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Après l'émotion, la polémique

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Chaque matin, l’actualité vu au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'image du corps sans vie du petit Aylan, échoué sur une plage en Turquie suscite encore de très nombreux commentaires.
Si personne ne peut douter aujourd'hui de l'impact qu'aura eu cette photo sur l'opinion publique mais aussi les politiques, THE GUARDIAN en particulier titre ce matin « Cameron cède à la pression pour accueillir plus de réfugiés syriens », s'agissant en revanche de la décision mercredi soir de plusieurs journaux anglais d’interpeller leur gouvernement en choisissant tous la même photo choc pour leur Une du lendemain, la sincérité de cette opération médiatique est aujourd'hui remise en cause. Car si certains ont reproché, notamment, aux journaux français de ne pas avoir publié le terrible cliché, en Angleterre, c’est un autre débat qui a rapidement enflé hier, précise le magazine SLATE, celui de la prise de conscience soudaine et inattendue de la part de certains tabloïds anglais, qui étaient jusque-là plutôt virulents avec les migrants.

Le rédacteur en chef adjoint du

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— Kevin Maguire (@Kevin_Maguire) September 2, 2015 , accessoirement un autre tabloïd, a notamment expliqué qu’il était désolé de ne pas applaudir les journaux qui, pendant des années, on diabolisé les réfugiés et les migrants et qui utilisent à présent la photo d’un enfant mort pour montrer qu’ils s’en soucient. Et c'est vrai qu'il suffit de se pencher sur d'anciennes Unes réalisées par certains de ces journaux pour comprendre le paradoxe actuel. Il y a encore 6 jours à peine, THE DAILY MAIL se demandait ainsi : combien de migrants pouvons-nous encore accepter ? Par le passé, le journal a régulièrement évoqué dans ses colonnes le coût financier des migrants. Il est même allé jusqu'à oser le parallèle avec une nuée d’insectes, pour parler des groupes de migrants tentant de rallier l’Angleterre.

Un autre tabloïd est lui allé encore plus loin. THE SUN qui se targue aujourd’hui d'avoir publié la photo du jeune Aylan et demandé au Premier ministre d’agir pour aider les réfugiés, avait autrefois déjà interpellé David Cameron, mais cette fois-ci pour exiger qu’il tire une ligne rouge sur l’immigration qui submerge le Royaume-Uni. Une journaliste du SUN avait elle comparé les migrants se rendant en Grande-Bretagne à des cafards. Certaines de nos villes, écrivait-elle à l'époque, sont des plaies purulentes couvertes de nuées d’immigrés et de demandeurs d’asile recevant des allocations comme des billets de Monopoly.

De son côté la presse canadienne apporte elle des éléments d’information nouveaux sur l’origine de ce garçon et de sa famille, qui se rendaient sur l'île grecque de Kos quand leur bateau a chaviré.

Tima Kurdi, sister of Syrian refugee Abdullah Kurdi whose sons Aylan and Galip and wife Rehan were among 12 people who drowned i
Tima Kurdi, sister of Syrian refugee Abdullah Kurdi whose sons Aylan and Galip and wife Rehan were among 12 people who drowned i Crédits : Ben Nelms - Reuters

Selon le journal d'Ottawa CITIZEN, cette famille tentait désespérément d’émigrer au Canada. Le journal a notamment retrouvé la tante du petit garçon. Cette coiffeuse, installée à Vancouver depuis plus de vingt ans explique que la famille de son frère avait rempli une demande de visa soutenu, c'est-à-dire pris en charge par des parents ou des amis qui se portent garants financièrement des postulants. Pour cela, il faut qu'au moins cinq citoyens canadiens soutiennent cette demande. «J’essayais de les parrainer et mes amis et mes voisins m’aidaient pour les dépôts de garantie bancaires, explique-t-elle, mais nous n’arrivions pas à les faire sortir. Et c’est pour cette raison qu’ils ont pris le bateau. Cette demande de visa avait d'ailleurs été rejetée au mois de juin. Pourquoi ? Réponse du journal, probablement parce qu’il n’est pas rare que les Kurdes de Syrie se voient refuser l’obtention d’un passeport. Dès-lors, la Turquie refuse de leur délivrer des visas de sortie, coinçant ainsi les candidats à l’exil dans un enfer bureaucratique, les poussant à choisir d'autres moyens pour fuir la guerre.

Toujours est-il qu'à l'intense émotion soulevée par la diffusion des images du petit Aylan a succédé, là encore, la polémique au Canada. L’histoire tragique du jeune Aylan s'est, en effet, aussitôt invitée dans la campagne électorale, précise LE DEVOIR de Montréal. Le ministre conservateur de l'Immigration a notamment suspendu sa campagne pour faire le point sur la crise des migrants. Quant au Premier ministre sortant, Stephen Harper, malmené dans les sondages à un peu plus de six semaines des législatives, il a fait part de son émotion face à la tragédie des migrants. Ce qui n'a pas échappé au chef du parti libéral, lequel, tout en déplorant le manque de volonté politique du gouvernement a immédiatement ironisé sur cette soudaine compassion au beau milieu d'une campagne électorale.

Et puis l'Allemagne, elle non plus, n'échappe pas ce matin à la polémique.
Il est proprement cynique que les politiques allemands appellent aujourd'hui leurs partenaires européens à faire preuve de solidarité dans la crise des réfugiés, souligne en particulier la radio publique DEUTSCHLANDFUNK. Les politiques conservateurs allemands critiquent aujourd'hui les égoïsmes nationaux au sein de l'UE. Et 'ils ont raison de le faire. Sauf qu'ils sont mal placés pour formuler cette critique. Et pourquoi ? Parce que lors de la réforme des accords de Dublin il y a deux ans, nulle autre que l'Allemagne, dirigée alors par une coalition conservateurs-libéraux avait farouchement rejeté l'idée d'un mécanisme de solidarité. Celui-ci aurait pu pourtant délester les Etats situés en première ligne. Et le site de la radio publique de préciser encore : voici qu'on nous annonce que l'heure est désormais à la solidarité, pour la simple et unique raison que cette fois-ci, cela profite à l'Allemagne. Le comble du cynisme.

Enfin le témoignage du père d'Aylan est lui partout dans la presse ce matin
En particulier dans les colonnes du NEW YORK TIMES. A présent, dit-il, je ne veux rien. Même si vous m'accordez tous les pays d'accueil possibles dans le monde, je n'en veux pas. J'ai perdu de ce que j'avais de plus précieux.

Par Thomas CLUZEL

Découvrez également un dossier complet sur cette série de photos, avec leur histoire, l'analyse du numéro 2 de Libération et le regard de la presse étrangère, grâce à Thomas Cluzel : "Cette photo qui bouleverse le monde"

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Revue de presse internationale
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