LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le président américain Donald Trump, en couverture d'un magazine chinois

2016/2017 : Le pire est toujours sûr

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Fin d’année oblige, l’heure est au bilan. 2016 est-elle la pire année que nous ayons traversée ?

Le président américain Donald Trump, en couverture d'un magazine chinois
Le président américain Donald Trump, en couverture d'un magazine chinois Crédits : GREG BAKER - AFP

Comme à chaque nouvelle année qui s'annonce et avant de plonger bientôt, plume baissée, dans un chaudron bouillonnant de visions (plus ou moins prophétiques), toute la presse d'ores et déjà s'interroge : que devrons-nous retenir de l'année écoulée ? Difficile, évidemment, de ne sélectionner qu'un seul fait d'actualité, un nom ou même un mot. En revanche, un sentiment général, peut-être, qui nous laisse penser que 2016 est la pire année que nous ayons traversé. Sauf, bien entendu, à admettre que chaque année qui se referme semble toujours, en réalité, avoir été particulièrement éprouvante.

C'est ainsi, par exemple, qu'après la mort cette semaine de l'icône gay de la pop, Georges Michael, de très nombreuses publications s’interrogent désormais sur l’hécatombe qu’aurait représentée 2016 pour les stars. David Bowie, Prince, Leonard Cohen (pour ne citer qu'eux) et encore cette nuit, Carrie Fisher, une autre étoile dont le nom sera à jamais associer à son rôle de Princesse Leia dans la saga « Star Wars ». Alors y a-t-il eu réellement plus de morts de célébrités cette année que les précédentes ? La LIBRE BELGIQUE a tenté un décompte exhaustif. Selon le quotidien de Bruxelles et si l’on se fie au site JeSuisMort.com (qui répertorie tous les décès par années), 2016 a bien constitué une année plus meurtrière. Sauf qu'en réalité le phénomène n’a rien de surprenant, précise aussitôt la BBC. Pourquoi ? Parce que la télévision et la pop culture se sont développées dans les années 1960, faisant augmenter de façon massive le nombre total de personnalités publiques. Or un demi-siècle plus tard, il est juste tristement logique de voir disparaître un nombre croissant de ces mêmes personnalités.

Eux, en revanche, n'avaient pas vocation à mourir. Eux, ce sont ceux que l'on désigne comme migrants, alors même qu'ils ne migrent pas mais fuient généralement leur pays pour sauver leur peau. Parmi ceux qui rêvaient d'une vie meilleure, 5000 n'auront jamais touché, ne serait-ce que du regard, les côtes de leur Eldorado. Ou quand la « Mare Nostrum » devient « Mare Mortum », titre EL PERIODICO. La Méditerranée, une mer cimetière. 5 000 hommes femmes et enfants, avalés, englouties au cours des 12 derniers mois. C'est le bilan le plus lourd jamais enregistré.

Seulement voilà, plutôt que de saluer des anonymes (à défaut de pouvoir les désigner) la presse préfère encore associer à son inventaire 2016 des personnalités. L'exemple le plus emblématique est, évidemment, celui de la personnalité de l'année élu par le magazine TIME. Pour avoir rappelé à l’Amérique que la démagogie se nourrit de désespoir et pour avoir esquissé la culture politique de demain tout en démolissant celle d’hier, le magazine américain a jeté cette année son dévolu sur Donald Trump. Ce qui n'a pas manqué, d'ailleurs, d'inspirer un dessinateur costaricain qui tout en imitant la couverture du TIME a choisi, lui, de qualifier le nouveau président américain « d’erreur de l’année ».

De son côté, le magazine FORBES juge que la personne la plus puissante de la planète en 2016 se nomme Vladimir Poutine. Et même s'il ne faudrait pas confondre visibilité et puissance, c'est vrai que de l'avis de très nombreux observateurs, le président russe est l'un des rares gagnants de cette année charnière. Dans une année époustouflante de bouleversements, Poutine fait figure d’un des rares vainqueurs, écrit notamment THE FINANCIAL TIMES. D’Alep aux accusations de piratage des présidentielles américaines, il est devenu palpable que Moscou a définitivement retrouvé sa place sur la scène internationale. Or si la Russie a su restaurer, en 2016, l'aura de l'époque soviétique, c'est en partie lié à la faiblesse de l'Union Européenne.

Voilà qui nous conduit, tout naturellement, au référendum sur le « Brexit », mais aussi à l'essor des populistes d'extrême droite dans plusieurs pays européens. A ce titre, 2016 aura réussi aux antimondialisation et aux nationalistes. Les électeurs européens n'ont jamais été aussi nombreux à être hostiles aux immigrés, aux musulmans et à l'Union européenne, s'inquiète notamment le magazine SLATE qui redoute que l'Europe se fasse à présent balayer par une vague populiste. Le mot « populisme », d'ailleurs, pourrait aisément être élu comme l'un des mots / maux de 2016.

Et puis comme le mot « populisme », le terme « élites » généralement associé à leur présumée faillite a, lui aussi, acquis cette année une place prépondérante dans le discours commun. Et de fait, à la lecture de l'actualité, on peut raisonnablement estimer que les élites (prises au sens large) ne sont plus guère à la hauteur de leur mission. Que ce soit la réponse insuffisante des élites libérales, l’aveuglement des élites socialistes ou la vacuité des élites néoconservatrices, ces trois faillites, écrit LE TEMPS de Lausanne, sont unies par un même fil rouge : le refus de la complexité. En d'autres termes, si les élites répandent cette image si désastreuse qui leur colle désormais à la peau, c’est qu’elles ont abdiqué devant le réel. Elles ont eu peur d'admettre que si le discours politique doit être simple, celui qui doit présider à son élaboration doit, au contraire, s’emparer de la complexité jusque dans ses recoins les plus secrets. Or en s’exonérant de ce travail, elles ont laissé le champ libre aux « populistes ». La boucle est bouclée.

A la lecture de tous ces bilans on n'est pas loin de penser, en effet, que l'année 2016 est sans doute l'une des pires que nous ayons traversés. Problème, c'est aussi probablement ce que nous dirons à la fin de l'année prochaine. C'est du moins ce qui ressort du « guide pessimiste » du magazine américain BLOOMBERG qui, cette année encore, s'est lancé le défi d'imaginer les événements qui pourraient advenir en 2017. Or, même si ce travail est avant tout un exercice de fiction, rappelons que l'an dernier (dans son guide 2016) Bloomberg avait non seulement prédit le « Brexit » mais aussi anticipé la victoire de Donald Trump. Dès-lors j'ose à peine vous dire ce que le magazine a prévu l'an prochain : la fin de l'espace Schengen, la défaite en Allemagne d'Angela Merkel, l'arrivée au pouvoir de Beppe Grillo en Italie et chez nous, la victoire de Marine Le Pen.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......