. Des partis relativement jeunes ont, certes, le mérite historique d'avoir tiré l'Espagne et le Portugal des affres de la dictature, pour la mener vers une Europe unie. Mais le revers de cette modernisation tardive, imposée grâce aux milliards venus de Bruxelles est évident aujourd'hui, écrit le journal. D'abord, des pans entiers de l'économie ont échappé, dit-il, à tout contrôle. Et puis, une majorité des élites, sur toute l'étendue du spectre politique se sont avérées vulnérables à l'attrait de l'argent et donc aux tentations du pouvoir pour se remplir les poches.

Or en ces temps de crise, renchérit son confrère BADISCHE NEUESTE NACHRICHTEN, le seuil de tolérance vis-à-vis de la corruption est tombé à son niveau le plus bas. Plus les gens sont entraînés vers la pauvreté et plus insupportable est la richesse effrontée de quelques uns. Et plus encore, même, si cette richesse a été raflée par de sales méthodes.

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