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Une affaire de justice, simple comme une histoire belge : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Si je vous dis, Mohamed Abdi Hassan, voilà un nom qui, a priori, ne vous dit pas grand-chose. Et pourtant, aux yeux de la communauté internationale, cet homme, qui a été arrêté ce week-end à l’aéroport de Bruxelles n’est pas n’importe qui, précise le portail d'information L'AVENIR.NET : il s’agit, ni plus ni moins, d’une figure emblématique de la piraterie somalienne, à l’origine de la capture de nombreux navires au large de la corne d’Afrique, durant les huit dernières années.

L’homme s’est fait connaître, en réalisant plusieurs coups d’éclats comme, par exemple, l’arraisonnement en 2008 du superpétrolier saoudien Sirius Star, un mastodonte long de 330 mètres de long et transportant deux millions de barils de brut, une cargaison évaluée à 100 millions de dollars. Et puis autre capture non moins spectaculaire, toujours en 2008, le Faina, un cargo ukrainien, cette fois-ci, transportant de l’armement lourd, dont 33 chars d’assaut, mais aussi des systèmes de défense anti-aérienne, des lance-roquettes et des munitions.

Mais reconnaissons tout de même à notre homme que les cargaisons, en réalité, ne l’intéressent guère ? Non, lui, ce qu'il préfère avant tout, c'est libérer les navires capturés, évidemment, contre rançon. Près de 3 millions de dollars pour le « Sirius Star » et plus de 3 millions encore pour le « Faina ». Sans compter tous les autres, qui se comptent par dizaines.

Et c'est ainsi donc que l’homme, surnommé « Afweyne », c'est à dire « Grande Gueule» en somali, est devenu au fil des ans multimillionnaire. Costume, cravate, il n’a rien d'ailleurs du look des écumeurs des mers ou du flibustier, mais davantage celui d’un homme d’affaires. Barbe bien taillée et lunettes de vue Ray-Ban sur le nez, il est vêtu à l’occidentale, chemise blanche col ouvert et veste de costume sombre. Un businessman donc et qui décrit d'ailleurs, lui-même, son activité comme du «sale business ».

Et puis il y a un peu moins d'un an, pris de remords (à moins que la saison 2012 n'ait été moins lucrative notamment grâce au renforcement de la sécurité internationale dans l’Océan indien), il avait annoncé au cours d’une cérémonie officielle en présence des autorités locales qu’il abandonnait ses activités : "Après avoir été pirate durant huit ans, j’ai décidé de renoncer et d’abandonner la piraterie", avait-il déclaré, exhortant même ses collègues à faire de même.

Sauf que les Nations Unies ne l'entendaient pas tout à fait de la même oreille et considéraient toujours Mohamed Abdi Hassan comme un des dirigeants les plus notoires et les plus influents des pirates somaliens. Et pas seulement les Nations Unies, puisqu'il était également dans le viseur des enquêteurs belges, pour son rôle central lors de la prise en 2009 du « Pompéi », un navire arraisonné pendant plus de 70 jours au large de la Somalie avant d'être libéré contre une rançon estimée à 2 millions d'euros par la presse belge

Or voilà que samedi dernier, alors qu’il arrivait de Nairobi, Mohamed Abdi Hassan, a été interpellé à l’aéroport de Bruxelles, en compagnie de son homme de confiance et compagnon de voyage, surnommé "Tiiceey". Aussitôt, les deux hommes ont été inculpés de détournement et prise d'otages et participation à une organisation criminelle, avant d’être placés sous mandat d’arrêt.

Dès-lors, une question se pose, mais que pouvaient bien faire deux anciens pirates somaliens en Belgique ? Quand l'information a été rendue public le week-end dernier, notamment par le quotidien flamand DER STANDAARD, les raisons de ce voyage en Belgique n'étaient pas encore connues. Sauf que depuis, nous connaissons enfin la nature exacte de ce voyage : une bonne blague belge en forme de piège.

L'arrestation d'Afweyne étant extrêmement difficile à réaliser (l'homme réside en Somalie, il est extrêmement méfiant et voyage peu), les unités spéciales de la police belge ont donc élaboré une opération d'infiltration pour le faire sortir de son pays et l'interpeller. Le plan, précise le site de la BBC AFRIQUE, consistait à approcher Afweyne, par l'intermédiaire de son complice Tiiceey, à qui il faisait confiance. Et c’est ainsi que l'ex chef pirate a donc été sollicité, via son bras droit, pour collaborer en tant que conseiller et expert à un projet de film sur la piraterie maritime. Ce film devait soi-disant refléter sa vie de pirate.

Or après plusieurs mois de patientes tractations, écrit le HUFFINGTON POST, les deux hommes ont finalement mordu à l'hameçon. Afweyne et Tiiceey sont arrivés pour signer leur contrat en Belgique. Sauf que l'accueil qu'ils ont reçu n'était pas tout à fait à la hauteur de ce qu'ils s'étaient imaginé. A défaut d'être reçu par un producteur de cinéma, ils ont été accueillis par des policiers fédéraux belges. Et aujourd'hui mardi, ils comparaîtront devant à la Chambre du Conseil de Bruges, devant les juges. Comme quoi, parfois, la justice c'est simple comme une histoire belge.

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