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Vers une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis ?

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Il faut des réformes ! clame le South China Morning Post ce matin. L'affaire du lait contaminé à la mélamine a débouché hier sur la condamnation à mort de deux hommes. Les reponsables doivent payer, commente le quotidien de Hong Kong, mais dans ces circonstances la peine de mort est disproportionnée. Ce n'est pas parce que cette affaire a révélé au monde l'incompétence et la corruption qui mine le secteur alimentaire que ces hommes doivent devenir des boucs-émissaires pendant que les autorités se cantonnent à promettre de nécessaires réformes. Elles doivent être menées à bien. Les petites fermes doivent être remplacées par une industrie qui se passerait d'intermédiaires et parviendrait à des économies d'échelles avec des fermiers mieux formés. Il est tout aussi important de poursuivre les responsables en justice que de s'assurer que ce drame ne se reproduise pas. L'Asie ne pourra se sauver que par elle-même, semble lui répondre le Financial Times à Londres qui consacre sa troisième page à la situation économique du continent. Pour surmonter cette crise les gouvernements doivent encourager la consommation, affirme l'éditorialiste. Tant que ces pays se baseront sur une économie d'exportation, et que la crise durera, il sera dans leur intérêt de corriger la balance commerciale. Mais pour l'instant Pékin fait l'inverse, et maintient sa monnaie dépréciée, explique El Pais, afin de favoriser ces exportations. Hier, par la voix du secrétaire au trésor, les Etats-Unis ont accusé la Chine de manipuler sa devise et menacé de prendre des sanctions commerciale. Timothy Geithner, rappelant les propos du sénateur de l'Illinois durant sa campagne a expliqué qu'une loi contre la manipulation des devises permettrait "d'empêcher la Chine de continuer à violer tous les principes du libre échange". Le libre échange pourtant, nous dit le Korea Herald, c'est justement ce que les trois principales économies d'Asie attendent de l'administration Obama. Il est certain que la région paie aujourd'hui sa dépendance aux flux commerciaux, analyse le Financial Times. Hier les économies asiatiques ont montré des signes de faiblesse. La Chine a fait savoir que sa croissance n'avait été que de 6.8% au quatrième trimestre. Et elle montre qu'elle a bien saisi l'ampleur du problème. Pékin vient changer ses habitudes en décidant un plan de relance équivalent à 580 milliards de dollars. La Chine jouerait donc sur les deux tableaux. C'est ce que laisse entendre le Tim Geithner, explique le Financial Times, la Chine joue sur la relance intérieures et des exportations. En réalité, le taux change entre le Yuan et le dollar a à peine bougé depuis sa forte appréciation au mois de juillet. Mais en pleine tempête financière, cela n'a pu avoir lieu que grâce à un management très précis, ou dirons les mauvaises langues, une manipulation. En tout cas les risques de grandes perturbations sur les marchés sont particulièrement importantes conclu le Financial Times. Se dirige-t-on vers une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ? s'interroge en Une, le Straits Times de Singapour. Le président Obama en a posé les conditions, commente ce journal de référence dans la région en brandissant le mot de manipulation. Son prédécesseur, lui, avait évité avec précaution ce terme, malgré les pressions des députés. Je pense que dans l'année à venir les frictions commerciales vont devenir de plus en plus brûlantes estime Eswar Prasad, un représentant de la Chine au fonds monétaire international. C'est une ligne très dure qu' a adopté l'administration Obama. Elle a décidé de mettre ce sujet sur la place publique quand celle de Bush se contentait de nous demander en privé de laisser le Yuan s'apprécier. Cela veut dire que la taux de change va devenir un enjeu clé des discussions commerciales. Mais face à Pékin, Washington a peu d'options. Assez peu de contraintes possibles,en raison de la très lourde dépendance des Etats-Unis aux capitaux chinois, poursuit le Straits Times. En octobre dernier, la CHine a dépassé le Japon en nombre de bons du trésor américian. Alors engager des actions commerciales, comme des tarifs exhorbitants imposés aux produits chinois sur le sol américain conduirait la CHine à vendre ces titres et ce serait dangereux pour Washington. Et oui explique le Times à Londres. Si Washington s'est tenu à l'écart d'une ligne aussi dure, c'est par peur de voir Pékin renoncer à son rôle de financeur du déficit budgétaire américain. Mais dans le même temps, c'est notamment par l'achat de bons du trésors que Pékin laisse sa monnaie se dévaluer, et le dollar s'apprécier. Il n'empêche la sortie de Monsieur Geithner a inquiété les marchés car elle intervient à un moment où les Etats-Unis vont avoir besoin de nombreux acheteurs de bons du trésor afin de couvrir de leur besoin de crédit. Au regard de ces analyses, les titres de la presse officielle chinoise sur internet prennent des accent cocasses. "Des efforts conjoints sont nécessaires afin de conserver des liens étroits entre la Chine et les Etats-Unis", titre le China Daily qui conseille tout de même à Washington de garder raison et patience à propos du taux de change chinois, et même si ça n'est pas le sujet, d'éviter de s'occuper des affaires intérieures comme Taiwan ou le Tibet. Renaud Candelier

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