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Un tribunal de l'espoir pour le Liban ?

5 min

"Naissance d'un tribunal de l'espoir au Liban" titre aujourd'hui le quotidien suisse la Liberté, lorsque en Espagne la Vanguardia se fait plus lyrique et presque pudique avec le long titre suivant, "la tombe de Rafic Hariri se couvre de fleurs" quand s'ouvre ce tribunal, quatre ans après sa mort... Et de manière plus générale, c'est une certaine prudence, pour ne pas dire "scepticisme" qui prévaut dans la plupart des publications. Ainsi de cet article plutôt mesuré, soupesé, presque froid dans The Guardian...L'auteur Ian Black rappelle que les travaux du tribunal s'annoncent délicats, et qu'ils devraient durer entre trois en cinq ans...Plus loin le rédacteur explique que "les Libanais sont déjà anxieux que la procédure ne réenclenche les phases de violence qu'elle est logiquement supposée prévenir"... Ce qui n'empêche pourtant pas cet espoir de subsister dans les consciences, porté par un désir de justice...comme le dit joliment cette femme citée par le Financial Times, "nous allons enfin savoir qui a stoppé le battement de coeur de notre pays"... Plusieurs acteurs du dossier, ou de simples citoyens libanais, tiennent toutefois à mettre le monde en garde. Pour eux, seule compte la justice et il ne serait pas question que l'instance soit utilisée comme un levier politique, ou diplomatique. Ce qui au regard des quatre dernières années qu'a vécu le pays du Cèdre, et des nombreuses tensions et passions entre les pays de la zone, apparait presque comme une gageure... Des tensions qui, rappelons-le une nouvelle fois, divisent - fatalement - jusqu'au sein de la société libanaise elle-même...Ferry Bidermann du Financial Times interroge un quinquagénaire, entraineur de football, résident à Beyrouth-Sud, quartier considéré connu comme un fief du mouvement chiite et pro-syrien Hezbollah...L'homme déclare "le sang d'Hariri a été utilisé contre nous. Ce tribunal est politique...nous voulons bien sûr connaitre la vérité, mais sans interference etrangère"... En d'autres termes, la manière dont évolueront les audiences à la Haye risque fort de réveiller, et déchaîner à nouveau les passions au Liban, comme lors des violents combats du mois de mai 2008... Et on a tendance à l'oublier, mais l'assassinat de Rafic Hariri n'est pas le seul que le Tribunal spécial entend élucider, ce que souligne le quotidien suisse Le Temps : "Dans ce pays pourtant coutumier des assassinats politiques, la cible était cette fois peut-être trop grosse pour les commanditaires. La mort du milliardaire de confession sunnite déclencha un tollé au sein de la communauté internationale et causa une émotion sans précédent au Liban. Mais, malgré la mise en place d'une commission d'enquête internationale chargée d'élucider le crime, les assassinats se sont multipliés par la suite contre des personnalités dans des attaques qui ont fait 55 morts et 420 blessés." Alors vous vous en doutez, on y vient petit à petit...évoquer ce dossier ne peut évidemment se faire sans mentionner celle à qui tout le monde pense, mais dont le nom est utilisé avec une infinie prudence...la Syrie...avec par exemple ce titre a double sens et interprétations multiples dans le Wall street journal : "tous les chemins mènent à Damas"...il s'agit en fait d'un éditorial passionant qui revient sur les relations disons mouvementées entre Washington et la Syrie, au fil des décennies. L'auteur rappelant notamment la volonté de l'administration Obama de mettre fin, peu à peu, à l'isolement diplomatique imposé au régime de Bachar El-Assad... Comme le rappelle Isabel Ferrer d'El Pais, "à travers l'attentat contre Hariri, les critiques de la communauté internationale ne se sont pas faites attendre...et si Damas a dès le premier jour nié son implication, le pays a retiré ses troupes du Liban peu après après trente ans passés dans le pays". Et pour preuve que ce procès ne pourra occulter ses repercussions diplomatiques, l'auteur explique que si la Syrie accepte que soient livrés quatre généraux pro-syriens actuellement détenus au Liban, comme le souhaite le tribunal, "le geste sera interpreté comme un signe de rapprochement entre Damas et la nouvel homme fort de la Maison Blanche"...Michael Jansen de l'Irish Times va plus loin en affirmant que "les Etats-Unis pourraient faire pression afin que le procureur minimise le rôle de la Syrie..." On peut lire enfin cet éditorial signé Issa Goraieb, dans le quotidien libanais et francophone "l'Orient le Jour"... il revient entre autres sur la décision troublante prise par Beyrouth de "remettre en liberté, à la veille même de l'entrée en activité du Tribunal, trois des sept personnes détenues depuis quatre ans"... Il poursuit plus loin "Plus particulier est évidemment le cas des quatre généraux dont les demandes de libération ont été rejetées, ne serait-ce qu'en raison de la gravité des soupçons qui continuent, jusqu'à nouvel ordre, de peser sur eux : meurtres avec préméditation, tentatives d'assassinat et actes terroristes. Un autre argument commandant leur transfèrement à La Haye pourrait bien être la nécessité de protéger la vie ou l'intégrité physique de ces haut gradés qui, sous l'occupation syrienne, eurent la haute main sur la situation sécuritaire. Un suicide, vrai ou faux, est si vite arrivé en effet ; et le mystère qui continue d'envelopper le hara-kiri du général syrien Ghazi Kanaan, qui eut à déposer devant la commission internationale, est là pour le rappeler. " Avant de conclure, sur une note relativement plus positive : "Il est des lamentations qui ne sauraient tromper personne. Le b. a.-ba de toute justice, ce n'est pas ici une juteuse tranche de budget à la carte, et là une armée privée et un Etat dans l'Etat. Ce n'est pas, surtout, une hostilité affichée dès la toute première heure au projet de tribunal devenu réalité."

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