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Un viol collectif déclenche une vague de protestations en Inde

4 min

Marine de la Moissonnière passe en revue la presse indienne. En Une des quotidiens, la répression violente des manifestations à New Delhi. Depuis une semaine, les défilés se multiplient dans la capitale pour dénoncer les violences faites aux femmes. Les protestataires dénoncent l'inertie de la justice et des politiques.
Ce matin encore, l'accès à la Porte de l'Inde - emblématique monument aux morts de New Delhi - est interdit. Rues barrées, stations de métro fermées, journalistes priés de s'en aller rapportent les médias locaux.

Les autorités veulent empêcher la tenue de nouvelles manifestations contre les violences que subissent les femmes dans le pays. Des manifestations qui durent depuis une semaine déjà et qui ont dégénéré ce week-end.

Hier, des milliers de personnes - surtout des étudiants et des femmes - sont descendues dans les rues de la capitale indienne.

Malgré les gaz lacrymogènes et les canons à eaux utilisés par les policiers, malgré la centaine de blessés et la mort d'une journaliste tuée par balle hier, dans le nord-est du pays, au cours d'un rassemblement en soutien à une actrice violée, malgré la "dure main de l'Etat qui s'est abattue sur eux " - cette expression, on la doit au Times of India qui décrit un véritable champ de bataille avec des policiers qui frappaient sans distinction tous ceux qu'ils voyaient.

Malgré tout cela donc, les manifestants ont promis de revenir. "Le sang et les bleus ne les ont pas découragés ", écrit le quotidien qui prédit une nouvelle journée de confrontations. Écoutez le récit d'Antoine Guinard , notre correspondant à New Delhi :

A l'origine de cette vague d'indignation : un viol collectif, il y a une semaine. Un viol que raconte le Hindustan Times. Une jeune étudiante de 23 ans rentre chez elle, dimanche soir. Elle est accompagnée d'un ami. Ils sont allés au cinéma. Ils montent dans ce qu'ils pensent être un bus public. C'est en réalité un véhicule hors service conduit par six hommes ivres. Ils la violent tour à tour pendant plus d'une heure. Puis ils jettent les deux jeunes du bus. Aujourd'hui, la jeune fille est dans un état critique, entre la vie et la mort.
L'inde, 4e pays au monde le plus dangereux pour les femmes
Des crimes sexuelles de ce genre, il y en a très régulièrement en Inde. Comme le rapporte le Los Angeles Times, le nombre de viols a doublé entre 1990 et 2008. Près de 21 400 viols en 2009 ; un viol toutes les 18 heures à New Delhi. "Le harcèlement sexuel, les insultes et les agressions sont une constante dans la vie de beaucoup de femmes, surtout celles qui s'habillent à l'occidental ", souligne l'agence Reuters.

Selon l'institut statistique Thomson Reuters, l'Inde est le 4e pays au monde le plus dangereux pour les femmes. La situation y est pire qu'en Somalie, à peine meilleure qu'en Afghanistan et au Congo. Mais la réalité pourrait être encore bien plus atroce. C'est en tout cas ce qu'affirment les associations de protection des femmes. Elles jugent les statistiques officielles bien loin du compte. En cause : la honte qui empêche les femmes de porter la plainte, la corruption de la police et l'indifférence. Cette fois, l'horreur de ce viol collectif a entraîné une réaction de la population. Une réaction très vive. L'attitude de la police - en réprimant sévèrement les manifestations - n'a fait qu'attiser la colère. Colère qui s'exprime aussi sur les réseaux sociaux, comme le souligne The Hindu qui a relevé les commentaires les plus significatifs. "J'ai honte d'être un citoyen de Delhi ", écrit un internaute sur Facebook. Un cri du coeur qui lui a valu plusieurs "j'aime". Un autre se désole : "Quelque chose a été brisé dans la province de Delhi ".

Manifestations à New Delhi
Manifestations à New Delhi Crédits : Adnan Abidi - Reuters

Les internautes et les manifestants réclament que justice soit faite. Certains vont même jusqu'à exiger la peine de mort pour les six accusés, d'autres veulent la démission du chef de la police. Des revendications qui traduisent avant tout une immense frustration, analyse le Times of India . "Ils ont l'impression de se cogner la tête contre un mur car personne ne les écoutent ". Et le quotidien de réclamer le droit de manifester comme dans toute démocratie. "L'Inde n'est pas la Chine ", souligne le journal.
Créer des tribunaux plus rapides pour juger ces crimes
"Au lieu de prendre en considération la profondeur de l'angoisse née d'un viol horrible, un viol qui couvre le pays de honte, notre police et nos dirigeants traitent les manifestants comme s'il s'agissait d'une foule embauchée pour créer du désordre aux services de certains intérêts politiques, comme cela arrive souvent ". Et de poursuivre : "Si un dirigeant courageux - explique Rahul Gandhi, icône des jeunes - était venu sur place, avec un mégaphone, et qu'il avait dit aux manifestants : "je partage votre angoisse, votre colère et votre détermination à faire en sorte qu'aucune sorte de mauvais traitement envers les femmes ne soit plus tolérée désormais", tout serait rentré dans l'ordre à l'heure actuelle. Au contraire, le pays risque de sombrer dans la violence. "

Le Times of India demande donc aux responsables politiques d'intervenir et notamment de créer des tribunaux plus rapides pour juger ces crimes. Il a été en partie entendu. Sonia Ghandi a lancé un appel au calme hier matin, et a promis de tout faire pour que justice soit faite. Le Premier ministre a publié un communiqué hier soir et devrait prendre la parole ce midi.

Reste une question. Et c'est Jason Burke qui la pose dans The Guardian : qu'est-ce qui explique que les agressions sexuelles envers les femmes soient monnaie courante en Inde ? Dans le pays, on discute beaucoup de la police qui n'arrive pas à empêcher les viols, des hommes politiques qui ont le droit de se présenter aux élections alors même qu'ils ont commis des violences sexuelles. Mais les raisons sous-jacentes, le fond du problème - lui - intéresse beaucoup moins.

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