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Avoir l'esprit mal tourné.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le « pape d’Obama » est-il de droite ou de gauche et la crédibilité de l’état de droit après le Diesel Gate.
Le Pape est-il de droite ou de gauche ?
Car si la visite du souverain pontife aux Etats-Unis a une composante spirituelle évidente, elle est aussi hautement politique. Pour preuve, hier, sur les pelouses de la Maison Blanche, François, décrit parfois aux Etats-Unis comme le «pape d’Obama» a défendu des positions qui toutes, tendent à renforcer l’agenda du président démocrate. Et le correspondant du TEMPS de Genève, notamment, de préciser : il a joué un rôle de médiateur essentiel dans le rapprochement entre Washington et La Havane. Il juge positif l’accord trouvé sur le nucléaire iranien. Et il estime que la planète a une responsabilité morale de lutter contre le changement climatique.

Autant de prises de position qui ne manquent pas de crisper aujourd'hui les conservateurs américains, même catholiques, lesquels jugent que ce pape est soit un marxiste déguisé, soit un traître à la foi catholique. En d'autres termes, le pape jouerait politiquement à fronts renversés aux Etats-Unis, puisque quand les républicains conservateurs se méfient de ce qu'ils considèrent comme du marxisme chez le pape des pauvres, certains démocrates, favorables au mariage gay et à l'avortement, l'envisagent eux comme un homme de gauche, proche de leurs convictions.

U.S. President Barack Obama (L) stands with Pope Francis during an arrival ceremony for the pope at the White House in Washingto
U.S. President Barack Obama (L) stands with Pope Francis during an arrival ceremony for the pope at the White House in Washingto Crédits : Jonathan Ernst - Reuters

Pour tenter de trancher cette question (le Pape est-il de droite ou de gauche ?) le magazine américain SLATE s'efforce, lui, de lever un malentendu fréquent à propos des convictions politiques du pape : certes, il fait peur aux catholiques traditionnalistes, qui craignent que l’Église approuve la contraception, le mariage des prêtres et le mariage homosexuel. Mais il n’est pas, pour autant, la rock star de gauche que décrivent parfois les observateurs, prévient aussitôt le magazine. Et d'ajouter, tolérant pour les personnes, il n’a en revanche jamais remis en question les principes de l’Église, selon lesquels, par exemple, les homosexuels devraient être chastes et les enfants devraient eux être élevés par un père et une mère. Mêmes ambiguïtés sur le divorce ou sur l’avortement, sujets sur lesquels il allie respect et tolérance pour les personnes, et en même temps fidélité aux préceptes catholiques. En clair, le Pape François ne ferait que reformuler ce que les chrétiens conservateurs ont toujours dit : aimez le pêcheur mais pas le pêché.

Et en terme de pêché, justement, le « Diesel Gate » continue de faire la Une de la presse.
Même si le patron de Volkswagen Martin Winterkorn a annoncé hier sa démission, assumant la responsabilité de la manipulation des tests sur les émissions polluantes des véhicules du groupe, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination, écrit la FRANKFURTER RUNDSCHAU pour comprendre que ce scandale rendra bientôt très inconfortable, en Allemagne, la position de nos gouvernants.

Volkswagen Chief Executive Martin Winterkorn attends the opening ceremony of VW's "DRIVE. Volkswagen Group Forum" in Berlin, Apr
Volkswagen Chief Executive Martin Winterkorn attends the opening ceremony of VW's "DRIVE. Volkswagen Group Forum" in Berlin, Apr Crédits : Stefanie Loos - Reuters

Et de fait, hier, les Verts, dans l’opposition, ont reproché au gouvernement d’Angela Merkel d’avoir été au courant de la possibilité, pour les constructeurs allemands, de manipuler les chiffres de la consommation et des émissions polluantes des véhicules. Or même si cette accusation a été aussitôt réfutée par le ministre des Transports, il est inévitable, écrit encore le quotidien de gauche cité par le Courrier International, que ce scandale touche aussi au monde politique.

Et pourquoi ? Parce que voilà des années, maintenant, qu'Angela Merkel se positionne comme la lobbyiste en chef des constructeurs automobiles allemands. Quant au ministre des Transports, même s'il brille ces jours ci par une activité fébrile, cela fait probablement des années que son ministère doit savoir que les constructeurs trichent systématiquement sur les informations qu’ils donnent sur les émissions et la consommation, affirme le journal. Idem, enfin, pour le ministre-président de la Basse-Saxe, où se trouve le siège de Volkswagen. Le Land est le deuxième actionnaire du groupe. Or rien ne se passe chez Volkswagen sans son consentement. Et le quotidien d'en conclure, ce qui est en jeu aujourd'hui, ce sont non seulement les agissements d’un grand groupe mondial, mais aussi la crédibilité de l’état de droit.

Enfin de son côté, la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG assure que Volkswagen avait été alerté dès mai 2014, autrement dit il y a plus d'un an, des griefs qui lui étaient adressés.

Quoi qu’il en soit, ironie de l'histoire, les commentaires les plus satiriques sur le scandale que traverse aujourd’hui Volkswagen émanent à présent de la marque elle-même.
Des publicités plus ou moins anciennes du constructeur ont été ressorties des tréfonds de l'Internet, ainsi que le montre notamment le site Big Browser, soulignant l'écart entre la communication officielle du groupe et la réalité, telle qu'apparue lorsque le scandale a éclaté. Sur une publicité américaine, on peut ainsi entendre le géant automobile vanter son "diesel propre", une campagne de communication désormais indisponible, d’ailleurs, sur le site du constructeur. Volkswagen semble aussi avoir supprimé cette campagne de sa page Youtube, comme le note de son côté THE HUFFINGTON POST. Sauf que les vidéos, hébergées ailleurs, restent visibles en ligne. Comme cette publicité, dans laquelle une femme assure que le diesel, certes, était sale avant. Mais à présent c’est fini car, dit-elle, on est en 2015 !

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"Ca n’est pas sale mais tu as vraiment l’esprit mal tourné" ("dirty mind"), répond cette dame à son amie, qui en exposant son châle aux vapeurs du pot d'échappement vient de lui démontrer combien sa voiture diesel était propre. Et de fait, "avoir l'esprit mal tourné", c'est sans doute la meilleure solution ce matin pour bien comprendre l'actualité.

Par Thomas CLUZEL

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