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Le calife autoproclamé de l'EI, al-Baghdadi

Baghdadi, Mossoul et Raqqa

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : dans un message diffusé par un média affilié à l'EI, une voix présentée comme celle du leader jihadiste al-Baghdadi appelle ses combattants à ne pas se replier face à l'armée irakienne, épaulée par les États-Unis.

Le calife autoproclamé de l'EI, al-Baghdadi
Le calife autoproclamé de l'EI, al-Baghdadi Crédits : AL-FURQAN MEDIA / ANADOLU AGENCY

Tandis que depuis deux jours le crépitement des armes automatiques se fait entendre aux portes de Mossoul (bastion de Daech en Irak), voilà qu'un média affilé à l'organisation État Islamique, AL FURQAN, vient de diffuser un enregistrement audio dans lequel une voix présentée comme étant celle d'Abu Bakr al-Baghdadi (le calife autoproclamé) implore ses partisans de rester fermes face à l'offensive et les supplie, surtout, de ne pas fuir les combats. «Ne vous repliez pas», assène la voix, avant d'ajouter : «Tenir ses positions dans l’honneur est mille fois plus aisé que de se replier dans la honte».

L'authenticité de ce message intitulé "Ce que Dieu et Son Messager nous ont promis" n'a pas été encore confirmé, mais les spécialistes du mouvement djihadiste ne doutent pas que c'est bien Baghdadi, lui-même, qui a l'enregistré. D'où le titre de cet article à lire, ce matin, sur le site du NEW YORK TIMES : Avec le siège de Mossoul, le chef de l’EI rompt le silence pour lancer un cri de ralliement. Et le quotidien américain de rappeler, dans un premier temps, que la dernière fois que Baghdadi s'était adressé à ses disciples dans un enregistrement, c’était il y a plus d'un an (le 26 décembre 2015). Depuis, son silence (et en particulier après la mort en août du porte parole de l’organisation) avait conduit à toute sorte de rumeurs persistantes, selon lesquelles il aurait été blessé, voire tué. Ce que semble démentir ce nouvel enregistrement, même s'il semble difficile de le dater avec précision. Seule certitude, il a été effectué il y a moins de dix jours puisque le calife autoproclamé y fait référence à une déclaration récente du Premier ministre irakien.

En revanche, chose étrange relève THE NEW YORK TIMES, si dans ce message de 31 minutes Baghdadi appelle la population de la province de Ninive (c'est-à-dire la région administrative à laquelle appartient la ville de Mossoul) à se soulever pour combattre «les ennemis de Dieu», il ne fait pas directement référence à Mossoul. Le nom de la deuxième ville du pays (capitale de l’organisation État Islamique en Irak) n’y est pas mentionné. De quoi diviser les analystes. Quand certains se disent pour le moins surpris, d’autres estiment qu’il n’y a pas lieu de sur interpréter cette omission. Reste tout de même que la publication de cet enregistrement intervient au lendemain de l’entrée (pour la première fois depuis plus de deux ans) des troupes irakiennes dans Mossoul.

La bataille de Mossoul a commencé

La bataille de Mossoul a commencé. C’est en tout les cas ce que proclame l’armée irakienne, même si elle n’a pas encore lancé d’assaut véritablement significatif contre la capitale du califat de l’État islamique. Au lendemain de l'annonce, par l'armée, d'une première incursion dans un quartier de l'est, aucun signe d'une poussée à l'intérieur de la grande ville n'a encore été remarqué. En clair, les troupes seraient encore essentiellement positionnées à la périphérie de Mossoul. Mais comme le fait remarquer l'envoyée spéciale de la radio publique américaine NPR, chacun semble avoir des définitions légèrement différentes de l'endroit exact où commence la ville. Parfois, un village pourtant a priori situé à l'extérieur est jugé comme faisant déjà partie de Mossoul. Quoi qu’il en soit, nul doute que les forces de la coalition vont progressivement rentrés à l’intérieur de la capitale. Dès-lors, la bataille se gagnera mètre par mètre.

Reste toutefois une incertitude, précise de son côté LE TEMPS : quand il s’agira de reprendre Mossoul, rue par rue, rien ne garantit la combativité des soldats irakiens. En réalité, ils risquent même de ne pas pouvoir se passer très longtemps de leurs encombrants alliés (les combattants kurdes et les milices chiites) qui trépignent et n'attendent qu'une seule chose, que la bataille s’enlise pour pouvoir entrer à leur tour dans la ville, avec le risque que les uns et les autres se rendent coupables de terribles exactions contre la minorité sunnite, qu'ils accusent indistinctement de collaborer avec Daech.

Enfin cette hypothèse que les forces kurdes puissent participer à la bataille finale de Mossoul et revendiquer la victoire contre Daech inquiète la Turquie, qui vient de déployer des chars à sa frontière avec l'Irak. Hier, le chef de la diplomatie turque s'en est même pris vertement au Premier ministre irakien. «Pourquoi laisses-tu les rebelles kurdes occuper ton territoire ? Tu essaies de jouer les durs mais tu es un faible», a-t-il lancé.

Après Mossoul, à quand la reprise de Raqqa ?

Le plan pour faire tomber la capitale autoproclamée de l’EI en Syrie, pourrait commencer d’ici deux semaines. C'est du moins ce que déclare un officiel de la Défense américaine au DAILY BEAST. En revanche, personne ne sait encore qui attaquera le dernier bastion de Daech et surtout quelles sont les troupes qui entreront dans la ville après sa chute ?

Il faut dire qu'à la différence de la campagne menée pour reprendre Mossoul, il n’existe pas l’équivalent d’une armée irakienne alliée en Syrie. Là-bas, l’allié militaire le plus fiable contre Daech ce sont les unités de protection du peuple kurde : le YPG. Et le problème, là encore, c'est que parmi les partenaires des États-Unis au sein de l’OTAN, la Turquie, elle, cherche à stopper les kurdes.

Autant dire que la situation créé un véritable blocage entre Washington et Ankara. Toujours dans les colonnes du DAILY BEAST, deux officiels de la Défense américaine déclarent que le YPG fera uniquement partie des troupes qui devront isoler Raqqa, c’est-à-dire encercler la ville. En revanche, ces mêmes officiels assurent que les kurdes n’entreront pas à l'intérieur. C'est là, la concession faite aux Turcs qui considèrent le YPG comme un groupe terroriste. Par ailleurs, les États-Unis précisent qu'outre les membres des Forces Syriennes Démocratiques, d’autres forces en cours de formation entreront dans Raqqa. D’après le site BUZZFEED, la Turquie a d'ailleurs commencé, ce mois-ci, à former certains de ces combattants en vue de la bataille.

Par Thomas CLUZEL

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