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Une élection présidentielle anticipée en Russie ?

5 min

C'est un coup de tonnerre qu'a déclanché ce week end Alexeï Koudrine en marge du forum économique russe de Saint-Pétersbourg. Ce proche de Vladimir Poutine, 11 ans ministre des finances de la Russie, propose, rien de moins, que d'interrompre le mandat actuel de Vladimir Poutine et de convoquer une élection présidentielle anticipée. Pour ce porte-parole du clan libéral, en économie, du Kremlin, il ne s'agit pas de changer de président. Bien au contraire, il souhaite une réélection triomphale de Vladimir Poutine, afin de tourner la page de la crise économique actuelle en engageant un nouveau et radical programme de réformes qui serait validé par le peuple lors de cette élection.Evidement, cela sous-entend de mettre un terme à la guerre en Ukraine et de se rapprocher de l'Occident pour lever les sanctions.Et ça, nous apprends le quotidien économique russe Kommersant, ce n'est pas du goût de la frange nationaliste du pouvoir russe. Des députés de la Douma ont dors et déjà accusé Alexeï Koudrine de chercher la destabilisation du pays, de favoriser les plans de l'Occident ou de vouloir perturber la société.Quand au chef de l'administration présidentielle, le faucon Sergueï Ivanov, il déclare ne voir aucune raison à avancer la date de la présidentielle prévue pour 2018.Cependant, pour le quotidien économiste Vedomosti, plutôt critique de Vladimir Poutine, cette idée d'élection anticipée est une vraie question posée par les libéraux du Kremlin. Pour eux, Vladimir Poutine n'a pas commencé les réformes nécessaires depuis la crise de 2008 et le temps presse. Le pays est entré en récession et les revenus des oligarques sont en baisse. Pour eux, il faut donc se lancer d'urgence dans des réformes impopulaires et seule une réélection triomphale et anticipée de Vladimir Poutine permettrait cela.Lançons l'idée et voyons ce que cela donne, cela serait d'après Vedomosti la tactique de ces libéraux.C'est également ce que pense le quotidien Nezavissimaia Gazeta.D'après ce journal proche des libéraux, le gouvernement russe et les entreprises sont conscients des défis auxquels doit faire face l'économie russe. Mais le pays n'est pas en mesure actuellement de retrouver la croissance et de mobiliser des capitaux suffisants pour cela. Il va falloir faire des économies en particulier réformer le système des retraites. Or, la Nezavissimaia Gazeta rappelle que jamais Vladimir Poutine n'a osé entamer cette réforme de peur de heurter son électorat âgé qu'il flatte avec une nostalgie soviétique. Le Kremlin sait qu'il doit faire quelque chose pour sauver son économie, mais ne sait pas trop comment s'y prendre.Et d'ailleurs, le quotidien pro-pouvoir, les Izvestia, symbolise cette indécision. Dans son article sur ce forum de Saint-Pétersbourg, il reprend la déclaration de Vladimir Poutine selon laquelle l'économie russe n'est pas fermée qu'elle a évitée une crise profonde et qu'elle est en passe de s'en sortir.Une version à usage interne pour rassurer les Russes, mais la preuve également que rien n'est décidé et que Vladimir Poutine hésite sur la ligne à tenir. De dire que tout ne va pas si mal lui permet de gagner du temps avant la décision finale.D'ailleurs Vedomosti estime que les faucons du régime tentent eux de convaincre Vladimir Poutine de revenir à une forme d'économie planifiée à la soviétique.Le journal d'opposition, la Novaïa Gazeta, qui était le journal d'Anna Politkovskaïa, met en avant une autre contradiction du régime.Jamais, durant ce forum, Vladimir Poutine ou ses alliés, n'ont prononcés les mots de de lutte contre la corruption et de réformes.La Novaïa Gazeta estime que le régime va continuer sa ligne prudente et éviter les réformes. Cela serait trop dangereux socialement en temps de crise. Il n'y a pas d'exemple historique de réformes réussies dans de telles conditions, affirme l'économiste proche du pouvoir Anatoli Tchoubaïs. Pour la Novaïa Gazeta, pas d'illusions, le régime va juste éviter le mot réforme.Pourtant, le journal estime qu'Alexeï Koudrine n'a pas lancée cette idée de présidentielle anticipée de son plein grè. Ce n'est pas un accident estime la Novaïa Gazeta et c'est avec l'aval de Vladimir Poutine. C'est un grand jeu politique qui démarre, dont la nature et le rôle de Koudrine restent un mystère.La Novaïa Gazeta émet quand même une hypothèse. Et si Alexeï Koudrine visait le poste de Premier ministre ? On connait l'inimitié de ce dernier envers le titulaire du poste, Dmitri Medvedev. Et comme Moscou bruisse de rumeurs d'un changement prochain de premier ministre. Alexeï Koudrine se mettrait ainsi sur les rangs au cas où Vladimir Poutine choisirait un premier ministre libéral. Bien sûr il peut toujours en choisir un nationaliste comme Dmitri Rogozine, mais ça c'est la traditionnelle lutte des clans.Mais finalement, les choses sont peut-être plus simples que ça. Le journal Gazeta donne sa version. Actuellement la popularité de Vladimir Poutine dépasse les 80%. Si la crise se poursuit, elle risque de baisser. Donc autant faire une élection rapidement en profitant de cette côte élevée. Pourquoi faire compliqué. Même en Russie...

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