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Violations des droits humains en Corée du Nord : un rapport pour rien ?

4 min

Par Marine de LA MOISSONNIERE

Si ce matin, de très nombreux journaux se font l'écho du rapport des Nations Unies sur les violations des droits humains commis par la Corée du Nord, ils peinent à trouver les mots pour témoigner de l'horreur. "Extermination ", c'est le terme qui revient le plus souvent sous la plume des journalistes. Beaucoup de médias reprennent aussi la comparaison avec les crimes du régime nazi. Comparaison faite par Michaël Kirby, le président de la commission d'enquête qui a travaillé pendant un an, auditionné 320 personnes : des survivants, des témoins et des experts, détaille le Washington Post.

"Ce n'est pas un génocide. En tout cas, pas tout à fait ", précise le quotidien américain. Un génocide, c'est l'extermination d'un groupe pour des raisons nationales, ethniques, raciales ou religieuses, explique-t-il. Là, "le gouvernement nord-coréen cible des gens pour leurs croyances. " Entre 80 et 120.000 personnes sont toujours détenues dans les camps de travail forcé, raconte Le Temps. Des camps créés dans les années 50, sur le modèle soviétique et où ont péri des centaines de milliers de Nord-Coréens. "A ce bilan supposé, souligne le quotidien suisse, il faut ajouter les centaines de milliers de personnes mortes de faim à la fin des années 1990. "

La litanie des chiffres s'accompagnent d'exemples précis, de cas particulièrement horribles, comme celui rapporté par le Guardian d'une femme obligée de noyer son bébé parce peut-être né d'un père chinois. Ou l'histoire de Shin Dong-Hyuk relatée par El País, né dans un camp. Ses parents ont été obligés à avoir des relations sexuelles. A 13 ans, il dénonce sa mère qui pense s'évader, en échange d'une ration de riz. Un an plus tard, il assiste à sa pendaison. Quand les gardes lui donnent l'autorisation, il mange des rats vivants.

Des récits terrifiants comme ceux-ci, il y en a des tonnes ce matin, dans la presse internationale. Avortements forcés avec des produits chimiques, à force de coups ou lors d'opérations sans anesthésie, enlèvements, tortures systématique, privations de nourriture, disparitions... "Les crimes du régime nord-coréen sont connus mais jamais une description aussi détaillée n’en avait été faite ", précise Le Temps qui, pour être sûr, que ses lecteurs prendront bien la mesure de l'horreur, renvoie tout simplement aux retranscriptions des auditions publiques, sur le site des Nations Unies.

El País a choisi un procédé plus original, plus simple, mais au final, plus fort. Le quotidien madrilène publie les dessins d'un ancien prisonnier. D'un trait de crayon noir, ferme, minimaliste, apparaissent la torture du pigeon, celle de la balance, de l'avion ou bien encore de la moto.

Alors maintenant que tous ces crimes sont bien présents dans les consciences, que va-t-il se passer ? Sans doute pas grand-chose. Comme le souligne le Washington Post, "ce document fournit des détails extraordinaires sur les goulags et la torture en Corée du Nord mais il pourrait n'aboutir à rien. " Les enquêteurs des Nations unies recommandent la saisine de la Cour pénale internationale et ont envoyé à Kim Jong-un, une lettre l'informant qu'il pourrait être poursuivi pour crimes contre l'humanité, raconte le journal. Lettre à laquelle le leader nord-coréen n'a évidemment pas répondu. Il n'avait déjà pas autorisé les enquêteurs à se rendre dans son pays et ne reconnaît pas l’existence des camps.

Seule réaction officielle, recueillie par l'agence Reuters auprès de la représentation diplomatique nord-coréenne à Genève, ce texte est "l'instrument d'un complot politique visant à saboter le système socialiste ".

Autre pays qui pourrait empêcher des poursuites judiciaires, autre pays pointé du doigt par les Nations unies donc : la Chine. La Chine potentiellement complice car elle renvoie des exilés nord-coréens dans leur pays. "Si la Cour pénale internationale se saisit du cas, le Conseil de sécurité des Nations unies devra donner son accord , détaille le Washington Post. Or la Chine a un siège permanent et un droit de veto. "

Restent les conseils que le rapport d'enquête donne à la Corée du Nord, si toutefois elle souhaitait changer. Il lui faudrait - entre autres - réformer ses institutions et son système politique, se doter d'une justice et de médias indépendants, libérer tous les prisonniers politiques ou bien encore reconnaître la liberté religieuse.

Oui, mais voilà, encore faudrait-il que la Corée du Nord veuille, puisse se transformer. On y a cru pendant un moment, raconte Le Temps, avec la prise de fonctions de Kim Jong-un. "L’arrivée au pouvoir de ce trentenaire éduqué en Suisse, féru de sport et de nouvelles technologies, avait naître des espoirs de changement , écrit le quotidien. Des espoirs déçus, surtout depuis l’élimination de son oncle […] en décembre 2013, second personnage le plus puissant du régime. "

"Cela montre la violence du système ", conclut non pas le journal, mais le président de la commission d'enquête des Nations unies, Michaël Kirby qui a déclaré lors d'une conférence de presse : "Les souffrances et les larmes des Nord-Coréens exigent qu'on agisse. Contrairement à la Seconde Guerre Mondiale, cette-fois, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas. "

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