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Un trader allemand réagit aux fluctuations de la Bourse.

Bourses mondiales : un dévissage aussi surprenant qu’alarmant

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : dans le climat d'aversion au risque qui caractérise les marchés et face aux nombreuses sources de turbulences, les investisseurs sont en quête de repères.

Un trader allemand réagit aux fluctuations de la Bourse.
Un trader allemand réagit aux fluctuations de la Bourse. Crédits : Kai Pfaffenbach

Même si l'horizon s'est dégagé, hier, pour les places boursières en Europe et aux États-Unis, le contexte, lui, n'a pas changé et les investisseurs continuent à s’interroger sur la capacité des banques à résister dans un contexte économique difficile. Voilà plusieurs semaines que les banques et les places financières souffrent. Emportées, une nouvelle fois par les incertitudes autour de la croissance mondiale, les Bourses mondiales se sont enfermées cette semaine dans une spirale baissière, tournant à la déroute pour le secteur bancaire. Toutes les places mondiales ont connu un début d'année calamiteux, précise LE TEMPS de Lausanne : le pire début d'année jamais enregistré sur les marchés.

Pourquoi une telle déroute ?

Outre les craintes suscitées par la conjoncture mondiale, la conjugaison de plusieurs facteurs explique ce gros coup de déprime. La baisse des cours du pétrole, tout d'abord, qui sont repassés lundi sous la barre des 30 dollars. De leur côté, les banques souffrent de l’instauration par les banques centrales de taux d’intérêt négatifs, pour les inciter à prêter leur argent plutôt que de le placer dans leurs coffres. Mais le véritable coupable de la chute des actions des banques et des compagnies énergétiques dans le monde entier, c’est la hausse des taux décidée, en décembre, par la Banque centrale américaine, après des années de relance monétaire, note THE WALL STREET JOURNAL. Or la publication, vendredi dernier, des chiffres sur l'emploi aux États-Unis n'a fait qu'entretenir l'incertitude et la confusion sur la poursuite ou non de la remontée des taux américains.

Et c'est dans ce contexte, justement, que s'exprimait hier devant une commission de la Chambre des représentants, la présidente de la Réserve fédérale américaine. Une intervention ô combien attendue. Or curieusement, alors qu'elle n'a rien annoncé de concret, entretenant ainsi elle-même la confusion, c'est le moment qu'ont choisi les Bourses mondiales pour se refaire une petite santé. Plus précisément, la présidente de la Fed a été suffisamment accommodante pour signaler qu'une hausse des taux en mars était probablement écartée. En revanche, nombreux sont ceux à se demander si elle ne juge pas le ralentissement aux États-Unis plus fort que ce qui est anticipé par la plupart des intervenants de marché.

Reste que les investisseurs, eux, doutent toujours et de plus en plus de la rentabilité des banques dans toute l’Europe, prévient le journal de Düsseldorf HANDELSBLATT. Les actions des banques grecques ont perdu 56 % de leur valeur depuis le début de l’année et celles des établissements financiers allemands et italiens ont chuté d’environ un tiers. Aux États-Unis, les banques Morgan Stanley et Goldman Sachs ont plongé, elles aussi, perdant chacune plus de 6 %, indique pour sa part son confère de la City THE FINANCIAL TIMES. Et c'est ainsi que les déboires du secteur bancaire se sont répercutés sur le reste du marché des actions, les investisseurs se réfugiant notamment dans les obligations d’États, jugées plus sûres.

Toujours est-il que ce dévissage des actions des banques européennes est aussi surprenant qu’alarmant, note le quotidien économique finlandais KAUPPALEHTI. Et pourquoi ? Parce que les entreprises européennes sont bien plus tributaires du financement par les banques que ne le sont les entreprises américaines. Et c'est la raison pour laquelle il faut s’inquiéter, dit-il, non seulement de la situation des banques, mais aussi de l’économie européenne dans son ensemble. La chute des actions bancaires découle en grande partie de la sur réaction du marché, mais il faut aussi y voir un avertissement sérieux. Car le secteur bancaire est le thermomètre de l'économie. Or cette semaine, le mercure vient à l’évidence de fuser vers le haut de manière préoccupante.

Les commentateurs redoutent un retour de la crise de l'euro.

Pour le journal de Milan CORRIERE DELLA SERA, la crise de l’euro est revenue frapper plus fort que jamais : le virus de la crise est officiellement de retour dans la zone euro, écrit-il, et l'éradiquer ne devrait pas être, cette fois-ci, aussi facile. Les marchés tablent à nouveau sur la thèse d’une scission inévitable de la zone euro, dans un avenir plus ou moins proche, avec le Sud et les États périphériques d'une part et le Nord et le noyau dur d'autre part. Or si en 2012, la BCE avait réussi à conjurer ce sortilège, la nouveauté, aujourd’hui, c'est que Mario Draghi ne suffit plus. Seuls les politiques peuvent parvenir à briser le cercle vicieux. Et c’est peut-être la raison pour laquelle les marchés perdent aujourd'hui confiance.

Un mot résume, finalement, à lui seul l’état d’esprit actuel : défiance. La dépréciation des valeurs boursières est avant tout liée au pessimisme ambiant, estime pour sa part LA LIBRE BELGIQUE. Au point que tous les gains boursiers de l’an dernier ont été effacés en l’espace d’un peu plus de cinq semaines seulement. Et pourtant, aucun élément véritablement nouveau, en réalité, n’est venu alimenter ces derniers jours la spirale baissière. Seulement voilà, les marchés boursiers carburent à la psychologie avec ce que cela peut générer de comportements excessifs, voire parfois carrément irrationnels à l’achat ou à la vente. Ici, clairement, le moral n’y est plus : les hypothèques chinoise et américaine sur la croissance mondiale, l’effondrement des cours des matières premières et les doutes sur la santé de certains gros acteurs bancaires alimentent, en vase clos, le pessimisme.

Par Thomas CLUZEL

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