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Volte-face en Italie : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

9 min

Par Thomas CLUZEL

Tout ça pour ça. Toute la matinée d’hier, encore, le Cavaliere avait maintenu le suspens, tout en assurant bien entendu le spectacle. Arrivé au Sénat, en plein milieu du discours du premier ministre, il avait poursuivi ses discussions avec ses collègues, sans prêter la moindre attention au président du conseil. Mais surtout, l’homme, bien que lâché dans son propre camp, continuait de le jurer sur tous les tons : son parti voterait contre le gouvernement.

Sauf qu’affaibli par une scission historique au sein de son parti, une fronde salvatrice commente le quotidien de Milan IL CORRIERE, Silvio Berlusconi s'est donc résolu à jeter l’éponge et faire machine arrière en votant la confiance au gouvernement Letta. «L’Italie a besoin d’un gouvernement capable de faire les réformes», a notamment lancé l'ex président du Conseil, juste avant le vote. Une brève allocution, commente ce matin l'envoyé spécial du TEMPS de Genève, accueillie par un silence de stupeur dans l’assemblée, avant que Letta ne lui serre finalement la main en signe de remerciement.

Selon son entourage, Silvio Berlusconi aurait en réalité changé d’avis à plusieurs reprises avant le vote. LA STAMPA raconte, notamment, comment le Cavaliere a été vu au Sénat en train de s’éponger le front avec un mouchoir. THE GUARDIAN le montre également ce matin se tenant la tête entre les mains. Et c’est finalement l’arithmétique des résultats prévisibles du vote, qui l’aurait donc poussé à sa pirouette surprise. Pour preuve, là encore, des photos qui le montrent en train de faire des additions. Autrement dit, conscient que plus d'une vingtaine de sénateurs de son Parti ne suivraient pas la ligne qu'il avait dictée, précise son confrère du FINANCIAL TIMES, Berlusconi, dans une volte-face dont il a le secret s'est résigné à accorder sa confiance au gouvernement de coalition, au point, d’ailleurs, de sembler résoudre une crise qu’il avait lui-même déclenchée. En choisissant de soutenir le gouvernement, commente à nouveau THE GUARDIAN, Berlusconi, en dépit d'une défaite humiliante pour un homme qui a dominé le paysage politique italien depuis deux décennies, se réserve désormais le droit de se présenter en homme d'Etat responsable. Quoi qu'il en soit, son demi tour, maintient le gouvernement à flot et l'exécutif est donc tiré d'affaire, annonce à son tour IL CORRIERE.

Difficile, en revanche, d’en dire autant pour la formation du Cavaliere, commente aussitôt son confrère de LA REPUBBLICA. Car après cette défaite politique cinglante, le parti du Cavaliere est en plein chaos. Tout un monde s'écroule, commente encore le journal de Rome. Car la gouvernance politique du parti ne semble plus être entre les mains de Berlusconi. Même analyse pour son confrère IL FATTO QUOTIDIANO, lequel y voit là le signe d'un parti qui refuse de suivre son chef dans sa fureur destructrice.

Symbole, d'ailleurs, le plus fort de cette perte d'influence du Cavaliere, la révolte d'Angelino Alfano. Celui que Berlusconi présentait pourtant, jusqu’ici, comme son dauphin aura non seulement donné le «la» à la rébellion, mais aussi sonné le début de la fin pour le Cavaliere. Et tant pis, tant pis pour tous ceux qui s'indignent encore de ce Brutus, semblable au fils parricide de César, note pour sa part IL MESSAGERO avant d'ajouter : Alfano, véritable créature berlusconienne a désormais sacrifier son idole.

En réalité, c'est même tout un entourage de fidèles qui a fait défection. Rome, écrit LA STAMPA assiste ici à l'acte final de l'histoire politique de Berlusconi, qui pour la première fois, rencontre quelqu'un qui lui dit non. Plusieurs quotidiens transalpins n'hésitent pas même à établir un parallèle avec un certain 25 juillet 1943, lorsque Benito Mussolini fut déposé par un vote du Grand conseil fasciste, car comme Mussolini en son temps, remarque LA REPUBBLICA, Berlusconi montre à présent des signes de fatigue. Pire, à 77 ans, Berlusconi n'est plus que l'ombre de lui même renchérit son confrère d'IL SOLE, avant d'ajouter : Nous assistons là à un drame public autant qu'humain, qui fait voler en éclats la force politique dominante de ces vingt dernières années.

THE GUARDIAN, à son tour, ne dit pas autre chose ce matin. La bonne étoile, qui jusqu'à présent luisait invariablement au-dessus de la tête du Cavaliere peine désormais à scintiller, écrit le journal. Mais surtout, poursuit THE FINANCIAL TIMES, la défaite de Berlusconi signe aujourd'hui la victoire de Letta et de l'Italie toute entière. Ou dit autrement, la déchéance pour l'un et la confiance pour l'autre.

Mais attention, car dans une interview à l'hebdomadaire PANORAMA publiée hier matin, le Cavaliere, prévenait encore : "Je ne vais pas mourir, même s'ils m'assassinent." Et de fait, c'est vrai que Silvio Berlusconi a déjà été donné pour mort à de nombreuses reprises avant de rebondir de nouveau. D'où cette conclusion signée ce matin du romancier américain d'espionnage et auteur de best sellers Tom Clancy, décédé mardi : « Il n'y a pas de règle qui dit que le monde doit avoir un sens ».

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