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Virginia Raggi, candidate du M5S à la mairie de Rome

Anti-système et populiste

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le Mouvement 5 étoiles (M5S) est en tête à Rome, à l'issue du premier tour des élections municipales, devant le Parti démocrate de Matteo Renzi de moins en moins populaire.

Virginia Raggi, candidate du M5S à la mairie de Rome
Virginia Raggi, candidate du M5S à la mairie de Rome Crédits : Tony Gentile

« C'est un résultat historique. Nous changeons tout. » C'est peu de dire que depuis les résultats officiels, hier, du premier tour des élections municipales partielles en Italie, l'ex comique Beppe Grillo, fondateur et juge suprême de son "Mouvement 5 étoiles" n'a pas assez de mots pour décrire sur son blog sa satisfaction, en particulier, après que sa candidate antisystème, Virginia Raggi, a viré en tête du premier tour à Rome avec près de 36% des voix, loin devant son adversaire du Parti démocrate, Roberto Giachetti, lequel accuse plus de 10 points de retard avec 25% des suffrages.

De son côté, Virginia Raggi (son portrait) était, elle, visiblement émue au moment de découvrir les premiers résultats, après la fermeture des bureaux de vote, raconte ce matin le correspondant du TEMPS de Lausanne. Devant la presse, tout en essayant de cacher son large sourire en se mordant les lèvres, la jeune femme mesurait la portée historique de ce moment, rappelant qu’elle pourrait ainsi «devenir la première femme maire de Rome».

Lire > Italie : cinq questions sur le mouvement cinq étoiles

Reste que si la percée du "Mouvement 5 étoiles" est historique, le résultat ne constitue pas, lui, une surprise. L'avocate de 37 ans, présentée par la presse britannique comme une populiste, a toujours été donnée favorite dans les sondages. En revanche, le score relativement bas du représentant du parti au pouvoir est plus étonnant. Mais attention, prévenait dès-hier le quotidien LA REPUBBLICA cité par le Courrier International, il n’y a pas lieu, pour autant, d’en dégager de conclusions à l’emporte-pièce. Même si le message des électeurs à l'attention de Matteo Renzi est clair, il ne constitue pas une sentence. Et le journal de mettre directement les points sur les “i” : la vérité, dit-il, c’est que les élections municipales (y compris celles qui ont lieu dans les grandes villes ou carrément dans la capitale) ne sont pas assimilables à une élection générale.

Ensuite, divers facteurs ont pesé dans le choix des Italiens, de sorte qu’on ne peut pas résumer la journée de dimanche à l’habituel référendum pour ou contre Matteo Renzi. Et c’est particulièrement le cas à Rome, où la confortable avance de la candidate du populiste M5S s’explique, au moins en partie, par la débâcle du maire précédent, certes issu du Parti démocrate de Renzi mais qui avait dû démissionner à cause d’une accumulation de scandales liés à la mafia. En d'autres termes, poursuit le journal de Rome, si négatif qu’ait été le scrutin pour le Parti démocrate de Renzi, il est inutile d’en attendre des conséquences immédiates et retentissantes et certainement pas une remise en cause du gouvernement. Même analyse pour ce professeur de sciences politiques à l'université de Rome, interrogé dans les colonnes du TEMPS de Lausanne. Plus de trois défaites dans les grandes villes affaibliraient Matteo Renzi et relanceraient l'opposition, mais ne provoqueraient, selon lui, certainement pas sa chute.

Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, le quotidien de Rome d'écarter de la même façon le scénario dont rêverait le Premier ministre, c'est-à-dire un simple haussement d’épaule sur le mode : on continue comme si de rien n’était. Car outre l’échec à Rome, les gains du Parti démocrate de Matteo Renzi sont également maigres ailleurs, rappelle l’éditorialiste de LA REPUBBLICA : une très courte avance à Milan et un échec à Naples, où la candidate de Renzi n’est pas parvenue à tenir tête au maire sortant de gauche.

Mais si dans les grandes villes le parti au pouvoir fatigue et souffre, les Italiens ont surtout envoyé un message clair et peu rassurant à la classe politique en général. Et c’est cela, dit-il, qui doit préoccuper le Premier ministre, notamment, en vue des échéances des prochains mois. Le vote anti-système (ou opposé à ceux qui gouvernent) se nourrit d’incertitudes économiques et sociales : le chômage qui ne baisse pas, la reprise pénible, les peurs collectives comme l’immigration et l’insécurité. Or le Premier Ministre serait mal avisé d’ignorer ce malaise diffus. D’autant plus que ce malaise pourrait se répercuter sur le référendum du mois d’octobre, qui portera sur la réforme constitutionnelle et dont tout le monde sait bien désormais qu’il sera décisif pour le sort du Premier ministre. Matteo Renzi l’a déjà répété lui-même : si la réforme est rejetée, il quittera son poste de président du conseil.

Le "Mouvement 5 étoiles" est à présent lesté d’une responsabilité pesante

Si la victoire du "Mouvement 5 étoiles" à Rome devait être confirmée lors du deuxième tour, elle aura un écho international mais surtout elle changera la face et la physionomie du Mouvement, qui deviendra, de facto, le principal adversaire de Renzi. Le jeu à trois (centre-gauche, centre-droite et Mouvement 5 étoiles) tend aujourd’hui à devenir un simple duel : Renzi contre Grillo. En réalité, on ne peut pas dire que cela constitue une nouveauté, nuance LE TEMPS : le M5S a fait des débuts fracassants en remportant environ 25% des voix aux législatives de février 2013 et, depuis, les multiples scrutins locaux partiels ont confirmé que le mouvement s'était implanté dans le paysage politique. Dans les sondages nationaux, le Mouvement reste la deuxième force politique en Italie derrière le Parti démocrate du chef du gouvernement.

Et puis le journal en profite également pour rétablir certaines vérités. Le Mouvement s'appuie d'abord sur le rejet des partis politiques classiques. Il prône la sortie de l'euro et la lutte contre la corruption. Mais il s’appuie également sur l'honnêteté de ses membres. Or ses élus ne sont pas tous des «chevaliers blancs». Des enquêtes judiciaires contre les maires des deux principales villes déjà dirigées par le M5S, Parme et Livourne, sont venues ternir depuis quelque temps l’image du parti. Enfin, on ne peut pas comparer le M5S à Podemos ou Siriza. S'il s'appuie, lui aussi, sur le rejet massif des partis traditionnels, le "Mouvement 5 étoiles" est cependant loin d'être aussi à gauche que Podemos en Espagne ou Siriza en Grèce. En 2014, Beppe Grillo a notamment réclamé un «tour de visa» sur les visas humanitaires. Et en début d'année, le M5S a renoncé à la dernière minute à soutenir l'union civile pour les gays pour éviter de s'aliéner les voix de la droite aux municipales et d'offrir ainsi une victoire politique au gouvernement. Bref, si ce Mouvement se présente comme anti-système, il est aussi et surtout populiste. Et c'est sans doute la raison pour laquelle ils sont peu nombreux, dans la presse, à se réjouir de la victoire quasi assurée de Virginia Raggi à Rome. Maigre consolation, selon le quotidien INTERNAZIONALE, vu le niveau du débat politique pendant la campagne où se sont accumulés tous les clichés anti-politiques et post démocratiques possibles, il n’y aura pas grand-chose à espérer, dit-il, du futur vainqueur(e) dans la capitale, quel qu'il (elle) soit.

Par Thomas CLUZEL

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