LE DIRECT

Un tournant dans la campagne électorale américaine

5 min

Par Thomas CLUZEL

Certains en parlent déjà comme d'un tournant, sinon LE tournant de la campagne présidentielle américaine. Dan Rather, le journaliste vedette de CBS n'en revient pas lui même. Il n'a jamais dit-il assisté à un tel dérapage dans une campagne électorale. Et de fait, depuis deux jours maintenant, la vidéo secrète de Mitt Romney diffusé sur le site du magazine MOTHER JONES a détrôné le brulot anti islam au box office des bombes à retardement. Alors cette vidéo n'est pourtant pas de toute première fraîcheur, puisqu'elle a été postée pour la première fois sur la Toile le 31 mai dernier. Sauf qu'à l'époque, il ne s'agissait que d'un clip audio, sans images ni contexte et dans lequel le candidat à la maison blanche détaillait sa visite d'une usine en Chine, manière pour lui de mettre en miroir en somme deux situations, celle des esclaves chinois d'un côté et puis celle beaucoup plus enviable des américains de l'autre. Et puis lundi dernier donc, l'enregistrement a refait surface, images à l'appui cette fois-ci. Deux extraits réalisés en caméra caché lors d'une soirée de collecte de fonds.

Alors dans le premier extrait, Romney s'en prend assez vertement à ceux qu'il qualifie d'assistés, ces 47% d'Américains qui ne paient pas d'impôts sur le revenu et dépendent de l'aide de l'Etat pour leur nourriture, leur logement et leur couverture santé. D'où ce commentaire à lire dans les colonnes du journal de CHICAGO (Tribune) : Force est de constater qu'il est assez inhabituel pour un homme politique de rejeter ainsi la moitié de la population. Et à l'évidence cette remarque va faire beaucoup de mal à nombre d'Américains. David Brooks, éditorialiste au NEW YORK TIMES, un journaliste pourtant conservateur semblait lui carrément s'étrangler dans sa dernière chronique : décidément Romney ne connaît vraiment pas le pays dans lequel il vit. Les Etats-Unis dit-il restent l'une des nations les plus travailleuses du globe. Et son confrère de Chicago de conclure, notre nation est déjà suffisamment déchirée et ce n'est évidemment pas avec de tels propos que l'on peut prétendre guérir une nation divisée.

Mais après tout faut-il seulement s'en étonner ? C'est vrai que depuis la fin de la convention républicaine, Romney enchaîne les gaffes au point de devenir en quelque sorte son propre ennemi, au point surtout que dans le camp du rival d'Obama, désormais le doute affleure précise de son côté le correspondant du TEMPS. Le journal du Genève qui s'interroge un brin provocateur ce matin : Romney a-t-il perdu la présidentielle à moins de deux mois du scrutin ?

D'autant qu'un deuxième extrait de la vidéo a donc été diffusé hier, lequel dépeint cette fois-ci un Romney arc-bouté sur la défense aveugle d'Israël. Parlant du conflit israélo-palestinien, il relève que «les Palestiniens ne veulent de toute façon pas la paix, qu’ils veulent la destruction et l’élimination d’Israël et que cela va rester un problème sans solution». Alors ces propos nuance le LOS ANGELES TIMES ne sont sans doute pas de nature a choquer les Américains autant que ces remarques précédentes sur les 47% d'assistés. Sans compter que le premier ministre israélien lui même s'est clairement prononcé en faveur du candidat républicain.

Reste que ces deux remarques témoignent une fois n'est pas coutume de cet argent obscure qui irrigue la campagne américaine. Il y a quelques jours, le site OPEN SECRETS a fait l'inventaire des principaux contributeurs des deux camps. Alors chez Obama, on trouve principalement les géants du high-tech, Microsoft et Google mais aussi les militaires. Chez Romney en revanche il s'agit essentiellement du monde de la finance. Ses principaux contributeurs sont les banques d'investissement, notamment américaines : Goldman Sachs, Morgan Stanley et la holding JPMorgan Chase. A trois, elles ont déjà fait don de plus d'un million et demi de dollars.

Et puis pour s'attirer les suffrages des Juifs, un électorat majoritairement démocrate, Mitt Romney multiplie les prises de position outrancièrement pro-israéliennes. Or justement, parmi cette caste d'hommes d'affaires juifs prêts à tout pour faire élire le candidat le plus favorable à Israël on trouve notamment Sheldon Adelson. Retenez bien ce nom écrit le magazine JEUNE AFRIQUE. Avant l'élection présidentielle américaine, ce richissime businessman juif s'est juré de dépenser 100 millions de dollars pour faire battre Barack Obama. C'est tout simplement l'une des plus grosses sommes jamais investies par un particulier aux États-Unis à des fins électorales. Lors de la récente tournée en Israël de Mitt Romney, Adelson a notamment organisé à Jérusalem un petit déjeuner destiné à lever des fonds en faveur du candidat républicain. Quelque 80 donateurs juifs américains y ont assisté. En une seule matinée, 1 million de dollars ont été collectés. Ca vaut bien une pette saillie anti palestiniens. Les participants, eux, étaient contents, ils sont ensuite repartis avec des pin's où figurait le nom de Mitt Romney en hébreu. Mais en réalité selon le NEW YORK TIMES, l'avenir d'Israël serait secondaire dans le soutien qu'Adelson apporte à Romney. Quatre-vingt-dix pour cent des revenus de son groupe proviennent en effet d'établissements dont le siège est à Macao ou à Singapour. À ce titre, Adelson est donc soumis à un taux d'imposition de 9,8 %, loin très loin du taux habituel de 35 %. Une anomalie à laquelle Obama souhaite mettre un terme ce qui n'est pas le cas, on l'imagine, de Romney.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......