LE DIRECT
Drapeaux devant la Commission Européenne à Bruxelles.

To be "in" or not to be.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le marathon du Premier ministre britannique David Cameron se poursuit, à la veille d'un sommet crucial à Bruxelles pour éviter la sortie de son pays de l'Union européenne.

Drapeaux devant la Commission Européenne à Bruxelles.
Drapeaux devant la Commission Européenne à Bruxelles. Crédits : Yves Herman

Depuis hier tous les journaux britanniques se perdent en conjecture afin de savoir ce qu'a bien pu vouloir dire William, le Prince. S'adressant devant un parterre de diplomates au ministère des Affaires étrangères, le Duc de Cambridge a déclaré : « dans un monde de plus en plus turbulent, notre capacité à nous unir pour agir de façon commune avec les autres pays est essentielle ». Et quand bien même un porte-parole du palais de Kensington a tenu à souligner que le Prince William ne parlait pas là d'Europe, cette déclaration a aussitôt été interprétée par la presse britannique comme un soutien à la campagne contre le "Brexit". La famille royale n'est pas censée s'immiscer dans les affaires politiques, mais le Duc de Cambridge semble bel et bien avoir signalé, hier, son soutien à la campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne, peut-on lire notamment dans les colonnes du TELEGRAPH de Londres.

Il n'aura pas fallu attendre la déclaration sibylline du Prince William pour que toute la presse britannique s'interroge sur la sortie ou non de son pays de l'UE.

A la veille d'un sommet crucial à Bruxelles, David Cameron entre ce matin dans la dernière ligne droite des négociations pour éviter un "Brexit". Un Premier Ministre, très stressé, à en croire THE TIMES. Il faut dire qu'à quelques heures du Sommet européen censé finaliser un accord sur les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, des obstacles demeurent. Pour David Cameron, le projet négocié en début de mois avec le Conseil européen constitue, par rapport à ses revendications, une bonne base pour parvenir à un compromis. Sauf qu'hier le Président du Parlement européen, Martin Schulz, n’a donné aucune garantie que les eurodéputés approuveront, sans mot dire, l’éventuel compromis qui sortira du Sommet de demain. Il a notamment mis en garde le Premier Ministre britannique sur l’un des points les plus sensibles du projet d’accord, à savoir l’application d’un frein d’urgence pour restreindre l’immigration en provenance des pays d’Europe de l’Est. Les députés européens sont normalement hostiles à toute restriction au principe de la libre circulation des personnes. C'est le cas en particulier dans nombre de pays de l'Est de l'Europe, rappelle ce matin THE DAILY MAIL.

Et puis Martin Schulz s’est également appesanti sur les relations entre d'un côté, les dix-neuf pays de la zone euro, de l'autre, les sept qui n’ont pas encore rejoint le groupe et enfin les deux (Royaume-Uni et Danemark) qui dès le départ ont décidé de rester hors du groupe. Pour le Président du Parlement européen, la revendication de Londres selon laquelle les institutions financières britanniques ne sont pas tenues de respecter les règles européennes et ne sont ainsi pas concernées par l’Union bancaire n’est pas acceptable. Cette question a d'ailleurs été soulevée aussi à Paris et Berlin. Les banques françaises, notamment, ont fait remarquer qu’elles seraient désavantagées par rapport aux concurrentes de la City qui n’auraient pas les mêmes exigences à remplir. Le président François Hollande, lui-même, a fait part de ces réserves, ce qui lui a valu une visite d’explication du premier ministre David Cameron lundi soir à Paris, précise LE TEMPS de Lausanne.

Enfin la BCE, la Banque centrale européenne, qui joue le rôle de superviseur dans le cadre de l’Union bancaire et qui doit s'assurer de la solidité des banques en Europe, estime à son tour que l’exception britannique, telle qu’elle est proposée dans le projet d’accord, serait une source d’incertitude. En d'autres termes, rien n'est encore gagné pour David Cameron.

La pression monte.

A lire la presse britannique, il apparaît comme une évidence que la plupart des titres sont aujourd’hui clairement engagés en faveur de l'euroscepticisme. Dans une Grande-Bretagne encore obnubilée par la bataille d’Angleterre, la référence à la Seconde Guerre mondiale, notamment, est récurrente.

Pour les tabloïds britanniques, le préaccord annoncé en début de mois entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, ressemble tout simplement à une capitulation face à l’Allemagne nazie. «Qui va parler pour l’Angleterre ?», interrogeait ainsi encore récemment THE DAILY MAIL, en référence au débat à la Chambre des communes lorsqu'en 1939, le Premier Ministre Neville Chamberlain avait appelé à ne pas réagir immédiatement à l’invasion de la Pologne par Hitler. Et le journal de préciser, comme en 1939, nous sommes à la croisée des chemins de l’histoire, avant d'ajouter : nos libertés, sécurité et prospérité vont-elles être mieux assurées en nous soumettant à la bureaucratie étatiste et non-élue de Bruxelles ? «De qui croyez-vous vous moquer, M. Cameron ?» Derrière la question posée par THE SUN, se cache là aussi la reprise d’une chanson d’un vieux feuilleton télévisé dont le refrain était: «De qui croyez-vous vous moquer, M. Hitler?

Si les tabloïds britanniques se font rarement remarquer, bien sûr, pour leur retenue, THE DAILY EXPRESS, THE TIMES et THE DAILY TELEGRAPH sont eux aussi tous très négatifs. C'est également ce que laissent entendre les sondages : 45 % des Britanniques seraient aujourd'hui favorables à un "Brexit". Et d'ailleurs, la presse n’aurait sans doute pas pu surfer sur cette vague si la réalité politique n’avait pas suivi. En l'occurrence, les turbulences au sein de la zone euro et l’immigration de masse venant d’Europe de l’Est ont beaucoup contribué à l’euroscepticisme.

Voilà pourquoi, si le débat autour du "Brexit" se résume pour l'heure à un curieux marchandage, les citoyens de sa Majesté ne s'exprimeront de toute façon pas sur ce qu'aura obtenu David Cameron lors des négociations avec ses partenaires à Bruxelles, estime le patron du réseau EURANET PLUS, cité par Voxeurop. Ils s'exprimeront, dit-il, sur leur appartenance ou non à l'Union européenne dans sa globalité. Et d'en conclure, en cas de victoire du Non, il y a un vrai risque de démantèlement de l'Europe. Car ce serait là le signal pour tous les égoïsmes nationaux, qu'ils avaient raison de pointer leur nez depuis plusieurs années.

Et c'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle il y a trois ans, rappelle LE TEMPS, à mi-mandat de son gouvernement de coalition et sentant le vent du souverainisme grignoter inlassablement du terrain dans l’électorat conservateur classique, David Cameron avait choisi pour donner un gage à ce dernier de lancer l’idée d’un référendum sur l’avenir du royaume au sein de l’Union, promettant lui-même de faire campagne pour le oui si Bruxelles acquiesçait à ses revendications. Cette stratégie s'était révélé la bonne. David Cameron avait, en effet, sauvé son poste de chef du gouvernement lors des législatives de 2015. Il n'est pas certain, en revanche, que la suite lui donne raison.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......