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Un soupçon au Pakistan

5 min

Pouvoir d'attraction, pouvoir violent, et parfois pouvoir malsain de l'image...une vidéo est à la une ce matin de nombreux sites d'information...on y distingue d'abord une rue ensoleillée, nous sommes à Lahore au Pakistan...une rue vide, empruntée peu à peu par un motard, puis deux puis trois passants...les cercles rouges autour d'eux fournis par la télévision nous indiquent qu'ils viennent de participer à l'attaque contre l'équipe sri-lankaise de cricket...et ce qui frappe avant tout, c'est la décontraction et la démarche nonchalante de ces hommes... Dans la presse, hormis ces images déjà consultées à très grande échelle fleurissent de nombreux commentaires, mais aussi témoignages et réactions...La presse britannique y consacre sans surprise beaucoup de place... "Où est le gouvernement ? A-t-il ne serait-ce qu'un petit contrôle de quoi que ce soit au Pakistan aujourd'hui ?" un cri du coeur, signé Sidik Al Farouk, du parti politique de l'opposant Nawaz Sharif est mis en exergue dans le Financial Times..."C'est une tempête qui vient de frapper Zardari, le président pakistanais, à travers cette attaque", explique le quotidien...Dans le même article, sont mis en opposition le point de vue des officiels d'Islamabad, selon lequel l'attaque aurait pu être bien plus dévastatrice, et l'avis de ce diplomate occidental anonyme : "L'événement envoie un message démoralisant supplémentaire au peuple...imaginez l'ampleur des troubles à venir si les protestations se multiplient dans les prochains jours, et que les gens descendent dans la rue pour paralyser le pays"... Deux pages, pas moins, agrémentées d'encadrés explicatifs, dans le Guardian du jour...et son correspondant à Lahore de lister les nombreux écueils, comme autant d'épines, encerclant aujourd'hui le président : à savoir l'armée, les service secrets, l'économie, la sécurité, la politique, et bien sûr la communauté internationale, la Maison Blanche ayant très récemment laissé entendre que le Pakistan était devenu une plus grande menace que son voisin afghan... Et comme le précise un éditorial, toujours dans le Guardian, la menace la plus sérieuse est l'arsenal nucléaire du pays, et a fortiori son "contrôle"..."les gouvernements occidentaux s'inquiètent, en cas de crise très grave au Pakistan, des mains dans lesquelles pourrait tomber cet armement"... En dépit d'ailleurs de cette instabilité désormais chronique, El Pais choisit d'accabler un peu davantage le président... "Azif Ali Zardari", écrit le quotidien espagnol, "est bien celui qui précipite son pays dans l'abîme", et le journal rappelle que "la majorité des Pakistanais n'avaient pas confiance en lui, mais que l'assassinat de son épouse Benazir Butto en décembre 2007 a reporté la majorité des voix vers son parti, le PPP"..."l'attaque de Lahore, mais aussi les 54 morts à l'hotel Marriot d'Islamabad en septembre, ont prouvé que le terrorisme ne se limite désormais plus à la frontière avec l'Afghanistan, mais aussi au coeur même du pays...sans oublier l'origine pakistanaise du commando derrière les attentats de Bombay, en Inde"... D'autant que, et peu importent presque les futurs résultats de l'enquête sur l'origine des assaillants, le Pakistan semble détenir une grande part de responsabilité dans le déroulement de l'embuscade...Comme le rappelle The Independent, "l'équipe nationale sri-lankaise avait accepté ce déplacement au Pakistan uniquement en échange d'une sécurité digne d'un chef d'etat...mais les autorités ont failli...seuls deux voitures de police accompagnaient leur bus au lieu des quatre prévues, seul le pare-brise était pare-balles, et pire le véhicule les transportant est resté le même pendant trois jours...jamais les routes ou voies n'ont été spécifiquement dégagées pour leur passage"... The Independent qui penche d'ailleurs en faveur de la piste interne au pays...avec en guise de conclusion cette remarque, presque résignée..."lors des précédents attentats terroristes au Pakistan, les responsables semblaient détenir des éléments d'une précision troublante quant à leurs cibles...ainsi des attentats à la voiture piégée ont réussi à frapper, ces deux dernières années, des bâtiments de la police sans le moindre obstacle"... Enfin, un tableau aussi sombre apparaitrait incomplet sans la naissance hier d'une thèse, que beaucoup estiment déjà comme étant une "théorie du complot", impliquant le voisin indien dans l'attaque de Lahore...Selon le Telegraph, "les officiels pakistanais affirment que leurs homologues en Inde ont organisé l'attaque pour isoler le Pakistan et l'exclure en tant que co-organisateur de la coupe du monde 2011 de cricket"... Ce qui est tout sauf anecdotique... rappelons l'importance incroyable du cricket dans la région, comme sport mais souvent aussi comme un moyen diplomatique plusieurs fois utilisé par le passé...dans un article intitulé "le jour où le cricket a été tué au Pakistan", le Belfast telegraph nous dit "la mort de ces cinq policiers et du chauffeur de bus n'aurait fait - et encore - qu'une brève dans la presse, si la cible n'avait été l'équipe sri-lankaise"...selon l'auteur, l'avenir de ce sport dans le sous-continent a basculé dans le chaos... Quant à la pseudo-piste indienne, Le Telegraph cite également l'opportune révélation d'un rapport "secret" daté apparemment du 22 janvier, qui met en garde la province du Penjab contre une possible attaque indienne contre...l'équipe sri-lankaise de cricket... La théorie est en tous cas reprise ce matin dans plusieurs journaux du Pakistan, mais pas tous...en effet le quotidien anglophone Dawn préfère cibler les divisions du pays, et intime aux politiciens je cite "de se réveiler, d'enterrer la hache de guerre, et d'enfin combattre leurs vrais ennemis..."

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