LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Mémorial, à l'aéroport de Sotchi, pour les victimes du crash du Tupolev Tu-154

Après le recueillement, la polémique

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : 48 heures après le crash du Tupolev Tu-154, les autorités russes cherchent toujours à déterminer l'origine de la catastrophe, mais semblent déjà écarter la thèse de l'attentat.

Mémorial, à l'aéroport de Sotchi, pour les victimes du crash du Tupolev Tu-154
Mémorial, à l'aéroport de Sotchi, pour les victimes du crash du Tupolev Tu-154 Crédits : EKATERINA LYZLOVA / ANADOLU AGENCY - AFP

Au lendemain du crash d'un avion en mer Noire, faisant 92 morts, la Russie observait hier une journée de deuil national. Partout, les drapeaux avaient été mis en berne. Des gerbes ont également été déposées à l'aéroport de Sotchi, d'où l'avion avait décollé dimanche matin, mais aussi devant le siège des Chœurs de l'Armée rouge (dont 64 membres ont péri dans la catastrophe). A Moscou, en particulier, devant la salle de répétition de l'Ensemble Alexandrov, des centaines de personnes de tous âges se sont recueillis, déposant des fleurs ou des mots, en hommage aux musiciens décédés.

Une journée entière, donc, à célébrer la mémoire des victimes. Sauf que le recueillement a rapidement fait place à la polémique. De nombreux médias relèvent, tout d'abord, que depuis sa création à la fin des années 1960, le Tupolev Tu-154 a connu de très nombreux accidents ces quinze dernières années, menant à la mort près de 3 000 personnes. De quoi, évidemment, éveiller les soupçons quant à la fiabilité de l'appareil. Le Tupolev 154, rappelle LE TEMPS de Lausanne, c’était déjà l’avion du président polonais, Lech Kaczynski, qui s’est écrasé à Smolensk le 10 avril 2010. Huit mois plus tard, c’était aussi le modèle de l’avion de la Dagestan Airlines qui, après une panne de moteurs à 9 000 mètres d’altitude, avait atterri en catastrophe à Moscou, tuant trois passagers. Au total, le Bureau d'archives des accidents d'avions a fait le décompte : le Tu-154 a été impliqué dans 63 crashs, depuis sa mise en service. Mais contrairement à ce que sa réputation laisse présager il n'affiche pas, en réalité, un taux d’accidents hors-norme, en regard par exemple des 148 crashs du Boeing 707. Sans compter que la série noire des accidents dramatiques qu’a connus cet appareil de référence de l’ex-URSS n’est pas due à son mode de fabrication, mais davantage à son exploitation et surtout à son entretien. Mais là encore, dans le cas de l'appareil qui s'est écrasé dimanche dernier, il semble que la qualité de la maintenance ne puisse pas être directement mise en cause puisque, selon le ministère de la Défense, l'avion avait été réparé pour la dernière fois en décembre 2014 et révisé en septembre dernier. En revanche, l'une des pistes privilégiées par les enquêteurs serait celle d'un carburant de mauvaise qualité, entraînant une perte d'énergie. Ce qui, en l'occurrence, ne serait pas totalement surprenant tant la qualité du carburant dans les ex-pays de l'Union Soviétique est, en effet, régulièrement pointée du doigt. Or ce problème dépasse largement le seul cas du Tupolev Tu-154.

Et puis il existe, bien entendu, une autre hypothèse dans toutes les têtes : celle de l'attentat. L'avion qui a décollé dimanche dernier, n'aura volé que deux minutes à peine avant de perdre tout contact. Il n'a, par ailleurs, envoyé aucun signal de détresse. Ce qui, selon un expert interrogé par l'agence SPUTNIK, pourrait témoigner de l'avènement à bord d'une situation d'urgence. « Personnellement, j'ai déjà vu des Tupolev atterrir avec trois moteurs en panne », dit-il. Et quoi qu'il en soit, une panne constatée à bord de l'appareil n'aurait pas empêché l'équipage d'envoyer un signal de détresse. Ce qui signifie qu'une situation extrême est advenue. Soit l'appareil a rencontré un obstacle, ce qui paraît peu probable. Soit un facteur a agi de l'extérieur. Et la pratique montre qu'il pourrait s'agir, par exemple, d'un détournement de l'avion.

Pour l'heure, le ministre russe des Transports, assure que « les pistes privilégiées aujourd’hui n’incluent pas l’acte terroriste » mais penchent davantage pour «un problème technique» ou «une erreur de pilotage». Toujours selon le ministère, le flash enregistré au-dessus de la mer Noire par des caméras de surveillance, le matin du 25 décembre, n’est pas lié à l’avion Tu-154 qui s’est écrasé à peu près au même moment et au même endroit. Les médias russes assurent que ce flash a été enregistré une demi-heure, environ, après la disparition de l’avion des radars.

Reste que les 92 personnes qui ont péri dimanche dernier (huit membres d’équipage, 64 musiciens des chœurs de l’Armée rouge, neuf journalistes, une responsable d'organisation caritative et 10 militaires) allaient tous célébrer le nouvel an avec les troupes russes en Syrie. L'avion se rendait sur une base aérienne près de Lattaquié. Il acheminait, notamment, des médicaments pour un hôpital universitaire. Quant aux membres des Chœurs de l’Armée rouge, ils devaient là remplir la mission qui leur est assignée depuis 1928 : jouer devant les soldats en temps de guerre, en l'occurrence les troupes mobilisées en Syrie. D'où ce commentaire du quotidien VEDOMOSTI, repéré par le Courrier International : Si nous ne connaissons pas encore les raisons exactes de cette catastrophe, il n'en demeure pas moins que les 92 personnes qui avaient pris place à bord de l'appareil sont bien aujourd'hui des victimes de guerre, une guerre à laquelle nous participons tous, de façon volontaire ou à notre insu. Et l'éditorialiste de poser la question de l’opportunité de la participation russe à la guerre en Syrie. Le journal va même plus loin en mettant directement en cause les autorités russes qui, selon lui, ont sous-estimé les risques liés à l’engagement militaire en Syrie.

Et d'ailleurs, les réactions de joie de certains internautes, après la catastrophe, ont laissé apparaître, pour la première fois, une société russe plus divisée et plus aigrie que jamais. Le plus monstrueux, déplore ainsi l'éditorialiste du journal en ligne GAZETA, c'est que cette tragédie ait pu faire naître chez certains un sentiment de joie maligne, sur le mode, "c’était le prix à payer pour la Syrie" ou bien encore, "ils avaient qu’à ne pas y aller". Or quels que fussent les opinions et les agissements de ces gens de leur vivant, ce sont d'abord nos compatriotes, rappelle le journal, pour qui la catastrophe de dimanche dernier, jour de Noël, devrait surtout réunir la société russe plutôt que de la diviser.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......