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Condamné hier à 5 ans avec sursis par le tribunal de Kirov, Aleksey Navalny ne devrait plus pouvoir concourir à la Présidentielle russe de 2018

Alexeï Navalny condamné : le Kremlin fait le ménage avant la présidentielle de 2018

4 min
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Condamné hier pour détournement de fonds, Alexeï Navalny ne devrait pas être en mesure de se présenter à la Présidentielle russe de 2018. C'était probablement là l'unique raison de ce énième procès contre le blogueur anti-corruption, opposant notoire à Vladimir Poutine.

Condamné hier à 5 ans avec sursis par le tribunal de Kirov, Aleksey Navalny ne devrait plus pouvoir concourir à la Présidentielle russe de 2018
Condamné hier à 5 ans avec sursis par le tribunal de Kirov, Aleksey Navalny ne devrait plus pouvoir concourir à la Présidentielle russe de 2018 Crédits : Alexey Kudenko / Sputnik - AFP

Par Eric Biegala

"La décision finale du juge : "coupable" n'a surpris personne dans la salle bondée de Kirov raconte Sarah Rainsford de la BBC qui assistait au procès"Il a fallu au juge plus de trois heures pour lire le verdict… Un murmure souvent à peine audible : il est vrai que vers la fin il ne parlait même plus devant le micro" . Cela n'avait pas beaucoup d'importance : l'énoncé était en tout point semblable au verdict déjà rendu en 2013, et pour la même affaire. "Les deux verdicts sont identiques jusqu'à l'obscène, confirme la Novaya Gazeta ce matin : les fautes de frappes et les fautes d'orthographes sont aux mêmes endroits… en un mot ce jugement ressemble à un copier-coller de celui de 2013, seuls le chapeau, les initiales des juges et la date sont différents", note encore le quotidien, l'un des derniers journaux d'opposition en Russie.

Aleksey Navalny avait été condamné une première fois en 2013 dans cette même affaire : une cargaison de bois qu'il aurait acheté en dessous du prix du marché au gouvernorat de Kirov puis revendu avec bénéfice. "La première condamnation était de cinq ans fermes ; mais avait été commuée en cinq ans avec sursis, permettant à Navalny de se présenter aux élections municipales à Moscou", où il avait réuni près d'un tiers des suffrages, rappelle le Wall Street Journal ; "La Cour Européenne des droits de l'Homme ayant jugé l'année dernière que Navalny n'avait pas bénéficié en 2013 d'un procès équitable (ordonnant au passage le paiement par l'Etat Russe de 56000 euros de dommages et intérêts à l'opposant), la cour Suprême de la fédération de Russie avait alors simplement annulé ce premier procès, renvoyant l'affaire à la case départ" : un nouveau procès en première instance, au tribunal de Kirov.

Même si la presse pro-Kremlin, la Pravda par exemple, estime aujourd'hui, commentateur juridique à l'appui, qu'il s'agit d'une condamnation "normale" et que le tribunal a travaillé "objectivement", ailleurs personne ne doute vraiment qu'il s'agisse d'un procès "politique". Le site en ligne de la chaîne de télévision Dozhd TV a même lancé un petit sondage depuis hier pour savoir ce que les internautes russes en pensaient. Ils sont 87% ce matin a estimer qu'il s'agit bien d'une manœuvre pour empêcher Navalny de participer à l'élection présidentielle.

"Depuis que l'enquête à été ouverte en déc. 2011, l'affaire a été tour à tour suspendue ou rouvertes à de très nombreuses reprises elle a pris des tours et des détours si vertigineux, note Brian Whitmore sur RFE/RL, que même quelqu'un de pas forcément favorable à Navalny aurait de sérieux doutes quant à la véracité des allégations" portées contre lui. "A vrai dire poursuit-il, Aleksey Navalny est un problème épineux pour le régime Poutine… C'est un activiste pro-démocratie, mais aussi nationaliste et nanti d'un vrai talent d'agitateur. Il peut séduire aussi bien les intellectuels urbains que les classes laborieuses. Ses dénonciations très argumentées de la corruption et son talent de présentateur dans des vidéos en ligne aussi drôles qu'habiles frappent le Kremlin là où ça fait mal… Alors, certes, il ne représente pas vraiment une menace électorale pour Poutine en ce moment, mais son aptitude potentielle à exploiter les frustrations de la Russie et à surfer sur une vague populiste telles que celles qui ont entraîné le Brexit en Angleterre ou l'arrivée de Trump aux Etats-Unis rendent le régime particulièrement nerveux".

Immédiatement après le verdict d'hier, Navalny a toutefois annoncé qu'il continuerait sa campagne en vue de la Présidentielle, rapporte le quotidien économique Vedomosti ; soulignant que "ce verdict était en tout points semblable à celui de 2013 et que cette peine avait déjà été annulée par la Cour Suprême, Navalny a averti qu'il allait à nouveau saisir la Cour Suprême sur les mêmes faits, d'autant que la décision de la Cour Européenne des Droits de l'Homme n'a pas non plus été prise en compte".

Pour le moment Navalny estime donc qu'il n'est pas encore totalement écarté de la course à la présidentielle, même si, remarque le New York Times, "avant même le verdict d'hier, le Kremlin avait anticipé celui-ci, coupant la logistique de campagne de l'opposant… Dès mardi en effet Yandex, la première firme informatique de Russie avait débranché le compte en ligne qu'Aleksey Navalny utilisait pour recueillir les financements nécessaires à sa campagne".

Et la volonté du Kremlin de "casser" ses opposants potentiels ne doit pas faire de doute… A côté de Navalny, un autre opposant, moins connu, s'est lui aussi retrouvé sérieusement bloqué dans ses activités politiques, rappelle le site en ligne Quartz : il s'agit de Vladimir Kara-Murza, qui est tombé subitement gravement malade la semaine dernière et qui est actuellement dans le coma, traité pour un empoisonnement sévère d'origine inconnue. En 2015 Vladimir Kara Murza avait déjà été pareillement empoisonné et par une même substance inconnue ; Il s'en était sorti miraculeusement… Ce qui fait dire à Quartz que - comme ds le cas de Navalny et de ses deux procès similaires - le Kremlin semble suivre une même logique pour se débarrasser de ses opposants les plus ennuyeux : qu'importe la méthode employée, "si ça n'a pas marché la première fois, il suffit juste de recommencer".

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