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Une urne dans un bureau de vote de Brazzaville

Baromètres de la démocratie en Afrique

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : un premier tour de présidentielle au Congo, deux seconds tours de présidentielle au Bénin et au Niger et un référendum au Sénégal.

Une urne dans un bureau de vote de Brazzaville
Une urne dans un bureau de vote de Brazzaville Crédits : Stringer

Quatre élections d’envergure le même jour. Un moment important pour chacun de ces 4 pays, où l’organisation de ces différents scrutins constitue toujours un évènement décisif de la vie politique, précise le site FASOZINE, mais aussi le baromètre d’une démocratie qui reste toujours, dit-il, à construire. Sans compter que si le Sénégal et dans une moindre mesure le Bénin peuvent être considérés comme les pays où il y avait le moins de soupçons sur les protagonistes, dans les deux autres pays que sont le Niger et le Congo, là-bas, la tension est si vive qu’une crise post-électorale n'est jamais à exclure. Les jours d’après scrutin s'annoncent déterminants pour la paix et la stabilité.

On passera rapidement sur le cas du Sénégal, où le "Oui" devrait remporter une nette victoire au référendum constitutionnel de dimanche visant, notamment, une réduction du mandat présidentiel.

Le Congo-Brazzaville, symbole d’une Afrique qui marche à reculons.

En revanche, le cas du Congo-Brazzaville est, lui, de loin le plus inique, peut-on lire sur le site d’information guinéen LEDEJELY. C’est le symbole d’une Afrique qui marche à reculons. L’incarnation d’un pays dont le destin tient à la volonté et au désir exclusif d’un seul homme : Denis Sassou Nguesso. Après un cumul de 32 ans à la tête du pays, le président, ne voulant pas se lester des délices et autres privilèges liés à l’exercice du pouvoir avait décidé de tripatouiller la constitution pour s’offrir le pouvoir à vie. Or, paradoxalement, mais ouvertement soutenu par François Hollande, il n’a eu aucun mal à museler son opposition pour parvenir à ce simulacre d’élection. Et puis, parce que lorsqu'on a violé tout ce qui est violable pour arriver à ses fins on ne laisse pas les électeurs contrarier ses plans, pour mettre toutes les chances de son côté Sassou Nguesso a fait couper toutes les communications dans le pays, précise son confrère burkinabé L'OBSERVATEUR PAALGA. Et pourquoi ? Tout simplement, pour éviter la proclamation sauvage des résultats par les états-majors des partis politiques, les médias et les réseaux sociaux. Et c'est ainsi que privés de télécommunications, les Congolais attendent de fait toujours les résultats de l'élection.

Au Bénin, la messe était dite avant même la proclamation hier des résultats officiels.

Le soir même du scrutin, dimanche, le Premier ministre et candidat du pouvoir sortant a lui reconnu sa défaite face à son adversaire Patrice Talon, baptisé le "roi du coton". Il faut dire que le richissime homme d’affaires et tout nouveau président a longtemps financé la classe politique et notamment le président sortant. Talon a été son principal sponsor dans sa conquête du pouvoir en 2006. Jusqu'à ce que les deux hommes ne se brouillent en 2012, le président Boni accusant alors Talon d’avoir tenté de l’empoisonner, rappelle le quotidien FRATERNITE. Criant au complot, l'homme s'était ensuite exilé à Paris avant finalement de rentrer au Bénin et de se lancer dans la course pour la succession de son ennemi, ou plutôt de son successeur désigné, car cette fois-ci et conformément à la Constitution, le chef de l’État ne pouvait briguer un troisième mandat.

C’est donc l’histoire d’un exilé politique, poursuit le journal, qui a frôlé une extradition catastrophique et qui doit désormais poser sa valise au Palais présidentiel. Le compétiteur né a justifié sa réputation. Talon Président. Ce n’est ni un rêve, ni un canular, mais une réalité accouchée à la maternité de la démocratie.

Au Niger la réélection du président sortant prend un arrière-goût d’inachevé et frise le coup de force contre l’opposition nigérienne.

Au Niger, les élections se sont tenues dans des conditions effarantes, se désole le site LEDEJELY. D’un côté le président sortant Mahamadou Issoufou et de l’autre son ancien allié, Hama Amadou, incarcéré depuis novembre 2015 pour une affaire de trafic d’enfants ou selon ses partisans, pour des motifs politiques. Mahamadou Issoufou est donc parti pour se faire réélire pour un nouveau et dernier mandat de cinq ans. De sorte que l’enjeu de la compétition se ramène à présent au taux de participation. Et c’est même le seul enjeu, déplore l'éditorialiste. Selon les premiers chiffres appelés à évoluer, le taux de participation a atteint 56% et le président sortant l'emporterait avec 92% des voix. Sauf que l'opposition a estimé que le taux de participation était de 11 % sur l'ensemble du territoire. En clair, pour elle, le peuple nigérien a rejeté massivement ce simulacre de scrutin.

Jean-Pierre Bemba rêvait de se présenter à la prochaine présidentielle congolaise. Il n’en sera rien. Hier, il a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité.

L’ancien vice-président de la République démocratique du Congo et ex-chef de guerre a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, commis par des rebelles de son mouvement, le MLC, en Centrafrique. Entre 2002 et 2003, rappelle le site de RADIO OKAPI, Jean-Pierre Bemba et sa rébellion occupent la partie nord-ouest de la RDC. Sauf que ses hommes traversent régulièrement cette frontière pour aller secourir le président de la Centrafrique, menacé de coup d’État. Un an pus tard, Bemba retire ses hommes. Patassé est effectivement renversé par le coup d’Etat de François Bozizé. Seulement voilà, les troupes de Bemba sont accusées de plusieurs exactions sur les populations civiles. Pendant cinq mois, le temps qu'a duré cette expédition précise le site de la BBC, les rebelles du MLC auraient tué au moins une centaine de civils et violé des femmes en plus de se livrer à des actes de pillages.

Depuis, Jean Pierre Bemba était poursuivi non en tant qu’auteur ou co-auteur, mais en tant que chef militaire. En vertu du principe de la responsabilité du commandant, la procureure de la CPI a estimé que l’ancien vice-président était pénalement responsable des crimes commis par ses troupes dans un pays tiers. A présent, il risque jusqu’à 30 ans de détention ou la prison à perpétuité.

Par Thomas CLUZEL

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