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Who is Patrick Modiano ?

4 min

Par Marine de La Moissonnière

« Mais qui est donc Patrick Modiano ? » s'interroge ce matin le site américain The Daily Beast. Un « Proust moderne », lui répond le New York Times qui reprend l'expression du secrétaire permanent de l'Académie des Nobels. Le quotidien américain qualifie l’œuvre de l’écrivain de « boudeuse, laconique et parfois onirique ». Une œuvre peu connue hors de France, même des grands lecteurs, explique le Guardian. Rue des Boutiques obscures , Prix Goncourt 1978, n'a ainsi été vendu qu'à 2.425 exemplaires aux Etats-Unis, selon le New York Times . Ce Nobel, écrit le journal, est donc une chance pour Patrick Modiano, 69 ans, d'obtenir une reconnaissance internationale alors que cela fait presque 50 ans qu'il écrit. La petite maison d'éditions américaine - qui a les droits de trois livres de l'écrivain - a déjà lancé une impression supplémentaire de 15.000 copies. Yale University Press a décidé de tirer à 20.000 - et non plus 2.000 exemplaires - les œuvres de Modiano qui devaient sortir en février et qui sortiront finalement le mois prochain.

Au-delà des ventes et des nouveaux lecteurs, ce Prix est aussi une reconnaissance pour la littérature française dans son ensemble. « Modiano s'inscrit dans la lignée de Jean-Paul Sartre et d'Albert Camus », écrit le New York Times .

Mais revenons-en à notre question initiale. Qui est donc Patrick Modiano ? Pour le savoir, c'est sans doute vers la presse francophone qu'il faut se tourner ce matin. Eléonore Sulser, dans Le Temps de Genève par exemple, salue un « compagnon de lecture » et décrypte le choix des membres de l'Académie. « Les Nobel ont dû faire leur petite cuisine , écrit-elle. Après une anglophone, Alice Munro, l’an passé, une autre langue. Pourquoi pas le français ? Un Africain, ce serait bien, ils se font rares au Nobel. Mais les papables sont eux aussi anglophones, pour la plupart. Quoi faire alors ? Suivons notre plaisir de lecteurs et choisissons Patrick Modiano. »

Eléonore Sulser anticipe également les grincements de dents que ce choix pourrait susciter. « Il s’en trouvera sans doute pour critiquer l’enthousiasme des Suédois à propos de Patrick Modiano. On dira peut-être qu’il écrit toujours le même roman, qu’il marche en mode mineur dans les pas d’un Simenon, qu’il y a une légèreté dans sa manière de tourner autour du pot du souvenir sans jamais le vider tout à fait, dans les bribes et menus fragments qu’il ramasse comme des coquillages sur la plage pour en faire ses romans. »

Des critiques que la journaliste balaie aussi vite. Modiano est un écrivain « facile d'accès » tout comme Le Clézio dont le Nobel avait aussi soulevé des questions, rappelle Eléonore Sulser. « Modiano raconte l’amnésie moderne, la passion du neuf. et l’effacement des mémoires dans l’espace et dans le temps ». Le Clézio et lui disent « à leur manière que notre monde est encore, et malgré tout, déchiffrable. »

Pour El País, Patrick Modiano sert surtout à comprendre la France de l'Occupation. Il est même « essentiel », juge le quotidien madrilène qui donne la parole à la traductrice de l'écrivain en espagnol. María Teresa Gallego Urrutia juge le style de l'écrivain « propre, concis, laconique, presque timide. Il n'en fait ni trop, ni pas assez ». Un « style ni plat ni extrêmement poétique », confirme un traducteur anglophone de Modiano dans le Wall Street Journal. Et c'est là qu'est le défi. « Le traducteur doit avoir tous ses sens en éveil , explique Maria Terressa Gallego Urrutia, pour ne laisser entrer ni une syllabe de trop dans ce moule. Il doit également se faire géographe, cartographe des paysages de Modiano pour ne pas les transformer. » Son outil n'est plus le dictionnaire, mais le plan de Paris.

La traductrice raconte encore : « Traduire Modiano, c'est apprendre à s'enfermer dans une douleur ancienne et vague, mais aigue . » C'est ne pas se laisser gagner par l'émotion « sans quoi vous altérez son style ». « C'est enfermer la peur, l'émotion, la sensibilité, l'incertitude, la solitude dans un emballage minimal sans que les coutures ne craquent. »

La traductrice avoue avoir craqué. C'était en travaillant sur Un pedigree . Elle n'a pas pu retenir ses larmes. Il faut dire que Patrick Modiano est « capable de vous faire pleurer avec un annuaire téléphonique », dit-elle.

Et de conclure : traduire Patrick Modiano, c'est pleurer parfois et se dire « Quel homme ! ».

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