LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Vers un nouveau désastre soudanais ?

5 min

"Le mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir n'est-il qu'un geste symbolique ?" Moins de 48 heures après la décision de la Cour pénale internationale, le ton général et la saveur des journaux du monde sont parfaitement résumés, ce matin, par ce titre lu dans le Spiegel... Et si, hier, publications et sites se réjouissaient dans l'ensemble, leur analyse plus à froid de cet événement offre aujourd'hui un regard bien plus pessimiste...le Spiegel poursuit d'ailleurs, "l'idée, bien sûr, était d'entamer un processus de sanctions envers les responsables des crimes atroces du Darfour...mais tout cela pourrait bien avoir l'exact effet inverse, et la situation sur place devenir pire encore"... Un autre quotidien allemand, Die Welt, exprime l'avis suivant : "la Ligue arabe, l'union africaine, la Russie ou la Chine soutiennent el-Bechir...ce n'est donc pas la communauté internationale qui s'oppose à lui, mais l'Europe et l'Amérique du nord, qui n'ont d'ailleurs fait jusque-là aucune intervention décisive. Tant qu'il n'existera aucune volonté politique et militaire, un tel mandat d'arrêt reste un geste symbolique qui ne sert qu'à apaiser nos consciences, et les vraies victimes resteront les populations au Soudan"... Une perplexité d'ailleurs renforcée par les événements d'hier...l'expulsion d'une dizaine d'ONG du pays...Provoquant immédiatement une grande inquiétude aux Nations Unies, et aux sièges des associations. "Si nous sommes renvoyés, ce sont plus de 600.000 soudanais à qui nous apportons quotidiennement une aide humanitaire et le minimum vital qui seront affectés", prévient Penny Lawrence, directeur international d'OXFAM, cité par El Pais... Dans un éditorial, le quotidien espagnol en profite également pour rappeler des réalités - disons - plus terre-à-terre..."sous la question des droits de l'homme au Soudan, le pays le plus vaste d'Afrique, on retrouve d'énormes quantités de pétrole. Dans un tel cas il ne peut exister la même unanimité politique constatée, par exemple, face à Slobodan Milosevic"... La plupart des journaux sont donc comme en équilibre ce matin, partagés entre le pouvoir symbolique d'une justice internationale toujours balbutiante, et la difficile traduction concrète, et rapide, de telles intentions... "Il y a très peu de chances" dit le Telegraph, "que Bachir apparaisse à la Haye pour comparaitre...le Soudan n'a pas ratifié le Statut fondateur de Rome, et n'a donc aucune obligation légale de remettre son président à la Cour...Quatre des neufs pays voisins du Soudan ne sont pas plus membres de la Cour, comme ne le sont ses alliés-clés au Moyen-Orient ou en Chine, qui ont d'ailleurs rapidement appelé à la suspension du mandat d'arrêt"... Et cette perplexité peut même se muer en critique sévère..."Mettre la justice avant la paix signifie un désastre au Soudan" clame cet éditorial du Guardian ce matin..."en vérité" nous disent ses auteurs, "personne ne semble comprendre le sens et la valeur du mandat d'arrêt...les organisations juridiques qui ont soutenu une justice internationale indépendante gardent pour l'instant le silence. A contrario, activistes et avocats souvent avec une connaissance limitée du Soudan, s'arriment au mantra selon lequel il ne peut y avoir de paix sans justice. Mais contrairement à Milosevic et Charles Taylor, qui étaient affaiblis et que l'Occident voulait faire tomber, Béchir a pu se maintenir au pouvoir justement grâce au soutien occidental à un fragile accord de paix"... Pour Newsweek, le désastre est "inévitable", et le magazine plaide d'avantage pour une solution venue des Nations Unies ou de l'Union Africaine, tout en reconnaissant les autres limites d'une telle piste... Autre inquiétude, élaborée dans les colonnes du Financial Times : "au-delà du bien-être des réfugiés, des humanitaires s'exprimant en "off" se demandent si leurs expulsions ne présageraient pas d'une fermeture de plusieurs zones du pays, dans l'optique d'une nouvelle offensive militaire"... Sans surprise, les opinions se radicalisent lorsqu'on se rend sur le site du China Daily, qui parle "d'une CPI obsédée", et qui préfère dans un premier temps citer un juriste...soudanais considérant la Cour comme "illégale", puis tenter abruptement de mettre en balance les agissements d'Omar el-Béchir avec les morts de civils causés par les etats-unis en Irak ou en Afghanistan, ou par l'armée israélienne dans la bande de Gaza... Et face à un tel panorama, l'envie peut-être naïve de trouver un espoir, même minime, chemine difficilement entre les lignes... Comme peut-être avec cette interview dans le Spiegel d'un professeur de droit criminel international basé à Amsterdam...ce dernier continue de croire en la CPI, qui à ses yeux doit désormais "montrer de quoi elle est capable"..."jusqu'à aujourd'hui, son image laissait entendre qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'aux mouvements rebelles. Mais la Cour doit maintenant prouver qu'elle est prête à se dresser contre quiconque est responsable de crimes"...."il serait désastreux", conclut-il, que "le conseil de sécurité des Nations Unies réclame l'arrêt de la procédure justement au moment où elle touche le président. Et c'est en cela que ce mandat d'arrêt est très important"... Mince espoir également, et pour terminer, dans les propos de ce soudanais réfugié au Tchad, seul survivant d'une famille du Darfour, cité ce matin par le Times..."si vous n'inculpez pas un criminel ayant tué des femmes, des hommes ou des enfants, il fera encore pire demain. Ce mandat d'arrêt est très important pour nous, nous n'avons jamais connu la paix avec el-Béchir malgré de nombreux accords. Chaque paix est d'ailleurs pire que la précédente...et son éventuel procès est tout simplement notre seul espoir"...

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......