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Feuilles mortes sur les trottoirs de "Parliament Street" à Londres

Avis de tempête en Grande-Bretagne

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après la publication d’un rapport confidentiel, plus que jamais la question se pose : le "Brexit" a-t-il engagé la Grande-Bretagne dans un combat sans fin ?

Feuilles mortes sur les trottoirs de "Parliament Street" à Londres
Feuilles mortes sur les trottoirs de "Parliament Street" à Londres Crédits : JUSTIN TALLIS - AFP

Tout a commencé, mardi, avec la publication dans les colonnes du TIMES et sur le site de la BBC d'un rapport confidentiel, duquel il ressort, tout d'abord, que Theresa May n'aurait toujours pas arrêté de plan sur la façon dont son pays va quitter l'Union européenne. D'autre part, son cabinet serait lui-même profondément divisé sur la stratégie à adpoter. Les divisions entre ministres pro-"Brexit" et ceux qui avaient mené campagne pour le "Remain" seraient telles qu'elles pourraient même faire imploser le gouvernement actuel. Enfin, cerise sur le pouding, pour mener à bien le "Brexit" la tâche nécessiterait de créer 30 000 postes de fonctionnaires, ce qui pourrait coûter quelques 15 milliards de livres au Royaume. De quoi jeter le trouble, d'autant que l'auteur de ce rapport s'en prend aussi plus directement, cette fois-ci, à la Première ministre, en lui reprochant sa tendance à « n'écouter qu'elle-même ». En clair, il lui suggère de se mouiller un peu plus et de ne pas s'en tenir uniquement à ses éléments de langage serinés, sans fin, depuis sa nomination : « Brexit means Brexit » (Le Brexit, c'est le Brexit).

Bien évidemment, face à des accusations aussi graves, absence totale de stratégie, discordes internes explosives et manque cruel de personnel, la mise au point ne s'est pas fait attendre. Quelques heures, à peine, après la publication de la fameuse note, la Première Ministre a fait savoir qu'elle ne reconnaissait aucune des affirmations contenues dans ce rapport. Quant au cabinet comptable à l'origine de la note, il a lui-même réagi, en fin de journée, pour affirmer que le gouvernement ne lui avait rien commandé et que tout ceci était principalement destiné à un public en interne.

Sauf que l'affaire ne s'est pas arrêtée en si bon chemin. Hier, la Première ministre a eu beau s'expliquer, une nouvelle fois, devant le Parlement : « Oui, nous avons un plan », cela n'a visiblement pas suffit à apaiser les craintes. « Cette pagaille à la tête du gouvernement confirme que la seule raison pour laquelle Theresa May ne nous parle pas de son plan pour le "Brexit", c'est qu'elle n'en a pas », a notamment dénoncé le leader du parti Libéral démocrate. De son côté, un député travailliste, pourtant lui-même partisan d'une sortie limitée de l'UE, a reconnu que ce rapport prouvait à quel point le camp pour la sortie de l'Europe « n'était pas préparé ».

Interrogé, mardi soir, sur les antennes de la BBC, le président de l'Eurogroupe a notamment qualifié d’ « intellectuellement impossibles » et de « politiquement inimaginables », les exigences du ministre britannique des Affaires étrangères (Boris Johnson) en matière de relations post-"Brexit" avec l'Union européenne. Quelques jours plus tôt, en effet, celui-ci avait déclaré dans les colonnes du quotidien tchèque HOSPODARSKE NOVINY que la Grande-Bretagne voulait continuer à échanger librement avec l'UE, tout en limitant l'immigration européenne. Or, dire nous pouvons garder l'accès total au marché unique mais sortir, dans le même temps, de l'union douanière, c'est juste impossible. « Cela n'existe pas », a répété le président de l'Eurogroupe.

Sauf que les inepties du sulfureux ministre des affaires étrangères sont aujourd'hui proférées, évidemment, à dessein. Hier encore, un sondage révélait que 90% des Britanniques interrogés veulent que leurs entreprises continuent de commercer librement avec l'UE. En revanche, 70% d'entre eux souhaitent limiter l'immigration européenne dans leur pays et rétablir les contrôles douaniers sur les biens entrant au Royaume-Uni.

Cette conception abracadabrantesque du "Brexit" à la sauce Boris Johnson a même été totalement ridiculisée par le ministre italien du développement économique, raconte de son côté THE GUARDIAN. Alors qu'ils participaient récemment à un meeting commun, le ministre des affaires étrangères britanniques est venu le voir pour lui dire, avec son assurance légendaire : votre pays nous garantira l'accès au marché commun pour la simple et bonne raison que vous ne voudrez pas perdre vos exportations de Prosecco au Royaume-Uni. Présenter les choses ainsi est franchement insultant, a aussitôt déclaré le ministre italien, avant de lui rétorquer : nous vendrons peut-être moins de Prosecco chez vous mais, de votre côté, vous ne serez plus en mesure d'inonder les 27 pays de l'UE avec vos Fish & Chips.

En attendant et au-delà du simple débat Prosecco vs Fish & Chips, ce qui est certain c'est que l'agenda du "Brexit" reste donc particulièrement flou. Et ce à quelques mois seulement de l'activation de l'article 50 du traité de Lisbonne. Le gouvernement britannique a prévu de le faire d'ici la fin mars. Or, outre que la Cour Suprême examinera début décembre l'appel du gouvernement pour échapper à la consultation des Parlementaires avant d'entamer le divorce avec l'UE, il apparaît désormais que seule une nouvelle législation pourra permettre d'enclencher le fameux article 50. C'est en tous les cas ce qu'a fait valoir dans un discours, rapporté par THE GUARDIAN, la vice-présidente, de la Cour suprême britannique. Selon elle, le gouvernement pourrait avoir à remplacer l’ensemble des lois européennes auxquelles le pays est soumis par de nouvelles lois nationales, avant de pouvoir lancer le processus. Une éventualité qui retarderait, de fait considérablement la sortie du pays de l’UE. Évidemment, ses propos ont aussitôt suscité une volée de bois vert de la part des partisans du "Brexit", lesquels sont même allés jusqu'à mettre en doute l’honnêteté intellectuelle de la juge.

Enfin dernier élément susceptible de créer, là encore, des remous au sein du Royaume, la Commission Européenne pourrait demander à la Grande-Bretagne de payer une indemnité pour ses engagements dans le budget l’UE. THE FINANCIAL TIMES a fait le calcul. Au final, la Grande-Bretagne pourrait avoir à débourser entre 40 et 60 milliards d’euros au titre de son divorce avec l’Union Européenne. Damned !

Par Thomas CLUZEL

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