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Attentats de Paris : après la compassion, les questions et les polémiques.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : attentats de Paris, après la compassion, les questions et la polémique.
Si après les attentats le mot “guerre” s'est très vite retrouvé en première page des journaux, à l'instar hier encore du WASHINGTON POST, certains se demandent à présent si ce terme est réellement adapté. Le site du Courrier International a notamment compilé les commentaires de ceux qui jugent compréhensible l’utilisation de ce terme mais considèrent qu'il vaut mieux l’éviter. C'est le cas en particulier du journal de Londres THE INDEPENDENT, lequel craint que cette terminologie ne confère le statut de soldat à des personnes qui commettent des meurtres terroristes. Or ce ne sont, dit-il, ni des soldats ni des martyrs, mais les adeptes d’un culte qui glorifie la mort. Même analyse pour son confrère belge L'AVENIR. Dans son éditorial le journal note que dans son acception première la guerre est une lutte armée entre Etats. Dans une guerre, il y a généralement plusieurs camps, clairement identifiés. Or ici ce n’est pas le cas et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, la guerre contre le terrorisme en soi n’existe pas.

A rose placed in a bullet hole in a restaurant window the day after a series of deadly attacks in Paris.
A rose placed in a bullet hole in a restaurant window the day after a series of deadly attacks in Paris. Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

Une guerre, un ennemi, une lutte, cet enchaînement martial résonne à tort comme si le champ de bataille était borné à la portée de forces seulement militaires, renchérit à son tour LE TEMPS de Genève. Or les attaques terroristes de l’organisation Etat islamique vont bien au-delà d’un simple conflit armé. C’est le propre de ce que les polémologues ont appelé la «guerre asymétrique», précise pour sa part le site d'information SLATE. Et c'est d'ailleurs, sans doute, ce qui explique que les attentats de vendredi n'ont pas pu être évité même si, note L'ORIENT LE JOUR, au cours des dernières semaines des responsables et des experts avaient prévenu que des attentats islamistes d’une ampleur sans précédent se préparaient contre la France. Depuis le début de l’année, poursuit le journal, seules la chance et la maladresse des auteurs de tentatives d’attentat, comme ceux contre le train Thalys ou une église à Villejuif, avaient permis d’éviter un carnage. Mais avec le retour de Syrie et d’Irak de dizaines de combattants jihadistes de plus en plus aguerris, si nombreux qu’il est impossible de les placer tous sous surveillance, les risques d’une attaque d’une ampleur inégalée augmentaient sans cesse.

Et c'est également la raison pour laquelle, François Hollande, a raison en revanche d’affirmer que «nous sommes en guerre», parce que l’organisation Etat islamique nous fait une guerre non déclarée. Mais surtout, la question n'est pas ici de se lancer dans un débat de linguistes qui à bien des égards, d'ailleurs, pourrait paraître sinon futile, à tout le moins stérile, le problème précise le quotidien flamand DE STANDAARD, c'est qu'en utilisant le terme "guerre", le président Hollande créé de facto des attentes importantes de la part des citoyens français. En d'autres termes, quelle sera sa réponse maintenant que le pays est en guerre ?

Une partie de la réponse a été apportée dès hier, puisque dix chasseurs-bombardiers français ont largué 20 bombes hier soir sur le fief de l'organisation Etat islamique à Raqa, dans le nord de la Syrie, détruisant un poste de commandement et un camp d'entraînement, a annoncé le ministère français de la Défense.

Dès-lors, est-ce là le commencement d'une autre guerre, comme le laisse entre le quotidien HA'ARETZ. Seule certitude pour l'instant, les pays européens semblent quoi qu'il en soit incapables d’empêcher le passage à l’acte des djihadistes de retour dans leurs pays d’origine, note le journal VATAN EMROOZ, proche des ultraconservateurs du régime iranien. Pour ce quotidien, qui ne cache guère sa satisfaction, les Français ont perdu face au terrorisme. Cet adversaire a été, jusqu’il y a peu, le soldat cagoulé et sans merci de l’Occident dans sa bataille contre le monde musulman. Or la France ne savait pas que les fous djihadistes reviendraient un jour à la maison. D'où ce titre sordide du journal : le dîner est servi.

Le ton des médias pakistanais est lui aussi sévère contre les Occidentaux. Selon THE DAILY TIMES, l’émergence de l’organisation Etat islamique est la conséquence directe des politiques désastreuses menées par les Etats-Unis et leurs alliés en Irak et en Syrie. En d'autres termes, en créant un vide institutionnel dans ces deux pays, puis en s’en retirant, les Occidentaux ont ouvert un espace aux partisans du “califat”. Nos cœurs battent pour Paris, mais nous ne pouvons pas oublier que l’Europe a regardé en silence l’Etat islamique ravager la Syrie et l’Irak avant d’intervenir, renchérit son confrère THE NEWS. Et d'en conclure : les morts et les blessés de Paris sont les victimes des politiques impérialistes et nous savons désormais que le boomerang peut désormais viser des cibles partout dans le monde.

Pour la presse israélienne ces attaques montrent, là encore, l’impuissance de la France et de l’Europe face au terrorisme islamiste. Si la plupart des quotidiens ont gardé un ton plutôt mesuré en commentant les attentats de Paris, certains éditorialistes de la droite nationaliste ne cachaient pas, là encore, leur satisfaction. ISRAËL HAYOM, en particulier, se demande si l’Europe est en mesure d’en finir avec la complaisance à l’égard des islamistes dont elle a longtemps fait preuve ? Dès le soir de l’attaque, dit-il, on a vu les médias français mettre en garde contre les conclusions hâtives et se perdre en circonvolutions pour éviter de nommer les tueurs. Mais dites-moi quelle est la religion de ceux qui hurlaient ‘Allahou Akbar’ en vidant leurs chargeurs sur leurs victimes ?

Les attentats de Paris ont également échauffé le débat politique aux Etats-Unis, relève pour sa part le magazine Slate. Samedi soir, se tenait un débat entre les trois candidats à l’investiture du Parti démocrate. Or tous trois, observe POLITICO, ont fait très attention aux mots qu’ils employaient. Hillary Clinton a parlé d’«islamistes» mais a refusé de dénoncer un «islam radical». Martin O’Malley a lui noté que «les musulmans américains étaient la première ligne de défense contre l’extrémisme aux États-Unis». Quant à Bernie Sanders il n’a pas souhaité s’engager dans cette controverse rhétorique. En revanche, certains des cadres républicains ont reproché aux intervenants démocrates ce qu'ils voient comme un excès de précaution à l'égard de l’«islam radical», qu'ils auraient voulu entendre dénoncé clairement.

Enfin dernier sujet de controverse : la facilité avec laquelle les terroristes islamistes ont opéré serait la conséquence paradoxale d’une valeur fondamentale de l’Europe : la liberté de circulation. Cet appel à la fois à la rigueur sécuritaire et à la retenue notamment envers les demandeurs d’asile du Moyen-Orient est partagé à la fois par les quotidiens YEDIOT AHARONOT et HA'ARETZ. Réponse ce matin d'Enrico Letta, l’ancien premier ministre italien, dans les colonnes du TEMPS de Genève : il ne faut pas se tromper d’ennemis! Les réfugiés, comme nous tous, sont des victimes des terroristes et non pas des terroristes eux-mêmes. Ce serait une erreur monumentale de faire ce genre d’amalgames. Et d'ajouter : les terroristes venaient surtout de Belgique. Or personne, à juste titre, n’imagine un seul instant considérer que la Belgique est responsable des attentats.

Par Thomas CLUZEL

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