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Amalgames : danger!

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après les attentats de Paris, les amalgames entre musulmans et terroristes refont surface.
Quand elle a vu sa photo dans la presse, sa mère s’est mise à vomir. C’était lundi soir, un français d’origine maghrébine de 28 ans, habitant Bruxelles, découvrait avec stupeur son visage à la Une de deux journaux, DH et LAATSTE NIEUWS. Sous sa photo, la légende le présente comme Brahim Abdeslam, l'un des terroristes responsables des attentats de Paris. Sauf qu’il n’est pas, évidemment, Brahim Abdeslam lequel s’est fait exploser trois jours plus tôt sur le boulevard Voltaire. En revanche, il a effectivement le tort de porter le même prénom : Brahim. Mais lui s’appelle Brahim Ouanda. Aussitôt, le jeune homme a porté plainte. « J'ai été choqué, dit-il, après les attentats et notamment par le fait que cela venait de Molenbeek, la commune de mon enfance. Mais là, je suis encore plus sous le choc, après l'association qu'on a faite entre ces attaques et moi ». Une tragique mésaventure, donc, longuement racontée sur le site de la RTBF et qui témoigne du risque facile qui existe aujourd'hui de stigmatisation à l’encontre de la communauté musulmane.

Et que dire, encore, de l'attitude de ces deux journalistes de CNN. Dimanche dernier, les deux présentateurs en plateau interrogent Yasser Louati, le porte-parole du Collectif contre l'islamophobie en France, qui se trouve lui sur la place de la République, à Paris. Les journalistes s'inquiètent notamment du fait que la communauté musulmane ne dénonce pas davantage les massacres de masse perpétrés par des individus « de ses rangs ». Aussitôt, Yasser Louati les reprend : « Ils ne sont pas de nos rangs. Notre camp est le camp français, dit-il. Ne faites pas d'erreur à ce propos. » Réponse du journaliste : « Si votre camp, c'est la France, comment se fait-il que personne au sein de la communauté musulmane en France n'ait su ce que ces personnes étaient sur le point de faire ? Parce qu'il me semble que c'était un plan d'envergure, et il y avait forcément des gens au-delà des sept terroristes tués qui savaient quelque chose, et si quelqu’un savait c’était probablement au sein de votre communauté. Et pourtant personne n'a rien dit. » Interrogé sur le site Big Browser, Louati n'en revient toujours pas et s’insurge de telles questions : "C'est de la folie. L'Etat n'a pas fait son travail mais nous, nous aurions dû savoir et prévenir ces événements ! Je suis extrêmement déçu par CNN, comment peuvent-ils avoir une approche aussi simpliste ?" Toujours est-il que les deux journalistes, eux, n'en démordent pas. Et voici comment se conclue l'interview, avec les deux présentateurs en plateau :

VIDEO

Traduction : "Même si ce n'est pas leur faute, ça vient quand même de la communauté musulmane. Ils ne peuvent pas se dérober."

Quoi qu'il en soit, depuis les attentats de vendredi, les amalgames font florès. Deux jours seulement après les tragiques évènements, le candidat aux primaires républicaines, Jeb Bush, expliquait notamment toujours sur CNN que le gouvernement américain devrait concentrer ses efforts pour aider les réfugiés syriens chrétiens, mais pas les musulmans.

Le prestigieux magazine américain TIME a lui ouvert ses colonnes à Marine Le Pen. Une tribune dans laquelle la présidente du Front National écrit notamment : «Trop souvent, nous avons confondu hospitalité et aveuglement. Tous ceux que nous avons accueillis ne sont pas venus avec un amour de la France et de son mode de vie.»

Ou quand les attentats de Paris, conduisent à un spectaculaire virage à droite.
Le terrorisme qui a frappé aveuglément la capitale française joue en faveur de l’extrême droite, s'inquiète notamment le journal d'Alger EL-WATAN, avant de préciser qu'Arabes et musulmans qui vivent en France risquent d’en faire les frais.

Et puis au sein de l’Union Européenne, cette fois-ci, les amalgames entre réfugiés et terroristes refont surface. Récemment, le tabloïd anglais DAILY MAIL, le deuxième journal en nombre de ventes quotidiennes, a publié un dessin qui lie très clairement réfugiés syriens et terroristes. Intitulé "les frontières ouvertes de l'Europe", on y voit des réfugiés, à l'évidence musulmans. Parmi eux, l'un porte une kalachnikov, un autre une tenue de camouflage et une dernière un voile intégral. Et tous traversent les frontières avec une nuée de rats à leurs pieds. Une association, entre rats et réfugiés, qui n'est pas sans rappeler la propagande nazie antisémite.

"Our open borders"
"Our open borders" Crédits : Daily Mail

En Allemagne, le journal de Berlin DIE WELT, l'un des trois plus grands quotidiens du pays ne laisse là encore que peu de doute quant au message qu'il entend véhiculer : nombre d’immigrants et leurs enfants ne chérissent pas vraiment l’idée de s’intégrer dans une société dont ils n’apprécient pas les traditions culturelles et dont le mode de vie les choque. C’est dans leurs rangs, dit-il, que sont recrutés les terroristes. Et d'en conclure : il ne s’agit pas de les montrer du doigt, il s’agit d’une évidence.

De son côté, son confrère de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG est là tout de même pour rappeler une évidence et expliquer quefaire des parallèles entre migration, Islam et terrorisme mène à des amalgames dangereux. Oui, concède le journal, une communauté a une responsabilité, un rôle à jouer dans la société. Mais elle ne peut pas être rendue responsable, surtout lorsqu’il s’agit d’une communauté définie aussi sommairement que "les musulmans".

Quoi qu'il en soit, dans ce contexte, on peut d'ores et déjà prédire que la politique d’asile commune et d’immigration de l’UE risque d’être fortement mise à mal. Et cette tentation du repli sur soi qui étreint l’Europe tout entière, inquiète notamment THE NEW YORK TIMES. Verrouiller hermétiquement les vannes est souvent, dit-il, la solution de facilité politiquement opportune brandie après des attaques terroristes. Or ces réponses sont fausses. Freiner l’exode des réfugiés de Syrie doit faire partie du plan global pour mettre un terme à la guerre en Syrie. En revanche, construire de nouvelles barrières pour les laisser dehors, sous le prétexte absurde que les musulmans sont intrinsèquement dangereux offrira une propagande de choix à l’organisation Etat islamique.

Par Thomas CLUZEL

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