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La chancelière allemande Angela Merkel

Angela Merkel veut repartir au combat

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Angela Merkel a annoncé son intention de briguer un 4ème mandat de chancelière l'an prochain, avec l'objectif de défendre les valeurs démocratiques face à la montée des populismes en Allemagne et dans le monde.

La chancelière allemande Angela Merkel
La chancelière allemande Angela Merkel Crédits : TOBIAS SCHWARZ - AFP

Hier soir, Angela Merkel a annoncé vouloir se porter candidate pour un quatrième mandat. En réalité, c'était un secret de polichinelle. Même si la chancelière entretenait savamment le suspens et disait attendre «le bon moment», la semaine dernière, déjà plusieurs journaux (à l’instar du quotidien DIE ZEIT) prédisaient qu'elle pourrait officialiser sa candidature ce week-end. Ses déclarations devant la presse, jeudi dernier, ne laissaient, là aussi, que peu de places au doute : «Je suis prête à faire ce que ma mission de chancelière exige». Toujours la semaine dernière, le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag avait pour sa part assez clairement laissé entendre, sur la chaîne de télévision américaine CNN que la chancelière se représenterait en 2017. Hier matin, c'est la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG qui faisait, à son tour, rouler les tambours avec ce titre : «La cheffe de file du monde libre et son programme». Quant à la BILD, elle avait choisi de publier à sa Une, hier, un sondage de circonstance, duquel il ressortait que 55 % des Allemands interrogés souhaitent aujourd'hui qu'Angela Merkel reste au pouvoir. Pour se faire elle devra, tout d'abord, recevoir l’aval de son parti, une formalité a priori. Ce sera lors du congrès de la CDU, le 6 décembre prochain, avant les élections fédérales prévues à l’automne 2017.

Reste que si cette annonce ne surprend personne, en revanche, elle intervient sans doute plus tôt que prévu. Il faut dire que jusque là, les divers revers électoraux enregistrés par son parti, ces derniers mois, avaient de quoi faire douter, pour le moins, Angela Merkel. Tout autant, d'ailleurs, que les slogans «Merkel doit partir» lancés par les supporters du parti populiste AfD. Si elle repart aujourd'hui au combat, c'est donc avec un parti fragilisé mais aussi un allié bavarois (CSU) qui aura du mal à faire oublier les querelles et les attaques liées, notamment, aux divergences concernant la gestion de la crise migratoire. Dans les sondages, les deux formations (CDU et CSU) ne sont, d'ailleurs, créditées que de 33% d’intention de vote : soit dix points de moins qu’en 2013. D'où ce commentaire du SPIEGEL ONLINE : cette candidature logique et attendue pourrait s’avérer dangereuse. Tout d'abord, parce qu'elle risque de polariser un peu plus encore la société. Mais surtout, parce qu'elle pourrait être perçue comme une provocation par ceux qui, depuis des mois, réclamaient son départ.

Dès-lors, qu'est-ce qui a bien pu convaincre Angela Merkel de repartir au combat ? Réponse de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : parce que l’élection de Trump a visiblement tout changé. L’élection du nouveau président des États-Unis a ouvert, en effet, une ère d’incertitude, que d’aucuns n’hésitent pas (en Allemagne) à comparer désormais à la chute du Mur de Berlin. Ce faisant, la visite la semaine dernière de Barack Obama a peut-être accéléré l’annonce de sa candidature. Hier soir, Angela Merkel ne l’a pas confirmé, précise LE TEMPS de Lausanne. Mais le soutien du président américain l’a incontestablement conforté, dit-il, dans son choix.

Quoi qu’il en soit, avec des États-Unis tentés par l’isolationnisme, des régimes passablement autoritaires en Russie et en Turquie, sans oublier une Union européenne plus en crise que jamais (cf le Brexit), tous les regards de l’ancien monde se tournent désormais vers Angela Merkel. Il suffit pour s'en convaincre de relever dans la presse les attentes placées depuis quelques jours autour de la chancellerie à Berlin. La semaine dernière c’est un historien britannique (professeur à Oxford et infatigable pourfendeur du populisme) qui dans une tribune flamboyante publiée par THE GUARDIAN a, le premier, parlé de la chancelière allemande comme du dernier rempart capable d’éviter que l’Europe ne se fasse dévorer en son cœur ». « Si l’expression -leader du monde libre- est habituellement appliquée au président des États-Unis, rarement sans ironie d’ailleurs, je suis tenté de dire que le leader du monde libre, dit-il, est désormais Angela Merkel». Quand THE IRISH TIMES lui préfère le qualificatif de «cheffe du monde non populiste», THE NEW YORK TIMES estime, pour sa part, que l’élection de Trump fait aujourd'hui d’Angela Merkel «le dernier défenseur des valeurs humanistes de l’Occident ». Seule la chancelière est en mesure de «défendre le monde libre face à ses ennemis», peut-on lire encore sur le portail grec PROTAGON. Idem pour le magazine TIME, qui après en avoir déjà fait sa personnalité de l’année 2015, affiche maintenant en énormes caractères, sur son site internet : «La chancelière du Monde libre». Quant à la directrice du think tank allemand DGAP, elle écrit : Là où les électeurs américains mais aussi britanniques ont sanctionné l’establishment, les électeurs allemands, eux, plébiscitent au contraire la continuité.

A ce titre, d'ailleurs, le fait qu'Angela Merkel ait donné récemment son feu vert à la candidature du social-démocrate Frank-Walter Steinmeier pour la présidentielle du 12 février prochain ne doit, évidemment, rien au hasard. Comme elle, ce vieux routier de la politique incarne une sorte d’autorité morale. Réputé pour son habileté diplomatique et sa tendance à réconcilier plutôt qu’à diviser, l’actuel ministre des Affaires étrangères apparaît comme aujourd’hui une sorte d’anti-Trump. Et en ce sens, précise la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, cette décision ne peut que réunir tous les démocrates, contre le populisme agressif.

Mais attention. Si de toutes parts on semble désormais proclamer Angela Merkel nouveau leader du monde libre, ce serait simplifier les choses et du reste, c'est faux, note de son côté le quotidien danois POLITIKEN. Le leadership allemand est sans doute à la fois bienvenu et nécessaire, dit-il, mais il ne suffira pas à lui seul à assurer la survie de l’Union Européenne et la coopération transatlantique. Quant au quotidien américain THE WASHINGTON POST, à la question : Angela Merkel est-elle aujourd'hui la leader du monde libre ?, il répond prudemment : pas encore. Avant de préciser aussitôt : sa tâche vient juste de devenir infiniment plus difficile.

Par Thomas CLUZEL

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