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Après le Brexit, le rapport Chilcot

3 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le rapport Chilcot étrille Tony Blair pour son rôle dans l'engagement des troupes britanniques en Irak. Le rapport souligne les erreurs, les manquements et les déficiences relevés dans les actions du Premier ministre.

La Grande-Bretagne, longtemps dirigée par des gens qui ont présumé savoir enseigner au reste du monde comment gouverner, risque bien de connaître une nouvelle crise politique. C’est par ces mots que THE FINANCIAL TIMES a choisi de commenter les principales conclusions du rapport Chilcot publié hier.

Ce rapport, commandé il y a maintenant sept ans, décrit le rôle des autorités britanniques lors de la guerre d’Irak en 2003. Plus exactement, il détaille les raisons qui ont poussé le Premier ministre de l’époque à se lancer dans cette invasion pourtant impopulaire. Et c’est peu de dire que ses conclusions sont absolument dévastatrices pour Tony Blair, impitoyables ainsi que l'écrit ce matin THE NEW YORK TIMES, et ce à tous les niveaux : que ce soit sa présentation d’informations émanant des services secrets qui étaient plus que douteuses, mais aussi son approche cavalière du socle légal pour lancer la guerre.

Quoi qu'il en soit, la présentation de ce rapport a fait l’effet d’un coup de tonnerre, écrit encore ce matin le correspondant à Londres du journal suisse LE TEMPS. Et en particulier parce que dans le dit rapport on trouve cette véritable bombe politique : le conflit en Irak n’était pas nécessaire. En mars 2003, il n’y avait pas de menace immédiate, ce qui signifie que l’action militaire n’a pas été prise en dernier recours. Sauf qu'à l'époque, Tony Blair, mais aussi son homologue espagnol de l'époque Jose Maria Aznar, note EL MUNDO, s'étaient mis d'accord sur une stratégie de communication qui visait à démontrer qu'ils avaient fait tout leur possible pour éviter, justement, la guerre. Ils s'affichaient publiquement comme ceux qui voulaient éviter le conflit, rappelle à son tour EL PAIS. Et c'est ainsi, poursuit l'éditorialiste, que nous en avons conclu que le Royaume-Uni avait décidé de se joindre à l'invasion de l'Irak après que toutes les options pacifiques pour obtenir le désarmement de ce pays eurent été épuisées. Or ce que révèle aujourd'hui le rapport Chilcot, c'est que l'action militaire n'était pas inévitable à l'époque. Voilà pourquoi THE TIMES parle aujourd'hui de la guerre personnelle de Tony Blair.

Et puis ça n’est pas tout, car non seulement le Royaume-Uni a décidé d’envahir l’Irak, sans même avoir épuisé toutes les solutions de résolution pacifique, mais en faisant pression pour intervenir militairement (alors que des alternatives étaient encore possibles), les Britanniques et les Américains ont également miné l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU, commente le journal de Londres, THE GUARDIAN.

Comment John Chilcot en est-il arrivé à des conclusions aussi explosives ?

Le président de la commission sur l’engagement du Royaume-Uni en Irak a pu interroger toutes les grandes figures de la guerre du côté britannique pendant ses auditions publiques, y compris Tony Blair et ce à deux reprises. Il a également eu accès à de très nombreux documents classés secrets, dont certains ont pu, d’ailleurs, être rendus publics pour l’occasion. Notamment, un mémo envoyé par Tony Blair au président américain George W. Bush, un mémo déclassé par l’enquête et qui constitue l’une des pièces les plus explosives de ce rapport. Il est daté du 28 juillet 2002, soit huit mois avant le début de la guerre. «Je serai avec toi, quoiqu’il en soit», promet Tony Blair. Et puis surtout, le ton de cette lettre note à nouveau LE TEMPS indique clairement qu’en réalité, le sort en était déjà jeté. «Se débarrasser de Saddam Hussein est ce qu’il faut faire», y est-il écrit noir sur blanc. «Il est une menace potentielle. Et son départ libérerait la région.» En clair, la question n’était plus de savoir si une guerre devait être déclenchée, mais comment et avec quelle coalition ?

Le rapport raconte le combat coûte que coûte de Tony Blair pour soutenir cette guerre

Tony Blair a notamment présenté à la Chambre des communes un dossier, résumant les informations des services secrets britanniques sur l’Irak. Ce dossier a été présenté avec une certitude qui n’était pas justifiée, comprenez sur des informations qui n’avaient pas été suffisamment vérifiées, estime le rapport Chilcot. En clair, Tony Blair aurait, ni plus ni moins, trompé l’opinion publique britannique en affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive, ce qui n’a jamais été avéré. Et puis s’agissant de la base légale de l’opération : initialement, l’avocat général du gouvernement estimait qu’une résolution des Nations-Unies était nécessaire, avant de soudain changer d’avis, sous la pression politique. En d’autres termes, les circonstances pour décider que l’intervention était légale n’étaient pas, là encore, satisfaisantes.

Sur ces deux derniers points, en particulier, les conclusions du rapport étaient pour la plupart déjà connues des observateurs du Moyen-Orient. En revanche, le rapport appuie, bel et bien, sur la responsabilité de Tony Blair. Pour sa défense, l’ancien Premier Ministre a répondu hier dans un communiqué en réitérant ce qu’il a toujours dit : que la décision de participer à la guerre a été prise «de bonne foi». «Nous avons pris la bonne décision. Le monde est meilleur et plus sûr», a-t-il notamment déclaré lors d’une conférence de presse. Ce à quoi le journal suisse LE TEMPS répond que depuis la guerre de 2003, 250 000 personnes ont été tuées en Irak. Et que par ailleurs, la naissance de l’État islamique n’aurait pas été possible sans le chaos dans lequel le pays s'est retrouvé après l'invasion par les forces de la coalition.

Chilcot avait promis que son rapport donnerait la réponse à de nombreuses questions posées par les familles des soldats britanniques morts en Irak

Sur ce point, Chilcot a réussit. En revanche, note THE INDEPENDENT, les parents des militaires britanniques tués en Irak ont rapporté que si ce rapport ne leur apportait pas les ressources pour entreprendre des actions légales contre le gouvernement, alors les conséquences politiques seraient terribles. Or c’est vrai que Chilcot ne tranche pas la question d’éventuelles poursuites judiciaires contre Tony Blair. Ce qui n’empêche pas qu'au Royaume-Uni, le verdict politique est aujourd’hui sans appel.

Par Thomas CLUZEL

Chroniques
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