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Après l'état d'urgence, l'état de choc

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la percée historique du Front national à l’issue du premier tour des élections régionales.

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Soiree du Front National pour 1er tour de l'élection Regionale en présence de Marion Maréchal-Le Pen tête de liste FN PACA Crédits : Bruno SOUILLARD

Il n’y aura pas eu de divine surprise, ni de sursaut républicain après les attentats du 13 novembre dernier. Le scénario le plus noir promis par les sondages s’est et bel concrétisé note LE SOIR de Bruxelles. Le FN a viré en tête et souvent même très largement, dans la moitié des treize nouvelles régions. Ce qui signifie que le parti d'extrême droite est en mesure, dimanche prochain, de remporter plusieurs territoires grands comme des Länder allemands, précise le journal. Pour un tiers des Français, le parti d'extrême droite est capable de gouverner, d'où cet avertissement à lire, cette fois-ci, dans les colonnes du quotidien madrilène EL PAIS : le Front National est à l'assaut du pouvoir. Pour la première fois, des élections vont lui offrir la possibilité d’avoir la main sur des politiques d’importance. Mais surtout et plus que jamais, le Front national est donc aujourd'hui le premier parti politique français, note LE TEMPS de Genève et ceci constitue un véritable séisme, commente son confrère du journal en ligne 24HEURES.

Comment en est-on arrivé là ?
Pourquoi un tel séisme alors même que François Hollande avait enregistré un regain de popularité spectaculaire ces dernières semaines ?, observe notamment le quotidien de Rome IL MANIFESTO repéré par le Courrier International. Ce sursaut n’a eu hier aucune influence sur le vote. Pourquoi ? Parce qu’en réalité c’est dans les rangs des électeurs de droite, lesquels ne votent évidemment pas PS, que cette embellie a eu lieu. Ensuite, le virage martial du gouvernement a sans doute détourné les électeurs de gauche d’un vote socialiste au premier tour. Autre élément possible d’explication, la tentation abstentionniste était forte au sein de l’électorat traditionnel PS. Or la gauche de la gauche s’est montrée incapable de capter ce mécontentement. Il faut dire également que les divisions épuisent la gauche : il suffit pour cela de voir les alliances à géométrie variable d’Europe Ecologie Les Verts, du Parti Communiste et du Parti de gauche. En cause également, le virage libéral négocié par Hollande et Valls et qui a fait sortir le PS de son camp.

Enfin n'oublions pas que la campagne est devenue nationale après les attentats. Or si avant ces tragiques évènements, on s’attendait déjà à ce que le FN fasse un score historiquement haut, grâce notamment à un réseau local et à un travail de désintoxication du parti note THE GUARDIAN, depuis les attaques du 13 novembre, la crise des migrants, la sécurité et la radicalisation sont devenues les principaux sujets de débat en France. Dès le lendemain des attentats, déjà, son confrère THE FINANCIAL TIMES expliquait que leFront national, pourfendeur historique de l’immigration musulmane pourrait bénéficier des conséquences de ces attaques. Et de fait, le parti de Marine Le Pen en a incontestablement tiré des bénéfices. Et ce d'autant plus, rappelle à nouveau THE GUARDIAN, que certaines des mesures de sécurité annoncées depuis par François Hollande, comme le contrôle aux frontières ou le retrait de la nationalité, sont des mesures que l'extrême droite prônait elle-même depuis longtemps. D'où enfin ce commentaire sans appel à lire sur le site du magazine POLITICO : face au terrorisme nous sommes désormais tous de droite.

Quoi qu'il en soit et depuis hier, c’est tout le paysage politique français qui menace donc à présent d’exploser, remarque encore IL MANFESTO. La nette victoire du FN, hier, prouve qu’il n’est plus considéré comme une force d’opposition. Or ce changement absolument décisif complique énormément la tâche des partis traditionnels dans l’hexagone, renchérit à son tour LE TEMPS. Bien sûr, il faut garder en tête qu’il s’agissait d’un premier tour, que les abstentionnistes étaient dimanche le premier parti de France et qu’un sursaut républicain entre les deux tours peut encore changer la donne. Mais l’idée, selon laquelle le vote Front National est protestataire ne correspond plus du tout à la réalité politique, écrit le journal. Désormais, les électeurs du parti d’extrême droite, de plus en plus nombreux, veulent lui confier les leviers du pouvoir. C’est un fait. Et cette réalité est même l’une des principales leçons de ce premier tour de scrutin.

Dès lors, la question n’est plus de faire barrage par des calculs électoraux.
Les partis traditionnels peuvent, évidemment, additionner leurs suffrages, mobiliser et arriver in fine à limiter dimanche prochain le basculement vers le FN. Mais la pente est beaucoup plus glissante, en réalité, que les scores ne le laissent croire. Avec plus de 41% des voix en PACA, Marion Maréchal-Le Pen, 26 ans seulement et sans autre expérience professionnelle que son élection à l’Assemblée en 2012, démontre que l’édifice est aujourd'hui durablement fissuré. Impossible, aussi, de ne pas remettre les plus de 41% de Marine Le Pen dans le nord dans le contexte historique de cette région ouvrière et traditionnellement socialiste. A présent c’est au cœur du pouvoir français, irrigué par des métropoles comme Lille, Marseille, Strasbourg, Montpellier ou Toulouse que le Front National est installé. L’irréalisme économique de ses thèses protectionnistes, le venin xénophobe qu’il distille, la guerre de civilisation que ses candidats cherchent de longue date à nourrir à force de déclarations fracassantes, tout cela est mis de côté. Le ras-le-bol est aujourd'hui plus fort que tout. Le pays réel gronde de plus en plus d’une envie de changement et d’alternance en dehors des élites traditionnelles. Et nier cette réalité, en prétextant qu’il s’agit seulement d’un scrutin local, serait la plus dangereuse des attitudes.

Enfin cette vague FN d’hier ne fait pas qu’ébranler le pouvoir politique dans les treize régions.
Elle donne aussi et surtout le ton de la prochaine présidentielle de 2017. En d'autres termes, conclue le quotidien helvétique, ce qui va se passer cette semaine, entre les deux tours, en dira long sur l’impensable, comprenez une possible victoire ou non de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017.

Par Thomas CLUZEL

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