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Carte représentant les revendications de Pékin sur la mer de Chine du Sud

Après le "Brexit", le "Chexit"

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Les Philippines ont enjoint la Chine à respecter le jugement international qui invalide les prétentions de Pékin sur l'essentiel de la mer de Chine méridionale. Pékin a, lui, réagi avec virulence à un jugement accablant à son endroit.

Carte représentant les revendications de Pékin sur la mer de Chine du Sud
Carte représentant les revendications de Pékin sur la mer de Chine du Sud Crédits : Reuters photographer - Reuters

« Chexit ». Traduction : «la Chine dehors». Mais en dehors de quoi ? D’une zone que Pékin appelle la mer de Chine du Sud, qu’il prétend avoir le premier découvert et exploité et dont il revendique aujourd’hui la quasi-totalité de l’espace, soit 2,6 millions de kilomètres carrés sur un total de plus de trois millions, c’est-à-dire un espace aussi vaste que la Méditerranée.

Il faut dire que cette zone est pour la Chine d’une importance considérable, précise LE TEMPS de Lausanne. Comme zone de pêche, tout d’abord, mais aussi comme bassin potentiellement riche en hydrocarbures et, plus fondamentalement encore, comme voie de navigation essentielle par où transitent le quart du commerce mondial et 80% des importations chinoises d’hydrocarbures.

Pour justifier la revendication de ce territoire, l’un des principaux arguments mis en avant par la Chine est historique. Pékin se fonde sur une délimitation apparue sur une carte chinoise datant de 1947. Le problème, c’est qu’aucun autre pays riverain (à l’exception de Taïwan) ne reconnaît cette carte. Et c’est ainsi que face au grignotage chinois, les Philippines avaient saisi en 2013 la justice internationale pour faire reconnaître leurs eaux territoriales.

La décision a été rendue mardi par la Cour d’arbitrage de La Haye. Et le verdict est accablant pour la Chine

En clair, la Cour juge qu'il n’existe aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur cette zone maritime. Autant dire que Pékin n’a pas particulièrement bien réagi à ce jugement, qui invalide ses revendications. Hier, les autorités ont même mis en garde contre un risque de guerre. Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères a lui aussitôt qualifié la sentence de «papier bon à jeter». Réaction identique du côté de la presse officielle. Quand le quotidien nationaliste GLOBAL TIMES proclame : la Chine rejette la farce de cette décision, son confrère CHINA DAILY affiche, à sa Une, une large photo du président chinois le visage grave, à côté d'une de ses citations écrite avec d'inhabituelles lettres majuscules : «En aucune circonstance, notre souveraineté et nos intérêts maritimes en mer de Chine méridionale ne seront jamais influencés par la soi-disant sentence arbitrale».

Enfin sur le réseau social WECHAT, cette fois-ci, beaucoup d'utilisateurs se disent choqués et blessés, partageant même des blagues assez vaseuses visant les Philippines. Même votre équipe de football est nulle, et vous avez le culot de provoquer l'armée chinoise, peut-on lire notamment sur une image, égrenant les scores de multiples matches opposant l'équipe des Philippines à celle de la Chine, toujours c’est vrai largement victorieuse (9-0, 10-0, …).

Côté philippin, la réaction officielle a été plutôt mesurée

Loin de toute manifestation de joie intempestive, le gouvernement du nouveau président, Rodrigo Duterte, s’est surtout borné à «saluer» le jugement, appelant même à la retenue. Une déclaration qui s’inscrit totalement dans le changement de ton adopté par Manille depuis l’arrivée au pouvoir le mois dernier du nouveau président qui, contrairement à son prédécesseur (lequel avait initié l’arbitrage), pourrait ne pas vouloir jouer la carte nationaliste mais marchander plutôt des investissements chinois pour de grands projets d’infrastructures. En d'autres termes, Manille pourrait se servir de la sentence comme base pour des pourparlers directs avec Pékin. Ou dit autrement, la nouvelle donne politique aux Philippines pourrait tout remettre à plat.

Sauf qu’apaiser la Chine reviendrait, en revanche, à contrarier les États-Unis qui, eux, viennent de renégocier une présence militaire dans l’Archipel, prévient LE TEMPS. Et de fait, lorsque le précédent gouvernement philippin avait fait appel à la justice internationale pour trancher la question de l’exploitation de la mer de Chine méridionale, il avait reçu un nombre important de soutiens, dont celui des États-Unis. La stratégie du pivot américain vers l’Asie de même que les discussions entre Washington et Manille pour ouvrir des bases militaires américaines aux Philippines avaient, en effet, concouru à l’initiative du précédent gouvernement philippin.

Cet arbitrage a priori régional témoigne surtout d'un affrontement entre la Chine et les États-Unis

Aussitôt la sentence de la Cour de la Haye connue, le journal officiel du pouvoir QUOTIDIEN DU PEUPLE a jugé que la Chine était victime d’une cour acquise aux intérêts des États-Unis. Quant au QUOTIDIEN DE LA JEUNESSE de Pékin, il a publié la caricature d'un Oncle Sam manipulant une marionnette, ressemblant à l'ancien président philippin, sous ce titre : «qui sont les metteurs en scène de cette farce ?»

Ce qui est certain, c’est que Washington est aujourd'hui un allié militaire de Manille, en même temps que le rival de Pékin. Il s’agit donc à la fois d’une confrontation régionale, mais aussi entre deux superpuissances. Tout est lié, précise à nouveau LE TEMPS. Ce qui veut dire aussi que si Pékin ne respecte pas la sentence, Washington va se positionner comme la seule force capable de contenir la Chine. Car si la Cour de La Haye écrit que sa décision est contraignante, il n’existe pas, en réalité, de force policière ni de mécanisme pour contraindre Pékin à s’y plier. La pression est donc politique et l’heure est grave, conclue le journal. Hier, deux avions se sont posés dans deux nouveaux aéroports construits sur des récifs contrôlés par la Chine, un geste considéré par Washington comme un facteur de tensions plutôt que d'apaisement.

Bref, le bras de fer est aujourd'hui susceptible de se transformer en véritable pugilat, poursuit le quotidien. Il appartient dès lors à chacun de faire preuve de responsabilité et, donc, de modération. A la Chine, tout d'abord, en réduisant subtilement (c'est-à-dire sans perdre la face) ses ambitions. Ce matin, LE JOURNAL OFFICIEL DU PARTI COMMUNISTE écrit d'ailleurs que la Chine a déjà montré par le passé qu'elle pouvait résoudre les questions territoriales par la discussion. Aux Philippines, ensuite, en renouant le dialogue bilatéral souhaité par Pékin. Et aux États-Unis, enfin, en renonçant à envoyer ses bâtiments de guerre frôler des bases chinoises dans les eaux contestées. Gageons que la peur d’un dérapage incontrôlé et aux effets incalculables, sera bonne conseillère.

Par Thomas CLUZEL

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