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Le réalisateur américain Michael Moore

Ancien monde contre Nouveau monde

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le nouveau film de Michael Moore « Where to invade next » et l’Europe plus que jamais en crise à la veille du sommet de Bratislava.

Le réalisateur américain Michael Moore
Le réalisateur américain Michael Moore Crédits : DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

Les douze derniers mois ne nous fournissent guère d’occasion, a priori, de rester optimistes. Dans son discours sur l'état de l'Union prononcé, hier, devant le Parlement européen à Strasbourg, Jean-Claude Juncker a lui-même concédé que l'UE n'était pas en grande forme. Et de fait, ainsi que le résume le journal de Varsovie SUPER EXPRESS : les Britanniques vont quitter la sphère d’influence de Bruxelles ; dans les crises migratoire et économique on continue de piétiner sans qu’un début même de solution ne se profile à l'horizon ; enfin les frustrations et la peur du lendemain gagnent aujourd'hui de plus en plus les citoyens.

Et pourtant, dans cette ambiance de morosité rageuse, voilà qu'une petite musique optimiste vient chatouiller, ce matin, nos oreilles en même temps qu'elle déferle sur nos écrans.

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L'homme qui nous dit, ce matin, être devenu un optimiste fou s'appelle Michael Moore. Thématique après thématique, son nouveau documentaire, qui sort aujourd'hui en France, tend à enfoncer un peu plus encore le clou de l’arriération du mode de vie américain comparé à ce qui prévaut sur notre bon Vieux continent. "Where to invade next", part d'un postulat à moitié sérieux et largement poussé à l’extrême : l’Amérique aimant envahir d’autres pays, dès-lors, pourquoi (au lieu de s’en prendre à leurs ressources) ne leur volerait-elle pas leurs bonnes idées ? Ou dit autrement : Et si le meilleur venait d'ailleurs ?, en l'occurrence d'Europe. Dans cette enquête déguisée en forme de carnet de voyage, le réalisateur est donc parti en quête de nos avantages sociaux de ce côté de l’Atlantique. Des cantines scolaires équilibrées des petits Français, aux universités gratuites des jeunes Slovènes, en passant par le système carcéral norvégien, sans oublier le droit du travail en Allemagne, la dépénalisation de la consommation de drogue au Portugal ou bien encore la possibilité d’emprisonner les banquiers véreux en Islande, c'est peu de dire que sous l’objectif du cinéaste la comparaison est, en effet, peu flatteuse pour les États-Unis.

Au fur et à mesure des « invasions » de Moore, on comprend que le paradis sur terre ne se trouve pas en Amérique, résume THE NEW YORK TIMES cité par le Courrier International. La vision est en somme binaire : d’un côté une terre de gens productifs qui vivent heureux et en harmonie, l'Europe ; de l’autre un pays de malheur, d’angoisse, de guerre et d’avarice, les États-Unis. Et si cette version souvent trop idyllique du Vieux Continent peine à être tout à fait crédible, le film, toujours selon le quotidien américain, n’en reste pas moins édifiant.

Voilà donc pour le côté remède et même potion magique, ce matin. Car pour le reste, on a du mal à percevoir cette semaine, dans la presse, les raisons qui nous pousseraient à faire montre d'un optimisme ravageur. Il suffit pour s'en convaincre de lire encore ce matin le titre à la Une du WALL STREET JOURNAL : l'Europe divisée fait face à un avenir incertain. La réalité politique dans l'Europe post-Brexit est même totalement abracadabrantesque, estime le quotidien italien IL SOLE, lequel revient notamment sur le énième report des élections en Autriche qui surpasse, dit-il, toute l’imagination surréaliste d’un Kafka. Quelle honte !, renchérit son confrère allemand NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG.

Tandis qu'en Italie la nouvelle maire de Rome, élue en juin sur une promesse de bonne gouvernance, est aujourd'hui empêtrée dans une affaire compliquée avec une conseillère municipale mise en examen déplore LA REPUBBLICA, en Espagne, cette fois-ci, 10 jours après l'échec du chef du gouvernement à obtenir l’investiture des députés, la presse n'en finit plus d'imputer aux grands partis traditionnels la responsabilité de la paralysie du pays. Et que dire encore de la Croatie où les résultats des dernières élections ressemblent à une impasse, se désole l'éditorialiste de NOVI LIST. Une fois de plus, les fossés qui divisent idéologiquement et territorialement le pays se sont creusés et les frontières se sont encore renforcées.

Enfin à la veille d'un sommet où les dirigeants européens sont censés s'entretenir, demain, sur l’avenir de l’Union Européenne, la polémique ne désemplit pas depuis que le ministre des affaires étrangères luxembourgeois a appelé, mardi, à une modification des traités européens pour permettre l'exclusion de la Hongrie. Si la presse concède généralement qu'il pourrait bien avoir raison sur le fond, pas un seul éditorialiste ne lui apporte son soutien. La TAZ, en particulier, un quotidien pourtant d'habitude plutôt critique envers la politique populiste menée par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, juge qu'à la veille du Sommet de Bratislava ces déclarations risquent de donner du grain à moudre aux eurosceptiques. D'autant que la position anti-migrants d'Orbán ne choque plus en Europe, ajoute DIE TAGESZEITUNG. Les partis d'extrême-droite ont même la côte et pas seulement en Hongrie. Ils pourraient se retrouver au pouvoir dans quelques années, en France, en Autriche ou en Allemagne. Or c'est un développement que l'exclusion de la Hongrie, dit-il, ne pourra pas freiner.

Et d'ailleurs, toujours sur la question des migrants, la Tchéquie menace elle aussi de basculer dans le populisme, prévient aussitôt HOSPODARSKE NOVINY. Le Parlement a été le théâtre de plusieurs discussions sérieuses menées dans l’optique d’ériger grillages et barricades à la frontière, et d’équiper l’armée pour lui permettre d’intervenir plus facilement contre les migrants.

D'où cette conclusion signée ce matin de l'éditorialiste du TEMPS : l’Europe est en crise, en crise profonde même. Elle menace d’imploser sous l’effet des conséquences à la fois sociales, économiques et politiques qu’elle ne parvient pas à surmonter. Elle est aujourd'hui condamnée à disparaître, dit-il, parce que son modèle (dont elle semble ne pas vouloir changer) n’est plus en adéquation avec le monde nouveau. Et ce quand bien même, selon Michael Moore, elle aurait réussit par ailleurs à éviter les écueils du Nouveau Monde.

Par Thomas CLUZEL

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