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Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, avec son vice-président Mike Pence

Aux racines de l'information, une drôle d'époque pour la vérité

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Dans la jungle des semi-vérités numériques et à une semaine de son investiture, les polémiques sur le président élu Donald Trump se poursuivent.

Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, avec son vice-président Mike Pence
Le 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump, avec son vice-président Mike Pence Crédits : JOHN ANGELILLO / NURPHOTO

Quel rapport peut-il y avoir entre la Fédération internationale de football d'un côté et Donald Trump de l'autre ? Aucun, a priori. Et pourtant ... Qu'il s'agisse de l'affaire de corruption qui a ébranlé la FIFA (menant à la suspension de Stepp Blatter) ou du dernier rapport explosif sur Donald Trump (détaillant les prétendues frasques sexuelles du milliardaire en Russie), ces deux événements sont, en partie, le fruit du travail d’un seul et même homme : un ancien espion britannique répondant au nom de Christopher Steele. Et l'information a son importance, écrit LE TEMPS, car ce serait justement la solidité des éléments obtenus dans le cadre du dossier monté contre la FIFA qui expliquerait l’étonnant crédit qu’accordent, aujourd’hui, les espions américains aux affirmations, non vérifiées, contenues dans les mémos du Britannique à propos du président élu. Une source citée par THE DAILY MAIL décrit, d'ailleurs, l’ancien espion comme « un homme fiable, méticuleux et bien informé ». Ce qui ne correspond par tout à fait, en revanche, aux propos peu élogieux d'une autre source citée, cette fois-ci, dans les colonnes du TIMES : « Steele est, dit-il, un peu plus tape-à-l’œil et moins ancré dans la réalité que ce que l'on pourrait attendre d'un ancien agent. »

Mercredi, raconte à nouveau LE TEMPS, le gouvernement de Londres avait émis ce que l'on appelle un «D-notice», enjoignant les médias à ne pas divulguer le nom de l’ancien agent des renseignements britanniques. Seulement voilà, les médias américains, à commencer par THE WALL STREET JOURNAL, n’ont pas tardé à ouvrir la digue. Et c'est ainsi, précise THE TELEGRAPH citant une source anonyme de son entourage, que l'homme que l'on dit aujourd'hui « terrifié pour sa sécurité » (craignant notamment de possibles représailles russes) a filé ... à l'anglaise. Apprenant que son nom allait être incessamment dévoilé, Christopher Steele s'est depuis évanoui dans la nature, non sans avoir pris soin, avant de partir de chez lui, de confier ses chats à un voisin.

Quoi qu'il en soit, c'est donc cet homme, âgé de 53 ans et père de 4 enfants, qui aurait été mandaté par des opposants à Donald Trump pour chercher des éléments compromettants sur les liens entre le futur président des Etats-Unis et la Russie. Et c'est ainsi qu'en novembre dernier, par le biais d’un ancien ambassadeur britannique, l’existence de ce rapport explosif serait parvenue aux oreilles du sénateur John McCain (qui s’est profilé comme l’un des plus farouches adversaires de Trump au sein du camp républicain). Le sénateur a aussitôt voulu en savoir plus. Et c’est dans une ambiance digne d’un véritable polar, raconte THE GUARDIAN, qu’une rencontre secrète a été organisée dans un aéroport européen, afin de vérifier la crédibilité des allégations avancées dans ces mémos. L’exercice a convaincu le sénateur, qui ensuite a transmis le rapport au FBI.

Mais ce feuilleton qui se lit aujourd'hui comme un thriller d'espionnage ne serait pas tout à fait complet sans le complot dans le complot. Du fin fond du web commence, en effet, à se faire entendre une petite musique, que l'on pourrait résumer ainsi : toute cette affaire ne serait qu'un immense canular concocté par une poignée d'internautes. Depuis deux jours précise THE INDEPENDENT, deux forums anonymes anglophones, 4CHAN et REDDIT (sorte de termitière à militants pro-Trump), se félicitent d’avoir « trollé » l’ensemble des médias. Pour cela, ils avancent deux arguments sous forme d'archives. Sur une capture d'image d'un compte Twitter (depuis supprimé), un internaute affirme être l’auteur du faux rapport, notamment après avoir combiné plusieurs histoires, pour certaines inspirées de dessins animés japonais. L'autre message est un post d'un internaute daté du 1er novembre, lequel explique avoir envoyé l’histoire à Rick Wilson, le responsable média du Parti républicain (très critique à l’égard de Donald Trump), pour le décrédibiliser. Sauf qu'aucun de ces deux messages, note toujours le quotidien de Londres, ne fait explicitement référence au contenu du document prétendument falsifié. Quant à Rick Wilson, il a aussitôt démenti l’invention du rapport par 4CHAN. Dans un billet publié sur MEDIUM, le républicain explique qu’il n’est en aucun cas un protagoniste de l’affaire et qu'il a découvert le document, comme tout le monde, sur BUZZFEED. Alors vrai ou faux ? Seule certitude, l’homme fort des relations presse du Parti Républicain n’avait jamais évoqué ce document avant qu'il ne soit rendu public mardi dernier. Il est donc assez peu probable qu’il soit, effectivement, l’homme qui a permis à 4CHAN de diffuser une théorie dans les plus hautes sphères de Washington.

Toujours est-il que cette théorie a aussitôt été reprise par une partie de la droite américaine. Des sites pro-Trump ultraconservateurs, comme THE GATEWAY PUNDIT, mais aussi des membres influents du Parti Républicain ont repris à leur compte les messages publiés sur 4CHAN. L'occasion, bien entendu, de se gausser de la presse américaine en se réjouissant de ce bon tour joué par quelques trolls. Le site populiste et décomplexé BREITBART NEWS juge, notamment, que ce document représente « l’apogée de la désinformation ». Quant au média de propagande russe RUSSIA TODAY, il y va aussi de son analyse, expliquant que c’est bel et bien 4CHAN qui a tout inventé.

En d'autres termes, la recherche de l'audience mêlée à une inextinguible soif de scandale anti-Trump aurait fini d'emporter le peu de crédibilité qu'il restait encore à nos médias. Un blog hébergé par le portail d'information suisse 24HEURES, n'hésite plus à parler de « médias piégés par les Fake News ». D'où cette conclusion signée du quotidien GAZETA WYBORCZA : Dans la jungle de la post-vérité répandue par les réseaux sociaux, les sites Internet et parfois même par Trump et son équipe, toute cette affaire n'est au fond que le dernier épisode en date de la guerre de l'information, laquelle ne fait que gagner en importance à l'ère du numérique.

Par Thomas CLUZEL

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